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19 juillet 2010 1 19 /07 /juillet /2010 09:03

De mauvaises questions pour ne pas bouger

Michée 6, 1-4.6-8 ; Matthieu 12, 38-42

Procès dans le livre de Michée, jugement dans l’évangile de Matthieu. L’heure est grave. Il s’agit de rendre des comptes de sa conduite. Dans les deux cas la « mise en scène » est spectaculaire. Avec Michée les montagnes et les collines sont convoquées, c’est toute la terre qui est prise à témoin. Dieu aurait-il manqué à sa promesse en libérant son peuple du joug égyptien ? Dieu serait-il responsable de l’infidélité d’Israël ? Jésus invoque quant à lui les figures symboliques de la reine de Saba et du prophète Jonas qui traduisent non seulement la même universalité mais l’accueil de la sagesse de Dieu et de l’appel à la conversion par les païens.

Ce à quoi il est utile de prêter attention, ce sont les stratégies d’évitement de ceux qui sont appelés à rendre des comptes, cette apparente disponibilité qui n’en est pas une. Dans le livre de Michée, celui qui est en procès demande : « Comment dois-je me présenter devant le Seigneur ? » Il laisse entendre qu’il ne reculera devant aucun sacrifice, pas même, comme Abraham, celui de son fils aîné, pour expier sa faute. Au passage, il tord l’Écriture : l’offrande d’Isaac n’était liée à aucune faute. Pourquoi ferions-nous porter le poids de nos péchés par nos enfants ? Il y aurait là une belle injustice.

La réponse de Dieu va à l’essentiel et tape dans le mille. Ce qu’il faut faire : tout d’abord, « rien d’autre que de pratiquer la justice », voilà qui taille en pièce la fausse générosité sacrificielle, jusqu’à sa perversité finale. Ensuite, « aimer la miséricorde et marcher humblement avec son Dieu. » Rien de compliqué. Vivre en connaissant son imperfection et celle des autres, sans se laisser étouffer par elle, faire sincèrement de son mieux pour les autres et pour soi, et avancer comme Abraham, souvent à tâtons, toujours confiant…

A chacun de « voir »

Dans l’évangile de Matthieu, les pharisiens demandent un signe à Jésus. Ce qui peut sembler paradoxal, puisqu’il a déjà accompli de nombreuses guérisons. Mais cette demande est en fait une manière d’inverser la charge de la preuve dans le procès que les Pharisiens ont commencé à faire à Jésus. Car ce qui précède cette demande, c’est l’accusation lancée par des pharisiens à l’encontre de Jésus : « C’est par Beelzéboul qu’il expulse les démons ! » Accusation à laquelle Jésus a répondu en invitant ses interlocuteurs à s’interroger sur ce qu’ils avaient dans le cœur, en l’accusant ainsi. C’est à eux d’apporter la preuve de ce qu’ils disent. Pris en défaut, ils jouent la fausse soumission : « Maître, nous voudrions voir un signe de toi… » Et Jésus de leur répondre en substance : eh bien, il y a à voir, bien davantage que vous ne le pensez ; que voulez-vous de plus ? C’est à chacun de se déterminer face au don de Dieu. Là est le véritable jugement.

Interrogeons donc nos propres évitements, nos besoins de signes, nos attentes d’encouragements, nos résistances à nous mettre en route. Il a des jours, sans doute les plus nombreux, où il suffit simplement de marcher humblement avec Dieu, sans attendre de grande révélation, parce que sans doute la découverte qui nous attend, c’est d’éprouver, par le fait de marcher, la présence presque imperceptible de celui qui nous a appelé. Alors nous dirons comme Jacob : Dieu était là, et je ne le savais pas. L’important, en définitive, n’est pas de savoir, mais de marcher, de vivre.

D.E.

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Published by Desiderius Erasme
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