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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 16:00

Les sondages font le grand écart. 79 % des catholiques pratiquants auraient voté pour Sarkozy, selon La Vie et Harris Interactive. 66 % seulement selon Pèlerin et l’Ifop. La différence n’est pas mince. Sans doute faut-il s’interroger sur la pertinence des échantillons. En général ce genre d’enquête est « porté » à l’intérieur d’un sondage plus global, si bien que le nombre des pratiquants interrogés est trop faible pour ne pas induire une marge d’erreur considérable[1]. Pour échapper à ce biais, il faudrait que les deux hebdomadaires précités se soient offerts au moment du vote un sondage ne portant que sur les catholiques pratiquants… Il est peu probable que cela ait été le cas.

Quoi qu’il en soit, ces résultats semblent indiquer que le vote catholique pratiquant est bien ancré à droite. Il est vrai que le discours récurrent sur les « points non-négociables » habilement colporté par la droite, a permis de désigner le programme de François Hollande comme non catholico-compatible. C’est ce qui ressortait clairement par exemple d’une émission – la seule ? – consacrée par KTO à l’élection présidentielle. On peut la trouver, par exemple, sur le blog de Bernard Lecomte.

Desiderius Erasme, dans son blog, n’a pas donné de consigne de vote, contrairement à quelques bloggeurs catholiques patentés. Certains autres bloggeurs ont été relayés par les diocèses dans des documents mis à disposition des fidèles le dimanche du vote, à la messe. C’est par exemple le cas du diocèse de Nanterre dont la Lettre n° 15, de mai, faisait l’éloge de Koz Toujours et Zabou the terrible. Si Zabou se contentait d’appeler les catholiques à accomplir leur devoir civique plutôt que d’aller à la pêche à la ligne, Koz lui expliquait pourquoi le vote Sarkozy s’imposait. C’était évidemment son droit absolu. Pour ma part, j’avais préféré ouvrir des questions que fournir une réponse…

Après le scrutin, je voudrais faire remarquer ici que la défaite de Nicolas Sarkozy et la situation problématique dans laquelle il a mis l’UMP face au front national résultent, d’une erreur spirituelle profonde, fut-elle drapée dans la défense des valeurs chrétiennes.

En effet, si Nicolas Sarkozy a fait un score aussi haut, en allant chercher au prix d’un discours toujours plus ambigu, les électeurs frontistes, il n’a en rien réduit le Front national, mais au contraire roulé pour lui, puisque ces électeurs se sont vus finalement confirmés dans leurs peurs et dans leur agressivité, et qu’ils se voient aujourd’hui privés des solutions (?) promises par le perdant. On a vu deux jours après le scrutin, avec l’exemple de l’aciérie de Fleurange dont Arcelor-Mittal vient d’annoncer que le travail n’y reprendrait ni à court ni à moyen terme, ce que ces solutions avaient de volatil…

L’erreur est la suivante : elle consiste à croire davantage à la puissance des maux qui travaillent la société qu’aux ressources dont nous disposons pour les combattre. Elle consiste à conforter les névroses, le sentiment d’impuissance, en désignant des coupables et des fautifs, en désignant des boucs émissaires. Les votants protestataires auront pu conclure du discours de campagne de Nicolas Sarkozy qu’ils avaient bien raison de protester et d’être en colère. Cela a permis certes de gagner des voix (quoique pas suffisamment), mais cela ne réduit en rien le sentiment de frustration ni la défiance. On cherche en vain dans le discours de Sarkozy les grandes ruptures de l’Évangile[2] : l’amour des ennemis, la soif de la justice, la recherche de la paix, le refus de la vengeance, le choix de la pauvreté (sobriété…). L’originalité de l’Évangile, c’est d’appeler les hommes, et en premier lieu les disciples de Jésus, à ouvrir les yeux sur le don déjà présent de Dieu, c’est-à-dire sur les forces de vie qui sont à l’œuvre. Il ne s’agit pas simplement de défendre la vie à son origine et à la fin, pour la garder sous cloche ou l’ignorer entre les deux, il s’agit de croire qu’elle nous habite, qu’elle nous soulève, qu’elle nous permet de traverser les épreuves personnelles ou collectives. Ce n’est pas pour rien que les évangiles commencent par mettre en scène des miracles où les malades sont guéris, où les paralytiques se lèvent… De même font les apôtres aussitôt après la Pentecôte. La Bonne nouvelle c’est cela : là où nous pensions être impuissants, malades, mourant, voire morts, la vie attend que nous nous levions, pour la manifester…

