Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 08:48

Travelling évangélique en forme de rappel des épisodes précédents

 (Mc 6,7-13)

Hier, la liturgie nous invitait à lire dans Marc la scène de la prédication qui tourne court à Nazareth, où Jésus constate le manque de foi d’un auditoire qui s’intéresse moins à sa parole qu’à son milieu familial (Mc 6, 1-6). L’évangéliste enchaîne aussitôt avec l’envoi en mission des Douze. Marc est connu pour sa concision et ses raccourcis. Néanmoins, on ne peut s’empêcher de s’interroger sur la succession des deux scènes. Non pas nécessairement sur la vérité historique de cette succession, mais sur la volonté catéchétique de l’évangéliste.

Il est bon de reprendre la continuité du récit de la vie de Jésus telle que Marc nous la présente et que la liturgie nous invite à la lire depuis quelque temps : Après avoir été baptisé, Jésus prêche en Galilée et appelle Simon, André, Jacques et Jean, puis il manifeste son autorité par plusieurs guérisons, dont certaines le jour du sabbat. En relevant le paralysé de Capharnaüm, il s’affirme comme pouvant pardonner les péchés – ce qui est le propre de Dieu. Et fort logiquement, il se montre ensuite comme exerçant la miséricorde, en appelant un collecteur d’impôt et en ouvrant sa table aux pécheurs. D’où les controverses avec les disciples de Jean et les pharisiens, d’abord sur le jeûne, puis, plus graves, sur le sabbat qui ouvrent un conflit « à mort », puisqu’il est déjà question de faire périr le rabbi de Nazareth.

Par contraste Marc souligne aussitôt le succès populaire de Jésus et fait le récit de l’institution des Douze, destinés à être envoyés prêcher « avec le pouvoir de chasser les démons ». Or c’est justement là que les scribes venus de Jérusalem  l’accusent Jésus d’être un suppôt de Béelzéboul . Suit alors une séquence parabolique dont le thème est la Parole et le Royaume. La « réponse » de Marc, aux scribes, c’est l’enseignement de Jésus. Puis vient la manifestation de la puissance de Jésus, avec le récit de la tempête et de nouvelles guérisons, qui d’un point de vue de la construction littéraire, forment un chiasme avec les premières, chiasme qui fait apparaître, au centre, une question vertigineuse posée par Jésus : « Qui sont ma mère et mes frères ? ».

Ainsi, le retour à Nazareth apparait comme un nouveau départ, ou du moins comme le départ d’une nouvelle étape, qui va poser une autre question fondamentale, celle de l’identité de Jésus. A Nazareth, on ne comprend pas comment celui que l’on a connu dans son réseau familial peut agir et parler comme il le fait. Juste après l’envoi des Douze, c’est Hérode qui s’interrogera à son tour, puis au chapitre 8 Jésus demandera à ses disciples « Et vous, qui dites vous que je suis ? » (Mc 8, 29).

Alors que vient faire dans cette séquence ce petit passage sur la mission des Douze ? On peut dire qu’il répond à l’appel des apôtres dans la séquence précédente et à l’institution des Douze. Comme si à chaque étape, Marc voulait nous montrer que Jésus ne reste pas seul, mais qu’il associe à lui un petit groupe d’hommes avec lequel il partage sa mission. Tout « divin » qu’il soit, Jésus manifeste la présence du Royaume avec cette « compagnie ». L’Église ne tombe pas du ciel après la Résurrection ou la Pentecôte, elle s’édifie en chemin sur les routes de Galilée puis de Judée.

Dénuement et profusion

Notons que ce passage est une des rares indications qui évoquent les conditions matérielles de la vie du petit groupe et de Jésus. Nulle part, il ne nous est dit comment cette petite troupe gagne son pain ! Là, on la voit dans un dénuement certain : « pas de pain, pas de sac, pas d’argent », pour faire route. Une seule tunique… C'est-à-dire le risque de la faim et du froid, la dépendance à l’égard des autres. Enfin, ne pas s’acharner si l’on n’est pas entendu. Au contraire, aller plus loin sans s’encombrer de cet échec, et manifester publiquement ce détachement ! Dès lors le contraste est étonnant entre la profusion des résultats (« ils chassaient beaucoup de démons, faisaient des onctions d’huile à beaucoup de malades et les guérissaient ») et la pauvreté des moyens !

Je m’arrête là. Il me semble que plus qu’à des raisonnements « théologiques », un tel texte invite à la contemplation simple de l’œuvre de Dieu afin qu’elle s’enracine en nous, afin aussi – autre image – qu’elle nous désaltère, et que dans cette contemplation nous nous laissions faire par cette Parole en actes…

D.E.

Partager cet article

Repost 0
Published by Desiderius Erasme
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Desiderius Erasme
  • Le blog de Desiderius Erasme
  • : Lire la Bible sans mourir idiot, intégriste ou ayatollah de la laïcité. Avec de l'humour, de l'esprit, de la curiosité, et sans préjugés...
  • Contact

Profil

  • Desiderius Erasme
  • La liberté de l'Evangile est la plus belle chose que l'on puisse partager. Elle est à la fois critique et aimante, source de joie et soutien dans l'épreuve. Elle invite à toujours plus d'humanité...
  • La liberté de l'Evangile est la plus belle chose que l'on puisse partager. Elle est à la fois critique et aimante, source de joie et soutien dans l'épreuve. Elle invite à toujours plus d'humanité...

Liens