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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 08:26

Une petite musique qui en dit beaucoup plus qu’il n’y paraît

Après l’Avent et le temps de Noël, centrés sur la venue du Messie, nous entrons dans le « temps ordinaire ». C’est celui de la vie de foi au long cours, celui de la suite des jours, celui de l’épaisseur de la vie.

Pour ouvrir ce temps ordinaire, la liturgie nous présente l’appel des premiers disciples. Marc raconte la scène avec la fluidité d’un travelling au cinéma. Jésus se met en route, après l’arrestation de Jean Baptiste, il commence sa proclamation, presque avec les mots de Jean, et chemin faisant, passe près de la mer de Galilée, croise quatre artisans pêcheurs à qui il fait signe de le suivre… On le voit s’éloigner sur le rivage… Tout se passe tranquillement comme l’évidence d’un vol d’oiseaux qui traversent le ciel. Tout semble commencer comme une petite musique paisible. Mais cette berceuse recèle quelques surprises…

Première chose : dans le récit de Marc ce n’est pas la curiosité pour un personnage renommé qui mobilise les quatre pêcheurs. Ceux-là sont à leurs affaires et ne semblent pas avoir d’autres préoccupations. C’est Jésus qui les voit, qui vient à eux et leur parle.

Il les voit… Nous avons en mémoire cet autre passage de l’Évangile de Marc, celui de la rencontre avec l’homme riche : « Jésus le regarda et se prit à l’aimer ». Le regard de Jésus sur ceux qu’il rencontre est ainsi. C’est à partir de ce regard que Jésus peut les appeler, et c’est parce que ce regard est tel que les quatre hommes peuvent prendre la décision de suivre celui qui leur propose de laisser là leurs affaires, pour s’engager dans une aventure dont ils n’ont pas idée de ce qu’elle sera.

Il y a dans cet appel quelque chose qui ressemble à la parole adressée à Abraham : « Lève-toi, pars vers le pays que je te donnerais. » La même incertitude sur la direction, sur l’avenir. La même détermination sur le mouvement à mettre en œuvre. Ainsi Marc nous dit-il que ce qui commence ici est du même ordre, de la même nature, du même enjeu que ce qui s’est noué avec Abraham. Non pas une rupture, mais une continuité. Une reprise.

Des pêcheurs ?

En même temps, il y a de quoi être surpris : pourquoi dans ce pays où la figure patriarcale est celles des pasteurs, des conducteurs de troupeaux, pourquoi Jésus choisit-il des pêcheurs ?

La Bible ne compte que trois citations où il est question de pêcheurs. Celle d’Isaïe concerne non pas Israël, mais l’Égypte, dont les pêcheurs du Nil gémiront lorsque le pays sera châtié par Dieu. Celle de Jérémie est plus parlante, elle évoque les Israélites en exil, qui seront ramenés par Dieu vers la terre de leur pères : « Je vais envoyer quantité de pêcheurs qui les pêcheront… » La suite est un jugement sévère sur l’infidélité et la perversion d’Israël, mais la perspective est celle de rassembler et sauver. La dernière se trouve dans Ézéchiel, dans l’allégorie du Temple d’où coule des fleuves d’eaux vives : « Le poisson sera très abondant, car cette eau arrivera là et les eaux de la mer seront assainies : il y aura de la vie partout où pénétrera le torrent. Alors des pécheurs se tiendront sur la rive ; et depuis Ein-Guèdi  jusqu’à Ein-Eglaïm, ce sera un séchoir à filet… » Cette fois-ci, les pêcheurs sont clairement ceux qui récoltent le fruit de la vie donnée en abondance.

Le choix de Jésus n’est donc pas une lubie, ni l’effet du hasard.

Marc signifie que s’accomplit la prophétie de Jérémie et celle d’Ézéchiel. On ne le voit pas encore, mais déjà, l’eau vive commence à s’écouler du Temple vivant qu’est le Fils de Dieu. Marc dit ainsi discrètement ce que Jean pose dès le début de son propre évangile, dans la scène des vendeurs chassés du Temple, lorsqu’il écrit, après la controverse qui s’ensuit avec les autorités religieuses : « [Jésus] parlait du temple de son corps ».

Ainsi, derrière des apparences très simples, fluides et paisibles, ce qui commence est-il très profond, très fort, très puissant, si l’on y prête attention. Il s’agit d’accueillir l’eau vive qui va couler en abondance. L’appel ne mérite d’ailleurs d’être entendu que si c’est d’un pareil enjeu qu’il est question. Sinon, pourquoi se mettre en route ?

Le temps ordinaire n’est décidément pas banal.

D.E.

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Published by Desiderius Erasme
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