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27 septembre 2011 2 27 /09 /septembre /2011 09:14

Parabole communautaire

Cher Thomas,

Le week-end dernier, se retrouvait une trentaine de personnes qui avaient appartenu à une communauté nouvelle, il y a plus de vingt ans. Cette communauté s’appelait Bethania. Elle s’était dispersée après avoir connu de grandes tensions, suite à des comportements excessifs. Elle avait compté jusqu’à une centaine de personnes, en France et à l’étranger. Des liens interpersonnels, amicaux étaient restés entre quelques-unes d’entre elles… Rien de systématique. C’était la première fois qu’une telle rencontre avait lieu, après beaucoup d’hésitations : personne n’avait envie de remettre sur la table des moments qui avaient été douloureux et pas très glorieux.

Cette rencontre fut étonnante. Chacun a simplement raconté ce qui avait été important pour lui depuis que nous nous étions séparés… En fait chacun, à sa façon, selon son tempérament et son insertion humaine, avait continué à vivre à partir de ce qui avait été le plus fondamental, le plus vrai de ce qui nous avait réunis. La vie n’avait pas toujours été facile, mais chacun témoignait d’un bonheur intérieur qui trouvait sa source dans une expérience de foi où l’accueil de l’autre est central. L’écoute, la disponibilité, la vulnérabilité même, étaient au cœur de cette expérience. Chacun avait trouvé les chemins d’une vie de prière, et surtout une manière de vivre par laquelle il restait ouvert au don de Dieu, à travers l’autre, à travers les événements. Il ne s’agissait pas d’avoir des réponses, mais de se laisser questionner, déplacer, remettre en route…

Au-delà de ce que nous avions pu vivre comme un échec – lorsque nous nous étions dispersés, piégés par des jeux de pouvoir, d’influences, par trop d’émotions, et parfois par des points de vue trop « définitifs » –, la vie que nous avions reçu (Saint Paul dirait « la grâce ») avait fait son chemin, et nous nous retrouvions dans une liberté de parole, dans une confiance mutuelle qui était un véritable don. Un vrai bonheur.

Nous avons peu parlé de l’Église, de ses problèmes, de ses impasses… Non pas que ces questions soient sans importance, mais parce qu’au moment où nous nous retrouvions, l’Église, c’était aussi nous, ce rassemblement… C’est peu de dire que nous sommes très différents, à tous points de vue. Pourtant, nous avons en commun cette expérience d’avoir été appelés à la vie, portés par la Parole.

Je suis convaincu, cher Thomas, que notre Église a besoin que ces membres fassent une expérience de cet ordre. Je ne plaide pas pour un modèle que cette communauté ne saurait être, mais pour que nous retrouvions, au-delà des problèmes d’organisation – au-delà des questions de « discipline », de ministère – pour que nous retrouvions d’abord cette circulation de la parole – portée par la Parole – entre chrétiens.

 

Témoignage

On parle souvent de témoignage, d’évangélisation… Je crois que le premier témoignage que nous pouvons donner, c’est celui d’une fraternité ouverte, au sein de laquelle chacun peut faire l’expérience d’un accomplissement intérieur. Notre monde en a d’autant plus besoin qu’il lui faut apprendre à chercher ce même accomplissement, que tous désirent ardemment j’en suis convaincu, car il définit en profondeur l’être humain, non plus seulement dans la consommation qui nous conduit, si nous ne la modérons pas, à une catastrophe écologique, mais dans l’accueil de l’autre, dans l’attention et le service mutuels.

D’une certaine manière, nos communautés chrétiennes, quelle qu’elles soient, devraient être des « laboratoires de fraternité ». Cela suppose qu’elles soient ouvertes, que l’on circule de l’une à l’autre, et bien entendu qu’elles étendent cette fraternité au-delà d’elles-mêmes, puisque nos communautés n’ont pas vocation à être au service d’elles-mêmes, mais au service des femmes et des hommes au sein desquels elles sont insérées. Une communauté qui voudrait « sauver sa vie », la perdrait, inévitablement.

C’est sans doute en ce sens, que la petite communauté qui s’est dispersée il y a plus de vingt ans, a porté du fruit, ce qui n’aurait pas été le cas, si elle s’était entêtée à vouloir survivre dans des modalités qui en réalité l’étouffaient… J’y vois une parabole pour notre Église !

