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30 juillet 2010 5 30 /07 /juillet /2010 08:07

L’œuvre commune et ses couacs

Jérémie 26, 1-9a ; Matthieu 13, 54-58

Pour comprendre le texte du livre de Jérémie, il faut se rappeler ce que Moïse avait dit à Israël de la part de Dieu, avant le franchissement du Jourdain et l’accès à la Terre promise : « Je mets devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction, choisis la vie pour que tu vives, toi et ta descendance. » La responsabilité de l’homme est entière, la vie est entre ses mains. Il récolte ce qu’il sème… Pourtant, Dieu ne se résout pas aux conséquences des choix (ou des non-choix) humains, parce que le sort de sa création lui importe. Aussi intervient-il pour aider l’homme à prendre conscience des conséquences de ses actes, pour lui donner une chance de redresser le cap lorsque la direction prise conduit à la catastrophe.

C’est ainsi qu’il faut entendre la prophétie de Jérémie. Dieu ne menace pas son peuple comme un chef de bande qui fait régner la terreur pour être obéi.  Le drame, la souffrance, la douleur ne sont pas une punition infligée pour punir un comportement qui n’aurait pas plu au « chef », mais la conséquence d’une conduite destructrice. Il faut bien comprendre que celui que nous appelons du nom de Dieu, faute de mieux, assume toutes les conséquences des conduites humaines, qu’il les inscrit dans son « œuvre », ainsi peut-il parler d’un « malheur que je prépare contre eux », puisqu’il a confié la terre, l’univers, aux hommes, les associant ainsi à son acte créateur. C’est parce que nous sommes en Dieu, que nos actes peuvent devenir une malédiction et avoir valeur de parole divine qui nous avertit.

Aussi Dieu, parce qu’il en pressent les conséquences avant nous, parce qu’il éprouve en lui-même, d’entrée de jeu, les dissonances de nos actes à l’égard de l’harmonie de toute la création, fait-il entendre une voix qui prévient du malheur que nous préparons par des conduites qui ne sont pas porteuse de vie. C’est ainsi la lucidité divine qui parle alors que nous sommes encore aveugles sur les effets de nos comportements, de nos choix.

Il arrive que nous ne voulions pas entendre, que nous ne voulions pas voir où nous mènent ces conduites dans lesquelles nous trouvons sans doute des satisfactions immédiates, souvent illusoires. Il est alors tentant de chercher à faire taire les voix dérangeantes. Ainsi Jérémie est-il condamné à mort, sous un prétexte fallacieux. Mais avant d’aller jusque-là, il est encore plus fréquent que se mettent en place des stratégies qui dévalorisent cette parole, en l’affaiblissant, en la démonétisant. C’est ce que constate Jésus lorsqu’il vient « dans son pays ». En prétendant connaître ses origines, ses auditeurs se ferment à la vigueur et à la nouveauté de la Parole. Ils la banalisent et en amoindrissent l’efficacité. Ils se préservent de la question de la foi, pour ranger la figure de Jésus dans l’ordre de ce qu’ils savent.

La question de la foi ne se limite pas seulement à percevoir ce que Dieu peut faire à notre avantage ou à notre encontre, mais à reconnaître et comprendre comment nos personnes et nos actes participent de l’être même de Dieu. C’est alors que nous pouvons désirer rechercher, comme un musicien dans un orchestre, à nous ajuster, pour contribuer à la perfection de l’œuvre du Créateur, qui devient œuvre commune. Et la clé de la justesse, c’est l’écoute…

D.E.

PS. J’emprunte le titre de cette petite chronique à Fellini dont le film de 1978 pourrait bien être une parabole sur ce thème, à condition de ne pas prendre le chef d’orchestre pour Dieu lui-même, mais plutôt pour un de ses prophètes parfois mal embouchés…

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Published by Desiderius Erasme
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