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4 août 2010 3 04 /08 /août /2010 09:09

La foi d’une païenne

Jérémie 31, 1-7 ; Matthieu, 21-28

Matthieu dit qu’elle est cananéenne, Marc qu’elle est syro-phénicienne. Toujours est-il qu’une femme, païenne, demande à Jésus de délivrer sa fille d’un démon. La scène est connue. Jésus va d’abord l’ignorer, puis, alors que ses disciples lui demandent de faire quelque chose pour être débarrassés de l’importune, l’éconduire rudement, et enfin céder à son insistance.

Inutile de chercher à arrondir les angles, pour faire de Jésus un « petit saint » qu’il n’est pas. D’abord, puisqu’il prétend n’avoir été envoyé que pour les « brebis perdues d’Israël », qu’allait-il faire en terre païenne, fort loin de Jérusalem, au-delà de la Galilée, dans l’actuel Liban ?

La scène est précédée par une rude altercation avec des pharisiens et des scribes de Jérusalem, et l’incompréhension des disciples, qui leur vaut une solide admonestation. Il semble que Jésus est excédé et qu’il part « prendre l’air ». Marc dit d’ailleurs qu’il voulait avoir la paix et faisait en sorte qu’on ne sache pas où le trouver. On a le sentiment qu’il dit « basta ! » Nous ne sommes pas loin du moment où il va demander à ses disciples ce qu’on dit de lui, et ceux qu’eux-mêmes croient, pas loin de la première annonce de la Passion.

C’est un temps de basculement, et l’on peut concevoir qu’il passe par un moment de suspension, sinon d’hésitation. Ce qui est intéressant, dès lors, c’est que la demande de la Cananéenne apparaît comme une forme de « relance ». C’est par elle que passe l’appel du Père qui élargit la mission initiale.

Le salut est étendu à tous. Cependant, comme le signifie la Cananéenne, il passe par Israël. Le salut des païens ne se rajoute pas à côté de celui d’Israël, il en est le prolongement. Il s’exprime dans la reconnaissance de Jésus comme « fils de David » – définition messianique étonnante dans la bouche d’une païenne –, et dans la reconnaissance des juifs comme les « maîtres », alors que Jésus n’avait parlé d’eux que comme des « enfants ». Enfants du Père, certes, mais maîtres. Et le mot employé est le mot grec qui signifie Seigneur (que l’on retrouve dans Kyrie eleison), celui qui dit que Jésus est « Seigneur »…

Vases d’argile

D’où vient cette « seigneurie », sinon du fait que les fils d’Israël sont fils du Père, porteurs du salut pour tous ? C’est bien parce que cette femme reconnaît cela que Jésus ne peut rien lui objecter : « Qu’il soit fait pour toi comme tu le veux. »

N’oublions donc pas d’où nous vient le salut. Le prophète Jérémie nous rappelle que l’amour de Dieu pour son peuple ne se dément jamais, qu’il est éternel, qu’Israël est en permanence relevé de sa ruine. Lisons cela comme une vérité toujours présente. Le salut vient toujours du « fils de David », et Israël nous enseigne toujours à ce sujet. Reconnaître la permanence de l’amour de Dieu pour son peuple ne signifie pas cependant qu’Israël soit sans reproche, mais l’Église ne l’est pas davantage. Paul le dit : nous portons un trésor dans des vases d’argiles… Et ce trésor, c’est que Dieu justifie les pécheurs, Israël d’abord et nous ensuite et avec.

D.E.

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Published by Desiderius Erasme
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