À bientôt cher Thomas.

Desiderius Erasme

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Published by Desiderius Erasme
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Isabelle 30/09/2011


Merci pour votre beau témoignage sur la fécondité de la fraternité vécue... Je suis comme vous convaincue de la nécessité VITALE de "retrouver" et d'approfondir cette dimension fraternelle de
l'Eglise.
( Durant les 8 premiers siècles, le nom le plus répandu pour parler de l'Eglise était l'expression : "La Fraternité". Cf le livre du p.Michel Dujarier, un historien des 1ers siècles de l'Eglise et
patrologue : "l'Eglise - Fraternité" :
http://www.editionsducerf.fr/html/fiche/fichelivre.asp?n_liv_cerf=1906
et pour le "dossier patristique" : http://www.migne.fr/Session2006.htm )

J'ai l'impression que c'est une aspiration profonde pour beaucoup de chrétiens, et, comme vous le dites, une attente forte de nos contemporains.
Je comprends aussi ce que vous dites sur le fait que cette priorité ferait passer à un second plan les débats actuels sur le fonctionnement et l'organisation de l'institution Eglise. Et pourtant il
me semble que la "façon de s'organiser" de celle-ci n'est pas sans conséquence sur ce qui peut ou non s'y vivre. Bien sûr, aucune structure, aucune institution ne peut par elle-même "créer" cette
fraternité qui ne peut naître que du désir profond des uns et des autres, de l'écoute de l'Esprit et de La Parole. Mais il est des modes d'organisation et de fonctionnement qui peuvent la faciliter
et d'autres la "freiner". Je pense notamment à la question des ministères, à l'organisation des paroisses, etc. : sur ces points, il nous faut discerner, discuter, interpeller, afin de repérer ce
qui permettra le plus, et encouragera, cette vie fraternelle... Il en va de la cohérence du témoignage donné au monde !


Alice Damay-Gouin 03/10/2011


Cher Désidérius, excuse-moi d'avoir tardé pour te dire la joie que j'ai éprouvée égoïstement durant toute cette semaine en goûtant cette lettre.
Ton texte est tellement porteur, chercher l'essentiel, constater après une longue période que la vie a produit des fruits,malgré les dissensions, les crises ou les ruptures. Merci pour la joie de
te lire!
J'avais lu, au même moment un commentaire sur l'abbaye de Boquen qui, à l'époque était pour moi source d'Espérance et ce nom résonne encore en moi,avec toujours cette espérance!
Pour le délégué épiscopal, ce fut des rêveurs et cela s'est terminé par de nombreuses déceptions...Heureusement ,elle est reprise par une communauté du Chemin neuf!... Ma pensée ira volontiers vers
tous ceux qui ont vécu "ce laboratoire de fraternité" et pour qu'eux aussi, puissent découvrir les nombreux fruits qu'ils ont produits durant toutes ces années. Alice
Ps: Hier dimanche, j'ai relu tes 4 premières lettres et j'ai été frappée par ton insistance à évoquer la Parole. Peut-être que j'ai découvert cela, hier, car dans la matinée, j'avais écouté les 2
rabbins durant l'émission juive, parlant aussi de la Parole. Cela me frappe d'autant plus que j'ai l'impression que cela n'est pas vital pour moi! On me dit de lire l'évangile. D'accord mais, il me
semble que je découvre surtout le Christ lorsque je suis avec les autres.
Dans la joie, la confiance, l'espérance et la paix du Christ, fruits de l'Amour. Alice


Alice Damay-Gouin 04/10/2011


Merci. J'ai toujours eu soif de lecture, soif d'y trouver une parole de vie, même si je n'ai pas conscience de l'importance de cette parole en tant que telle! Et pourtant des paroles de vie, j'en
ai trouvé au cours de toute ma vie, elles m'ont bousculées plus d'une fois! Et... j'ai toujours soif de découvir une parole de vie mais lorsqu'on m'invite à lire l'évangile, j'ai le sentiment d'y
aller à reculons!...? Par contre ,je dis que ma vie est trancendée depuis mon engagement , depuis 15 mois, dans un Centre Social.


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  • La liberté de l'Evangile est la plus belle chose que l'on puisse partager. Elle est à la fois critique et aimante, source de joie et soutien dans l'épreuve. Elle invite à toujours plus d'humanité...
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