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3 janvier 2010 7 03 /01 /janvier /2010 22:06

Les rois Mages, le jour de la fête de l'Epiphanie, c'est un peu, pardonnez-moi, l'arbre qui cache la forêt, ou le doigt qui montre la lune... Au-delà de l'exotisme de ces personnages venus de l'Orient, la liturgie de la Parole nous propose un paradoxal renversement de perspective, d'au moins deux manières.
Nous avons l'habitude de dire que la lumière vient de l'Orient. Evidemment pour nous, ouest-européens, Jérusalem est à l'Est... Mais le récit qui nous est proposé dit tout autre chose. Les mages qui viennent de l'Orient ne sont pas eux-mêmes la lumière. Ils la cherchent. Ils ne la portent pas. S'ils se mettent en route, c'est qu'ils sont en quête d'une autre lumière que celle dont ils disposent à demeure, chez eux. Mais l'étoile? direz-vous.
L'étoile n'est pas la lumière qu'ils cherchent. Elle est tout juste un guide transitoire. La vraie lumière est celle qui se tient en la personne de l'enfant de la crêche de Bethléem. Elle n'est pas une phénomène solaire ou stellaire. Elle n'est pas de l'ordre de la seule nature. La lumière dont il est question se lève ailleurs qu'à l'horizon, il faut la chercher autrement, dans un autre "champ".
C'est en revenant à la Parole que les prêtres et les scribes d'Israël trouvent le lieu où naît cette lumière. Cela suffit à faire comprendre que c'est cette Parole qui est réceptacle de la lumière, qui est elle-même la lumière. Le nom de Bethléem le révèle, si l'on y prête un peu attention. Non seulement Bethléem est le village duquel David est originaire, mais son nom signifie "la maison de la nourriture". Or, dira Jésus, "ce n'est pas seulement de pain que l'homme vivra, mais de toute Parole qui sort de la bouche de Dieu". Quant au lieu où Jésus repose, c'est une mangeoire... En la personne de l'enfant qui porte le nom de Jésus - Dieu sauve - c'est la parole même de Dieu qui nous est présentée comme nourriture. Jésus ne cessera de dire qu'il ne parle pas de lui-même, mais qu'il énonce la parole qu'il reçoit de son Père... Telle est donc la lumière qui nait à Bethléem, dans "la maison de la nourriture".
C'est donc vers cette Parole que nous sommes invités aujourd'hui à nous tourner, pour nous en nourrir et pour la révérer, car elle est pour nous lumière et source de vie. C'est elle qui alimente en nous la vive flamme de l'Esprit. C'est l'immense chance qui est la nôtre, notamment depuis le concile Vatican II qui a proposé à l'Eglise de revenir à une lecture plus intense des Ecritures.
Mais ce n'est pas le seul renversement que nous propose la liturgie à l'occasion de cette fête de l'Epiphanie. Nous sommes invités à lire un passage de la lettre de saint Paul aux Ephésiens, dans lequel l'apôtre affirmque que Dieu lui "a fait connaître le mystère du Christ" et que "ce mystère, c'est que les païens sont associés [je souligne] au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l'annonce de l'Evangile." Lorsque nous entendons ce texte, nous pensons spontanément à l'extension de l'évangélisation, à l'ouverture à tous ceux qui n'ont pas encore été touchés par la Bonne Nouvelle. Cependant, nous risquons d'oublier de nous poser une question fondamentale: à qui, à quoi sommes-nous associés?
Il ne s'agit pas simplement pour Paul de proclamer que le Dieu fait miséricorde à tous. Paul, dont il faut se rappeler qu'il est juif, pharisien, disciple du grand maître Gamaliel, dit aux Ephésiens, et donc à nous qui le lisons aujourd'hui, que c'est au peuple juif que les païens sont associés. Ils ont part à l'héritage des juifs, ils sont associé au corps qu'ils forment et qui a été constitué par l'Alliance, ils partagent la promesse faite à Abraham... Il ne saurait par conséquent être question de tenir les juifs à distance, de les oublier, de se substituer à eux. Il est dès lors inconcevable d'en faire des objets d'opprobre et de vindicte, et plus encore de vouloir se débarrasser d'une, d'une manière ou d'une autre: c'est nier l'oeuvre même du salut. Quand on lit ces paroles de Paul, on se demande comment les chrétiens ont pu, pendant des siècles, pratiquer l'antijudaïsme, et l'on comprend que l'antisémitisme est un péché contre l'Esprit.
Nous n'avons pas fini de prendre la mesure de ce qu'affirme Paul: l'élargissement de la promesse, l'extension du salut va de pair avec l'ancrage dans le peuple de la promesse, dans celui qui le premier a reconnu la Parole de Dieu comme nourriture - relisez le récit de la manne au désert -, celui qui a porté et conservé cette parole, et qui la porte encore, et s'en nourrit. Qu'il porte ce trésor dans des vases d'argile, dans son imperfection - comme nous le faisons nous-mêmes - n'enlève rien à cette affirmation de l'élection sans laquelle nous ne pouvons avoir part au salut.
C'est bien ce que chantait le vieillard Syméon, dans l'hymne que nous lisions il y a quelques jours: "Mes yeux ont vu ton salut, que tu préparais à la face des peuples: lumière pour éclairer les nations, et gloire d'Israël ton peuple."
Voilà ce que les Mages célèbrent: la gloire d'Israël, c'est le salut des nations, par l'association des païens à l'héritage, au corps et à la promesse... Telle est la lumière de Dieu, pour nous et pour toute l'humanité.
DE

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Published by Desiderius Erasme
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geoffroy 05/01/2010 00:22


Bravo pour ces lignes.
Merci pour la tres belle observation sur la mangeoire. quant à la dénonciation de l´antijudaisme et antisémistisme, une justesse salvatrice. Il n´y a pas de salut contre. encore moins avec nos
frères ainés.
le retour du fils prodigue n´entraine pas l´exclusion de son frère et l´histoire ne nous dit pas si à la fin il se laisse toucher et participe à la fête ou si il reste à l´écart.
paix et joie


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