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28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 09:02

Mon cher Thomas,

Qu’est-ce donc qu’être chrétien dans le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui ? Sans doute rien d’autre qu’hier : se reconnaître disciple de Jésus de Nazareth, ce juif né sous Tibère, dont les évangiles nous rapportent la vie et la mort et dont ils nous disent qu’il est ensuite apparu vivant à quelques-uns, en commençant par des femmes. Ce que je retiens tout d’abord, comme les évangiles le montrent fort bien, c’est que ce Jésus a ordonné sa vie à la parole de celui qu’il appelle son Père, une parole qu’il trouvait dans la lecture des Écritures juives et dans le silence d’une méditation solitaire.

Si nous voulons être chrétiens, il nous faut donc d’une part nous tourner à la fois vers ce que les évangiles nous disent de lui, et vers cette parole dont il se nourrissait, et de l’autre entrer dans cette expérience de silence intérieur, pour entendre en nous-mêmes ce que produisent cette parole et cette contemplation de la vie de Jésus. Cela commence par là. Ainsi pouvons-nous mettre nos pas dans ceux de Jésus.

Qu’a-t-il fait ? Il est allé vers les hommes de son temps pour leur annoncer que la promesse contenue dans les Écritures juives s’accomplissait. Une promesse de libération, une promesse de vie…

Telle est aujourd’hui mon interrogation, cher Thomas : comment exprimons-nous aujourd’hui cette promesse, pour que nos contemporains puissent l’entendre. De quoi attendent-ils d’être libérés ? Quelle vie désirent-ils ? Avec ces deux questions, je ne veux pas dire que la promesse dont Jésus nous a annoncé l’accomplissement se résume à la manière dont les hommes formulent leurs attentes, mais je suis persuadé que derrière ces formulations qui sont probablement partielles, ambiguës, troubles, le désir d’atteindre la plénitude de la vie et du bonheur existe, et qu’il est la marque de la filiation divine qui est le propre de tout homme si nous croyons que Dieu est Père.

Je souffre, Thomas, de constater que notre Église aujourd’hui peine tant à se mettre à l’écoute des attentes des hommes et des femmes parmi lesquels nous vivons. Il me semble qu’elle les juge avant de les rencontrer. Et quand je dis l’Église, je ne songe pas seulement au pape et aux évêques, mais à l’ensemble de ceux qui s’affirment chrétiens, et qui pensent avoir les réponses avant d’entendre les questions. Dans l’évangile, Jésus ne se comporte pas ainsi.

J’ai souvent le sentiment que les chrétiens d’aujourd’hui sont les pharisiens d’hier. Ceux qui tiennent à distance les pécheurs, les malades et les prostitués. Je ne voudrais pas être injuste : nombre de chrétiens se mettent au service des pauvres, et ceux-ci ne manquent pas. « Vous les aurez toujours avec vous » avait dit Jésus, peu avant son arrestation et sa mort. Mais les autres, ceux qui ne sont pas des justes, ceux qui ne sont pas conformes à la Loi, ceux qui n’entrent pas dans les normes de l’Église, qu’en faisons-nous ? Comment nous risquons-nous auprès d’eux, avec eux ?

Nous n’y sommes pas, mon ami. Et je ne m’étonne pas que notre monde peine à découvrir le visage de Jésus, puisque c’est nous qui devrions être sa présence parmi les hommes et les femmes de notre temps, car telle est le sens de l’Église que nous formons ensemble.

Nous accusons la sécularisation. Ne devrions-nous pas nous interroger sur notre désertion ? Si le monde ne croit pas, n’est-ce pas d’abord parce qu’il ne rencontre pas le visage de celui en qui il pourrait croire ?

À bientôt, mon ami.

D.E.

