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19 mai 2010 3 19 /05 /mai /2010 08:06

Nous sommes « confiés » pour agir

Actes 20, 28-38 ; Jean 17, 11b-19

Les adieux de Paul aux Anciens de l’Église d’Éphèse n’ont rien d’iréniques. L’apôtre ne fait pas dans le genre « Tout va bien, Madame la Marquise ! » Au contraire, il annonce des troubles, des dissensions, des faux pasteurs… Il invite à la vigilance. Mais, aussitôt, il dit ceci : « Et maintenant, je vous confie à Dieu et à son message de grâce, qui a le pouvoir de construire l’édifice et de faire participer les hommes à l’héritage de ceux qui ont été sanctifiés. » La vigilance donc, mais sans perdre de vue la foi : c’est bien Dieu qui construit, c’est bien Dieu qui fait des hommes des fils, des héritiers…

Il y aurait un vrai danger à se crisper sur la vigilance au point de prendre subrepticement la place de Dieu. De plus Paul « confie » ceux qu’il a enseignés à Dieu. Il ne leur dit pas seulement « confiez-vous… », mais « vous êtes confiés à Dieu ». Ce choix ne leur appartient pas, c’est celui de Paul, comme Jésus dit au Père dans sa prière finale « ils sont à toi, ceux que tu m’as donnés ». Sachons que nous appartenons à Dieu, que nous avons été mis dans sa main.

Pour autant Paul n’invite pas à la démission. Il enchaîne en se donnant en exemple : « Argent, or ou vêtement, je n’ai rien attendu de personne… Je vous ai toujours montré qu’il faut travailler ainsi pour secourir les faibles… » Cette appartenance ne nous déresponsabilise pas, elle nous engage. Elle est le point de départ de notre agir. Telle est la dialectique de la foi et de l’engagement

Jésus dans sa prière au Père lui confie ses disciples : « Père saint, garde mes disciples dans la fidélité à ton nom ». On aurait pu attendre qu’il dise « dans la fidélité à la parole que je leur ai dite », puisqu’il a souvent invité les disciples à gardes ses paroles, son commandement… Mais ces paroles, ce commandement, il les a reçus du Père, pour révéler son nom. Jésus ne prie pas pour que les disciples soient retirés du monde, soustrait à ses difficultés. Il prie pour que, dans ce monde, le Père les garde dans la fidélité à son nom, source de liberté et de vérité, pour qu’il « les garde du Mauvais ».

Cette prière de Jésus n’est pas une manière de se libérer de la tâche qui lui revient. Confiant ses disciples au Père, il va cependant en assumer jusqu’au bout la responsabilité. « Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’à la fin », écrit l’évangéliste en ouverture du récit du lavement des pieds. C’est sa vie que Jésus va donner sur la croix pour ses disciples et tous les hommes, afin qu’ils soient tout entier « consacrés par la vérité » – par la parole de Dieu qui est vérité. C’est la parole portée en actes jusqu’à la croix par Jésus qui va permettre que les disciples eux-mêmes la porte de la même manière.

Le don de la joie

Le secret de ce mouvement, c’est là joie. Jésus veut donner à ses disciples sa propre joie, mais cette joie, c’est qu’ils reçoivent la vie qu’il leur donne, qu’ils soient libérés de ce qui les entrave pour s’accomplir pleinement comme fils adoptifs de Dieu.

Paul le dit en citant une parole du Seigneur que n’ont pas rapporté les évangélistes : « Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir. » De fait, nous l’expérimentons, rien ne nous réjouit plus que de voir l’autre goûter le don que nous lui faisons et accéder à une part plus intime, plus vaste et souvent surprenante de lui-même. Voilà cette joie où Jésus veut nous faire entrer, et c’est pour cela et en cela qu’il souhaite que nous soyons « consacrés » comme il se consacre lui-même.

D. E.

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Published by Desiderius Erasme
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