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20 mai 2010 4 20 /05 /mai /2010 08:26

Le christianisme ne peut se couper de ses racines juives

Actes 22, 30 ; 23,6-11 ; Jean 17, 20-26

Nous retrouvons Paul à Jérusalem, après son arrestation. Des Juifs persuadés qu’il prêche l’abandon de la Loi de Moïse l’accusent d’avoir profané le Temple. Or si Paul s’est rendu au Temple, c’est pour y accomplir un rite de purification et manifester ainsi son observance de la Loi. Il y a eu un mouvement de foule et certains étaient prêts à le tuer quand la troupe romaine est intervenue. Le commandant romain organise alors une réunion pour confronter Paul aux membres du Sanhédrin et peser ainsi le sérieux des accusations lancées contre lui.

On lit souvent ce passage en considérant l’attitude de Paul comme une habileté tactique : se revendiquant « pharisien, fils de pharisien », mettant le doigt sur le débat qui oppose pharisiens et sadducéens quant à la résurrection, il divise son auditoire, et met une partie du Sanhédrin de son côté. Cette lecture n’est pas fausse, mais elle est incomplète et risque même de donner raison aux accusateurs de Paul, si on ne fait pas droit au fond de son propos : Paul se veut toujours juif, fidèle à l’enseignement qu’il a reçu de ses pères. S’il a fait, symbolisée par le moment de Damas, une expérience tout à fait nouvelle de la foi en rencontrant le Christ, cette expérience ne peut néanmoins pas se comprendre si on la coupe de ses racines. Elle a beaucoup à voir avec tout ce qui fonde les pharisiens à croire en la résurrection des morts. Elle ne peut se passer de l’intelligence de Dieu contenue dans la Torah et dans la tradition juive.

Voilà qui devrait non seulement nous prémunir contre l’antijudaïsme et l’antisémitisme, et plus encore nous donner soif de connaître la Torah et la tradition juive. L’affrontement, si virulent, entre pharisiens et sadducéens, nous montre d’une part que cette foi et cette tradition sont en débat – et que ce débat est de première importance, et d’autre part qu’il n’est pas possible de parler « des Juifs » de manière univoque et schématique, comme l’antijudaïsme chrétien l’a si longtemps fait.

Cela a-t-il quelque chose à voir avec la prière que Jésus adresse à son Père, avant de partir à Gethsémani ? Oh que oui ! Ce que nous lisons ce matin insiste sur ce que l’on peut appeler « l’inhabitation », le fait que Dieu vient habiter en nous : « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi… Je leur ai fait connaitre ton nom… pour qu’ils aient en eux l’amour dont tu m’as aimé, et que moi aussi je sois en eux ». Jésus prie pour que nous fassions l’expérience la plus intime de sa présence, non plus simplement à côté de nous, mais en nous. Il veut habiter en nous, comme le Père habite en lui.

Le souffle de la Parole

C’est une présence vivante, celle qui fait dire à Paul, dans la lettre aux Galates : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi. » Cette expérience, nous la trouvons dans la manière vive de lire l’Écriture dans la tradition juive, et encore dans le judaïsme aujourd’hui. Il ne s’agit pas, contrairement à une image trop répandue, d’une lecture littérale, ou d’une lecture normative, d’une connaissance intellectuelle de choses qu’il faudrait appliquer, dans lesquelles il faudrait se couler. Il s’agit, si l’on peut s’exprimer ainsi, de respirer la présence de Dieu dans le texte, d’y boire son souffle, pour qu’il vive en nous aujourd’hui et nous mette en route. Le paradoxe, c’est qu’alors ce texte très ancien devient le plus actuel, une présence vivante qui ne nous détourne pas du présent et de nos contemporains, mais nous y renvoie pour y déployer nos énergies, reçues du souffle même de Dieu, dans sa parole.

D.E.

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Published by Desiderius Erasme
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Juliette Mertens 20/05/2010 19:06


Merci de cet éclairage, qui, reçu en terre d'Islam, prend une coloration bien singulière...Celui (ou celle) qui est étranger (étrangère) ne peut oublier ces racines si profuses et fécondes...


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