Je suis pour ma part convaincu que la seule manière de réduire le Front national, et parallèlement le Front de Gauche dont la rhétorique révolutionnaire et populiste n’augure rien de bon, c’est de faire en sorte non pas de conforter les protestataires dans leur posture de victimes, mais de leur donner les moyens de se lever et de prendre leur vie en main, de retrouver confiance, et de construire de la fraternité. Faire croire que cela passe par davantage de répression, d’emprisonnement, de sanctions est un leurre. Cela exige la mobilisation des énergies, la confiance partagée, l’écoute non pas des récriminations mais des aspirations profondes et l’encouragement concret à les mettre en œuvre…

Si les catholiques peuvent être utiles à quelque chose, dorénavant, ce n’est pas en étant les dénonciateurs paniqués des dérives sociétales – ce qui ne fera que renforcer les extrêmes –, mais en croyant, en actes, aux ressources de vie qui habitent cette société, jusque dans ses recoins les plus fragiles, en œuvrant à leur mesure et dans leur proximité immédiate pour commencer, à des solutions concrètes. Il faut retrousser ses manches et ne pas tout attendre ni du Ciel ni de l’État ni d’un grand soir.

Si nous faisons cela, je tiens le pari que non seulement le Front National reculera, et que les églises retrouveront de la fréquentation, non pas pour prier le Ciel de résoudre à notre place nos difficultés, mais pour nous réjouir ensemble de la vie qui reprend et en rendre grâce à Celui qui ne cesse de nous la donner.

Amicalement

Desiderius Erasme



[1] Sur un échantillon de 2000 personnes, représentatif de la population française, on trouve entre 140 et 90 catholiques pratiquants réguliers selon que l’on prend les statistiques de La Vie (7 %) ou de La Croix (4,5 % selon une enquête réalisé en 2009). Rappelons que l’on considère qu’il faut environ 1000 personnes pour que l’échantillon soit fiable, on en est donc loin pour analyser le vote des pratiquants réguliers.

[2] François Hollande, s’il n’y a pas fait référence, ne prétendait pas, lui, s’inscrire dans le fil du patrimoine chrétien…

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Published by Desiderius Erasme
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commentaires

Zabou 21/05/2012 20:17

J'arrive ici un peu par hasard et je voulais simplement rectifier deux petites choses :
- le diocèse de Nanterre n'a contacté ni Koz ni moi pour parler de politique mais bien... à cause de la journée mondiale des communications du 20 mai ! Il s'agissait de parler de 2 simples
blogueurs catholiques, parmi d'autres, étant du diocèse puisque cette forme de comm' ne cesse de grandir ! Il n'y avait vraiment pas là de la part du diocèse une intention d'influencer, d'autant
plus que nos interviews respectives ont été réalisées bien en amont de l'élection : les mots lus dans certaines paroisses me semblent donc bien plus notables que cela !

- Pour le reste, si j'ai simplement appelé effectivement de mon côté à ne pas s'en tenir à la pêche à la ligne à l'aide d'un texte de Vatican II, Koz a eu le mérite, ce me semble, de partager
simplement son choix, sans l'imposer à d'autres, contrairement d'ailleurs en cela à d'autres blogueurs ou twittos catholiques sur la toile qui allaient à dire pour leur part que Nicolas Sarkozy
s'imposait. Koz était beaucoup plus dans une démarche de contribution et de discussion et les échanges lus sur Facebook entre son article, celui de René qui a commenté ci-dessus et de Natalia enfin
- illustrant les 3 positions "possibles" de 3 catholiques - m'ont paru être des attitudes justes, partageant simplement leurs opinions en croyants.

