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26 octobre 2010 2 26 /10 /octobre /2010 20:55

Jean Gilles, Première lamentation pour le mercredi saint, au soir

Savons-nous que nous sommes guéris ?

Luc 13, 10-17

Le récit de guérison que nous lisons aujourd’hui mérite que nous y prêtions une attention particulière. Tout d’abord, contrairement à la plupart des autres récits de miracles, la personne guérie n’est pas présentée comme ayant fait une démarche personnelle, ni comme étant représentée par un autre. Cette femme infirme depuis dix-huit ans semble n’avoir rien demandé. Pourtant Jésus la guérit. C’est lui qui s’adresse à elle, et non l’inverse. Comme s’il ne supportait pas de la voir ainsi.

Luc nous dit que cette femme n’avait absolument pas été capable de se redresser. Le texte, si on s’en tient à la traduction littérale précise sa situation dans ces termes : c’était une femme « ayant un esprit d’infirmité depuis dix-huit ans ». Ce qui s’entend un peu différemment de la traduction liturgique qui nous dit qu’elle était « possédée par un esprit mauvais qui la rendait infirme », comme si cet esprit était un « agent étranger ». On peut comprendre que cette femme s’était enfermée dans son infirmité, et qu’elle n’était plus capable d’en sortir par elle-même. C’est en fait une situation assez courante… Que personne n’intervienne à son sujet peut laisser penser que tout le monde en avait pris son parti. Pas Jésus.

Jésus, en la voyant, ne considère pas qu’il n’y a rien à faire ni à dire. Et il lui déclare qu’elle peut sortir de son enfermement : « Femme, tu as été libérée de ton infirmité ! » Il n’annonce pas une chose à venir, mais une réalité déjà accomplie, dont elle n’a pas connaissance. La guérison, elle-même, n’est pas le résultat de l’imposition des mains qui suit cette parole. Celle-ci n’a pour effet que de permettre à la femme d’en prendre acte. Jésus ne guérit pas, il manifeste la guérison opérée par Dieu. Et la femme peut alors glorifier Dieu.

Pourquoi cette scène a-t-elle lieu le jour du sabbat,  ce qui choque le chef de la synagogue, à « l’esprit faux » (dixit Jésus) ? Si l’on regarde attentivement le texte, on s’aperçoit que Jésus ne se présente pas comme le maître du sabbat, comme il l’affirme en d’autres circonstances. Il explique autre chose : « Ne fallait-il pas qu’elle soit déliée de ce lien le jour du sabbat ? » Ce n’est pas une question d’opportunité, mais de nécessité. Cette libération devait avoir lieu ce jour-là, semble dire Jésus. Il le fallait, pour que cette femme puisse rendre gloire à Dieu de l’avoir guérie.

Vitale louange

La comparaison avec le bétail que l’on délie pour qu’il puisse aller boire, le jour du sabbat, établit un parallélisme entre l’eau indispensable pour la vie, et la louange de Dieu le septième jour. Telle est la fausseté du chef de la synagogue : il ne voit pas que ce qui est en jeu est essentiel. C’est à la fois la manifestation de l’accomplissement (ce qui est l’un des buts du sabbat), et la possibilité pour un être humain de s’abreuver de la louange de Dieu – ce qui signifie que cette louange est vitale… pour l’homme. En ne comprenant pas cela, le chef de la synagogue vide tout simplement le sabbat de son sens, de sa vitalité !

Il faut de surcroit noter la gratuité absolue de la guérison. Elle était déjà là, sans être référée à un mérite quelconque. Mais un esprit faux – le seul qui soit désigné, c’est en fait celui du chef de la synagogue et de l’assistance ! – la rendait imperceptible, irrecevable.

Dieu, nous dit Jésus, a tout accompli. Il n’est qu’accomplissement. Voilà ce qu’il nous faut accueillir. Et il n’est pas inutile de nous libérer mutuellement de ce qui nous empêche en prendre acte. Tel est la mission fondamentale de Jésus et de ses disciples. C’est-à-dire la nôtre.

D.E.

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Published by Desiderius Erasme
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