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Published by Desiderius Erasme
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Fred 06/12/2010 01:38


Je pense que si les catholiques peine à être des témoins du Christ de notre temps c’est parce qu’ils n’arrivent plus à concilier la Vérité et l’Amour .Et pourquoi ?
Parce que les vecteurs du message de l’Église ne sont plus ceux d’hier .Autrefois l’enseignement de l’Église arrivait aux fidèles et au monde par la médiation de ses pasteurs autrement dit
l’institution était en contact avec les fidèles à partir des personnes çàd ces pasteurs .Lorsque ce dernier était un saint comme le curé d’Ars , sa charité emportait les fidèles plus facilement
vers l’adhésion de l’enseignement de l’Église et dans le cas contraire c’était évidement la catastrophe . Actuellement avec les moyens de communication que nous connaissons il arrive souvent que
l’enseignement de l’Église soit communiquer par les médias qui le sort souvent de son contexte ou qui le rend indigeste ce qui donne parfois l’impression que l’Église est uniquement une institution
qui donnent des directives exigeantes éloignées des réalités courantes de nos vies .
On peut résumer le message du Christ en deux mots : VÉRITÉ ET AMOUR .Vérité sur l’homme et sur Dieu, Amour de Dieu et de l’Homme. Il peut arriver que le message de vérité qu’on veuille transmettre
soit très éloigné de la charité qu’on veut témoigner, mais il peut arriver l’inverse aussi çàd que le message d’amour qu’on veut donner diminue la vérité pour la rendre plus accessible et plus
acceptable. Le Christ n’a jamais diminué la vérité dans le souci de plaire, mais il allait aussi très loin dans la miséricorde. Et l’Église ne peut enseigner que la VÉRITÉ, elle ne peut jamais
donner la miséricorde, elle peut certes l’enseigner, mais elle ne peut jamais la donner en haut de sa chair .La miséricorde vient toujours de Dieu et elle ne peut être transmis que de manière
personnelle parce que l’expérience de la miséricorde est toujours singulière. Si l’enseignement peut –être universel, la miséricorde est toujours personnelle .Et actuellement il arrive souvent que
l’exigence de la vérité de l’Eglise soit communiqué sans la miséricorde parce que sa transmission est rapide à cause de nos moyens de communication actuelle alors que la miséricorde demande du
temps, de l’écoute et de la bienveillance .Et ce déséquilibre crée une certaine frustration, un manque, un sentiment d’exclusion et d’incompréhension chez certain de nos frères. Alors que faire ?
Être des jean Baptiste çàd crier la vérité, tout en diminuant pour laisser nos frères voir le Christ afin qu’ils puissent toucher la miséricorde du Christ à travers nous.


Yves Le Touzé 29/11/2010 11:30


Je suis tout heureux de cette reprise qui vient répondre au cri de Paul : "l'heure est venue de sortir de votre sommeil". Je signerais ce beau texte, à l'exception peut-être du paragraphe qui
oppose les chrétiens qui se mettent au service des pauvres aux autres "qui ne sont pas justes, qui n'entrent pas dans les normes de l'Eglise", ce qui me semble un raccourci un peu rapide. Bien
amicalement.


Otshapovski Pennel danièle 28/11/2010 17:22


me voici nouvelle venue sur ce blog ,tout d'abord ce qui m'avait incitée à vous rejoindre sur "facebook", c'était que j'avais lu et entendu "Eloge de la folie" écrit par Erasme tellement vrai,
qu'il faut que nous soyons fous, pour agir déjà dans notre vie de tous les jours
Pour rejoindre le fond de votre pensée aujourd'hui, je me suis engagée par mes écrits, dans la défense de la nature, car rien ne me chagrine plus que la destruction de ce notre créateur nous a
légué.
j'avais beaucoup aimé l'intellectualisme" kantien" et son regard sur la nature, et faisant des recherches sur Engels (ma famille Egels(, qui soulève "déjà" le problème de la place de l'homme dans
le monde, les spéculations sur le sens du monde,"la science critique"
" l'économie capitaliste" , citant qu'il ne voit dans tout cela "le ciel étoilé au dessus de sa tête et la morale qui est en lui,et pour conclure en rapport avec vos écrits
""Le Christianisme comme manifestation de l'absolu"" et ""l'engagement dans ""l'être autre ""et son aliénation,avec une implication du moi dans l'autre, avec un seul intérêt "la philosophie de la
nature"


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