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17 août 2010 2 17 /08 /août /2010 08:22

De la nécessité d’être déstabilisé

Ézéchiel 28, 1-10 ; Matthieu 19, 23-30

« Qui donc peut-être sauvé ? » Il faut entendre la question angoissée des disciples à Jésus, et la prendre au sérieux. Après l’entretien avec le jeune homme riche, Jésus vient de dire qu’il était plus difficile à un riche d’entrer dans le Royaume des cieux qu’à un chameau de passer par le trou d’une aiguille.

Mais la richesse, l’abondance, le confort, tout cela ne constitue-t-il pas une forme du bonheur à laquelle nous aspirons, ce qui n’exclut pas la générosité, ni le respect de la loi ? Le jeune homme riche était à cet égard un « modèle ». Mais il avait perçu qu’il n’était pas pour autant arrivés au Royaume de Dieu. Nos aspirations, même si nous ne pouvons pas, pour la plupart d’entre nous, nous prévaloir d’avoir de grands biens, sont assez semblables. En matière de salut, nous aimerions pouvoir jouir d’une vie paisible, heureuse, confortable…

Or Jésus affirme que le salut n’est pas là. Il va même jusqu’à affirmer que ce qui pourrait nous sembler le point d’arrivée du salut est un obstacle. L’oracle du prophète Ézéchiel au roi de Tyr l’illustre bien : insensiblement, la richesse matérielle, mais aussi intellectuelle, la sagesse, le bien-être conduisent celui qui en jouit à se croire autosuffisant, et donc à se placer au centre de sa représentation du monde. Le roi de Tyr se prend pour Dieu et ce faisant, il déchaîne, par la convoitise qu’il suscite, les forces qui vont le détruire.

L’affirmation de Jésus nous déconcerte, comme elle déconcerte les disciples. Si le salut, ce n’est pas la richesse, si ce n’est pas l’abondance et le confort tranquille, alors qu’en est-il du salut ?

Pour connaître la réponse, il faut d’abord commencer par accepter d’être déplacé par rapport à l’idée que l’on s’en fait. Accepter de ne pas savoir, pour que Dieu puisse précisément être en position d’offrir ce salut. Il faut accepter de se retrouver en situation de manque, d’attente, de désir, et donc d’incertitude. Alors richesse ou pas, ce n’est plus le problème, Dieu peut donner ce qu’il veut, comme il veut, et surtout nous pouvons reconnaître son don et l’accueillir.

Inquiétude et reconnaissance

La question de Pierre nous apprend qu’il n’est pas si facile de se laisser ainsi déplacer, déstabiliser : tout en soulignant que les disciples ont tout quitté pour le suivre, il demande sinon des gages, du moins des assurances : « Qu’est-ce qu’il y aura pour nous ? »

Nous serons sans doute toujours tourmentés par cette question. Prenons en acte, elle est au fond assez naturelle. « Vous qui m’avez suivi… », répond Jésus. Vous qui n’avez pas fini de me suivre… Cela passe par la permanence de cette incertitude qui n’est pas seulement une inquiétude mais aussi, dans la foi, la reconnaissance de notre dépendance à l’égard de Dieu.

Cette question ouvre en nous une capacité – presque au sens physique du mot, qui indique une aptitude à recevoir – à accueillir le don de Dieu. Alors oui, le Royaume de Dieu est tout proche, il commence aujourd’hui, dès lors que nous devenons capables d’accueillir en toute chose le salut qui vient – y compris là où nous ne voyons à priori que de l’adversité[1] – en même temps que nous nous préparons à y entrer de façon définitive à l’heure de notre mort, qui n’est alors plus que l’instant où nous accueillerons, paradoxalement, la plénitude du don et de la connaissance de Dieu.

D.E.



[1] C’est pourquoi il y a une manière de vouloir régler les problèmes personnels ou collectifs, par le rejet ou l’exclusion qui est profondément négative, parce qu’elle ne permet pas au don de Dieu de se manifester.

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Published by Desiderius Erasme
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