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3 octobre 2011 1 03 /10 /octobre /2011 09:50

 

Dynamique de la vie

 

Cher Thomas

 

Je suis allé voir, il y a déjà quelques semaines, le film de Lars von Trier, Melancholia. Un film que j’ai trouvé d’une grande profondeur. L’argument est assez simple. Une famille est réunie pour un mariage dans une somptueuse demeure. Ce sont des gens auxquels rien ne manque matériellement. Mais ces gens ne sont pourtant pas heureux. Le cinéaste nous montre les dissensions, les travers, les petitesses, les pathologies psychiques qui sont à l’œuvre… Puis nous apprenons qu’une planète se rapproche de la terre et va la percuter. La fin du monde est pour demain… Autrement dit l’évidence de la mort est là, il n’est plus possible de jouer à cache-cache avec elle, tous nos subterfuges, tous nos petits arrangements ordinaires sont vains. Comment allons-nous dès lors nous comporter ? La situation est exceptionnelle, et en même temps tout à fait ordinaire, puisque nous savons parfaitement que nul d’entre nous ne peut échapper à la mort. Mais alors que nous pouvons, en général, espérer qu’elle ne viendra que plus tard, Lars von Trier imagine une  situation où sans savoir l’heure précise,  chacun comprend l’imminence de « la fin »…

Les critiques ont pour la plupart salué la beauté et la force de ce film. Peu se sont arrêtés sur une image étonnante du « prologue », dans lequel Lars von Trier propose au spectateur une sorte de résumé poétique du film. Le prologue s’achève par une image que nous pouvons lire comme l’absorption de la terre par une immense planète en fusion… Mais cette image ressemble aussi, d’une certaine façon, à celle de la rencontre de l’ovule et du spermatozoïde. Comme si le cinéaste voulait signifier que ce moment « final », était un commencement…

La fin du film montre les deux sœurs et le petit garçon de l’une des deux tenter d’accueillir ce moment sinon dans la paix, du moins dans la communion, tandis que le père du garçon a choisi lui, de se suicider seul, en cachette. Je ne peux m’empêcher de penser à ces parole de Jésus : « Celui qui voudra sauver sa vie la perdra, celui qui la perdra à cause de moi la sauvera. »

Comment comprendre ce « à cause de moi » ? Peut-être pas seulement sous la forme de l’adversité, de l’opposition, mais peut-être plutôt sous les traits du consentement à l’instant présent. La finale du film de Lars von Trier qui réunit trois personnages, dont un enfant, est chargée de connotations évangéliques : « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom… » ou encore « Laissez venir à moi les petits enfants », ou encore, la présence des femmes auprès de Jésus mourant, alors que les hommes, à l’exception de Jean (l’enfant de la bande des apôtres) ont fait défection… Dans cet instant, chacun renonce à ce qu’il voudrait « faire », à ce qu’il pourrait encore ajouter ou réaliser, pour être présent à l’autre, alors que tous ont eu tant de mal, dans la fête du mariage qui précédait, à être présents à quiconque… Cette fête n’était que déchirements : chacun se cherchait, tentait de s’affirmer, de sauver ses petits intérêts, son image, son pouvoir sur l’autre, de multiples manières.

Il me semble, cher Thomas, que le Christ nous invite à entrer dans le consentement à la communion, qui est sa présence au milieu de nous, le lieu où il surgit et vainc la mort. Ainsi, sommes-nous conviés à camper dans un paradoxe : la communion suppose de renoncer à nos tactiques d’évitement de ce qui nous dérange, à nos stratégie du pouvoir, à nos quêtes de satisfaction idéale, et donc à accepter d’une certaine façon de se perdre dans la rencontre de l’autre.

Passage

Autre parole de Jésus : « Si le grain tombé en terre ne meurt, il reste seul ». Dans cette petite parabole, la fécondité, la croissance passe par la mort. Dans l’instant de la conception, chacune des deux gamètes – l’ovule et le spermatozoïde – d’une certaine façon, se perd, meurt à son état initial, pour devenir une première cellule qui va ensuite se développer pour former un être vivant complexe… Sans vouloir faire du « biologisme » dogmatique, il me semble que la vie elle-même témoigne de la dynamique d’une perte de soi qui s’ouvre à une vie plus grande. Cela semble être l’un de ses principes moteurs. Pourtant cette attitude ne nous est pas si « naturelle » car, souvent, c’est dans une sorte de réflexe de « survie » que nous ne consentons pas à perdre ce à quoi nous sommes attachés pour nous-mêmes et que nous nous détournons de la rencontre de l’autre.

Car le consentement auquel nous sommes invités, n’est pas un consentement à la mort, mais un consentement à la rencontre de l’autre. Le renoncement à soi n’est pas la fin, mais le passage vers l’autre. Rien de plus.