Cela ne change rien au fond de votre article mais cela me semblait à signaler ! :-)

Bien fraternellement,
Zabou

Desiderius Erasme 22/05/2012 15:15


Chère Zabou, merci de ces précisions. Notez que je n'ai pas écrit que le diocèse vous avait contacté pour parler de politique. C'était donc une coïncidence. Indépendemment des avis des uns ou des
autres pour tel ou tel candidat, je trouve que cette coïncidence est malencontreuse, non pas de votre fait ou de celui de Koz mais de la part du diocèse. Quant aux petits mots dans les paroisses,
il n'y en a pas eu dans la mienne... ni dans un sens ni dans l'autre. Cordialement D.E


anne-laure 12/05/2012 23:30

@Louise : en ce qui concerne le rejet de la liberté des personnes qui choisiraient d'avorter par exemple ne peut-on pas opposer le respect aussi de la liberté de vivre de l'embryon? Ne faut-il pas
protéger le plus faible? Pour l'euthanasie c'est pareil : dans les pays où elle est autorisée on constate des dérives allant contre la volonté du patient, ne faut-il pas les protéger? quitte à
réduire la liberté des autres? On ne peut pas tout permettre au seul motif que cela contraigne la liberté des autres..

Desiderius Erasme 13/05/2012 15:19



Chère Anne-Laure, cette manière de poser la question est malheureusement trop simple. On ne peut pas se laver les mains de la complexité des situations, pour se réfugier dans le camps des grands
principes, qui semblent évidemment aller de soi, mais qui laissent les autres se débattre avec le réel. On ne peut pas rester dans le "il faut" et le "yaka" du haut de l'aventin de notre
morale et de notre justice. Cela suppose une proximité et un accompagnement qui coutent bien davantage que le simple énoncé de nos certitudes morales. Le problème n'est pas simplement d'affirmer
qu'on ne peut pas tout accepter, mais de partager le fardeau des situations morales les plus douloureuses et les plus complexes. Sur ce registre, il n'y a plus beaucoup de monde pour être présent
- il y a certes des chrétiens qui travaillent dans le domaine des soins palliatifs, mais en général, ils ne se répendent pas en déclaration de principes...


Desiderius Erasme 



francis 12/05/2012 00:04

Mon cher desiderius erasme,
Rendez à Caesar ce qui appartient à Caesar, et a Dieu ce qui appartient à Dieu. La politique appartient à Caesar, la foi à Dieu. Ne faîtes pas de mélange de genre.

Louise B. 11/05/2012 19:02

J’aime bien l’expression de Maritain: voter en chrétien, pas en tant que chrétien.
J’ai moi aussi été contrariée par la défense catholique exacerbée des points non négociables et l’utilisation par un certain nombre de clercs des blogs de catholiques bien dans la ligne
vaticane.
J’ai bien sûr voté à gauche, ce que je fais depuis toujours, n’arrivant pas à mettre en accord l’Evangile avec les valeurs majeures de la droite.
Les voix autorisées de l’Eglise ont déclaré certains points non négociables pour les choix sociétaux. Je ne sais pas si ces consignes s’adressent aux croyants catholiques ou à toutes les autres
catégories de la population.
Ce qui me paraît étonnant, c’est de demander toujours plus d’interdits pour le peuple quand on se réfère à la grande liberté des enfants de Dieu.
Y aurait-il un risque pour les catholiques d’être obligés de demander à pratiquer l’euthanasie si cet acte est autorisé par la loi ? (en n’extrapolant pas sur la notion d’euthanasie), obligés en
tant qu’homosexuels de se marier ou pour les femmes d’avorter parce que la législation le permet ?
Et bien non justement, la liberté de ceux qui réprouvent ces actes est respectée, ils ont le choix et je me demande pourquoi il faudrait lutter contre la liberté de choix de ceux qui, pour des
raisons qui leur sont propres, veulent avoir recours à ces actes. A quand l’interdiction de vente des produits contraceptifs ?
Il s’agit là d’un rejet de la liberté de conscience de chacun. Et cela me choque.
Ne s’agit-il pas de la volonté d’une institution religieuse de garder son pouvoir sur les consciences en décidant à leur place et en étendant ce pouvoir sur tous les individus quelque soient leurs
croyances ?

duriez 10/05/2012 10:32

je suis en désaccord sur votre attaque contre le Front de gauche: je suis catholique, j'apprécie globalement votre réflexion sur l'analyse du vote catho, mais en quoi maints des engagements du
front de gauche ne rejognent pas la doctrine sociale de l'Eglise et l'amour de son prochain ? Ce regroupement met l'humain au coeur de ses réflexions et de ses combats, ses valeurs sont humanistes,
et tant mieux, révolutionnaires ; je ne les mets absolument pas en parallèle avec le Front national qui sème la préférence nationale, donc la haine.

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