La parabole de Lars von Trier, car son film est rien d’autre qu’une parabole, nous renvoie, par conséquent, non pas à l’Apocalypse et à la fin des temps, mais au présent que nous pouvons vivre comme l’instant ultime qui nous ouvre à l’instant suivant, pour une vie plus grande. Car c’est à chaque instant que nous pouvons choisir de nous réduire à ce que nous savons, à ce que nous possédons, etc.,  ou de nous ouvrir à ce qui vient de l’autre, au risque de l’incertitude. Telle est peut-être le fin mot de cette « apocalypse », c'est-à-dire, au sens propre, de cette révélation.

A bientôt, cher Thomas

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Published by Desiderius Erasme
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commentaires

Yves Le Touzé 03/10/2011 15:29


COMMENTAIRES

Cher Desiderius, en illustration de cette belle lettre sur la parabole offerte par le film Melancholia (que je n’ai pas encore pu voir), je n’hésite pas à citer intégralement, bien qu’il soit un
peu long, ce texte de la théologienne Régine du Charlat :
. Il ne nous appartient pas d' éviter la mort, mais nous pouvons choisir de vivre « comme des vivants déjà revenus de la mort » (Romains, 6, 13). Il nous faut consentir à la mort…. Mais nous devons
en même temps refuser de nous soumettre à la mort et de lui laisser la victoire.
Nous consentons à la mort lorsque nous consentons à nos souffrances, aux inévitables souffrances que les hommes et les femmes s’infligent entre eux, aux indépassables limites et aux failles de la
condition humaine.
Nous refusons de nous soumettre à la mort lorsque nous ne renonçons pas à aimer ; lorsque nous trouvons le courage de nous remettre debout et d’avancer quand même ; lorsque nous cherchons à faire
la vérité dans la complexité de nos histoires, de nos relations, de nos émotions.
Nous consentons à la mort lorsque des ruptures graves déchirent nos vies
Nous refusons de nous soumettre à la mort lorsque nous faisons notre travail de deuil et de réappropriation de nouvelles conditions de vie.
Nous consentons à la mort lorsque les images profondes que nous nous étions construites volent en éclats, que nos rêves d’harmonie s’effondrent, que nos projets s’avèrent impossibles. Nous refusons
de nous soumettre à la mort lorsque nous accueillons ce que nous n’avions pas prévu, que nous avions redouté et que peut-être nous trouverons aimable.
Nous refusons de nous soumettre à la mort lorsque nous ne réduisons pas le malade à sa maladie, le malfaiteur à son crime, la personne aimée à ses infidélités. Quand nous sommes pardonnés, quand
nous pardonnons.
En nous accompagnant dans l’apprentissage de l’amour, la résurrection nous annonce la faillite du meurtre. En nous engageant dans le travail de vérité, elle inaugure la faillite du mensonge. En
nous ouvrant l’au-delà de la mort, elle signe la faillite de la peur.

Ainsi, choisir de vivre « comme des vivants déjà revenus de la mort » peut sculpter petit à petit notre vie, en faire la manifestation sensible de la lumière « qui a brillé dans nos cœurs », même
si nous la portons « dans des vases d’argile » (2 Corinthiens, 4, 6-7).


Desiderius Erasme 03/10/2011 18:46



Merci Yves de ces paroles de Régine que je connais un peu. Elles sont vives.


Amitiés;



Alice Damay-Gouin 03/10/2011 11:29


Méditation sur la mort. Je me souviens d'une réflexion entendue lorsque j'étais au pensionnat. A un gamin qui jouais en cours de récréation, on pose cette question: "Si tu savais que dans une
heure, tu vas mourir, que ferais-tu? Après un court moment de réflexion, il répondit: "Je continuerais à jouer." Pour ma part, j'ai l'habitude de dire: "je suis prête mais je ne suis pas pressée!"
Non, je ne m'inquiète pas pour ma mort. Ma raison me dit qu'il n'y a rien apès cette mort mais je veux croire en la résurrection!!! de toutes façons, j'accepte les 2 visions et je me dis que je
n'ai rien à regretter si cette résurrection n'est qu'un leurre! J'ai choisi de vivre ma vie en la plaçant sous le signe de l'Amour car cela m'aide à mieux vivre en cet instant. Et je ne me soucie
pas de savoir pour l'après! "Regarder les lys des champs".
Par contre, si la mort ne me soucie pas, j'ai peur de la souffrance physique qui peut accompagnée les derniers jours.
Aujourd'hui, en vieillissant, je ressens aussi de petites morts pour moi ou dans mon entourage... Celle vécue par celui qui a passé beaucoup d'années et de temps dans une troupe théâtrale et qui,
un jour, renonce à jouer car il n'arrive plus à apprendre un texte, ou bien qui renonce à conduire pour aller en ville et ne conduit plus que dans son environnement proche. Bien sûr, je pourrais
donner d'autres exemples: voir mourir ses ami(e)s...
Mourir dans la dignité alors que l'on se sent diminuer peu à peu! Mais ëtre prête, en étant détaché(e), accepter de ne pas savoir le jour et l'heure. Vivre aujourd'hui pleinement et demain sera un
autre jour! Aimons!


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