Partager l'article ! Quarante-quatrième lettre à Thomas More : Laboratoire de fraternité: Parabole communautaire Cher Thomas, Le week-end derni ...
Parabole communautaire
Cher Thomas,
Le week-end dernier, se retrouvait une trentaine de personnes qui avaient appartenu à une communauté nouvelle, il y a plus de vingt ans. Cette communauté s’appelait Bethania. Elle s’était dispersée après avoir connu de grandes tensions, suite à des comportements excessifs. Elle avait compté jusqu’à une centaine de personnes, en France et à l’étranger. Des liens interpersonnels, amicaux étaient restés entre quelques-unes d’entre elles… Rien de systématique. C’était la première fois qu’une telle rencontre avait lieu, après beaucoup d’hésitations : personne n’avait envie de remettre sur la table des moments qui avaient été douloureux et pas très glorieux.
Cette rencontre fut étonnante. Chacun a simplement raconté ce qui avait été important pour lui depuis que nous nous étions séparés… En fait chacun, à sa façon, selon son tempérament et son insertion humaine, avait continué à vivre à partir de ce qui avait été le plus fondamental, le plus vrai de ce qui nous avait réunis. La vie n’avait pas toujours été facile, mais chacun témoignait d’un bonheur intérieur qui trouvait sa source dans une expérience de foi où l’accueil de l’autre est central. L’écoute, la disponibilité, la vulnérabilité même, étaient au cœur de cette expérience. Chacun avait trouvé les chemins d’une vie de prière, et surtout une manière de vivre par laquelle il restait ouvert au don de Dieu, à travers l’autre, à travers les événements. Il ne s’agissait pas d’avoir des réponses, mais de se laisser questionner, déplacer, remettre en route…
Au-delà de ce que nous avions pu vivre comme un échec – lorsque nous nous étions dispersés, piégés par des jeux de pouvoir, d’influences, par trop d’émotions, et parfois par des points de vue trop « définitifs » –, la vie que nous avions reçu (Saint Paul dirait « la grâce ») avait fait son chemin, et nous nous retrouvions dans une liberté de parole, dans une confiance mutuelle qui était un véritable don. Un vrai bonheur.
Nous avons peu parlé de l’Église, de ses problèmes, de ses impasses… Non pas que ces questions soient sans importance, mais parce qu’au moment où nous nous retrouvions, l’Église, c’était aussi nous, ce rassemblement… C’est peu de dire que nous sommes très différents, à tous points de vue. Pourtant, nous avons en commun cette expérience d’avoir été appelés à la vie, portés par la Parole.
Je suis convaincu, cher Thomas, que notre Église a besoin que ces membres fassent une expérience de cet ordre. Je ne plaide pas pour un modèle que cette communauté ne saurait être, mais pour que nous retrouvions, au-delà des problèmes d’organisation – au-delà des questions de « discipline », de ministère – pour que nous retrouvions d’abord cette circulation de la parole – portée par la Parole – entre chrétiens.
Témoignage
On parle souvent de témoignage, d’évangélisation… Je crois que le premier témoignage que nous pouvons donner, c’est celui d’une fraternité ouverte, au sein de laquelle chacun peut faire l’expérience d’un accomplissement intérieur. Notre monde en a d’autant plus besoin qu’il lui faut apprendre à chercher ce même accomplissement, que tous désirent ardemment j’en suis convaincu, car il définit en profondeur l’être humain, non plus seulement dans la consommation qui nous conduit, si nous ne la modérons pas, à une catastrophe écologique, mais dans l’accueil de l’autre, dans l’attention et le service mutuels.
D’une certaine manière, nos communautés chrétiennes, quelle qu’elles soient, devraient être des « laboratoires de fraternité ». Cela suppose qu’elles soient ouvertes, que l’on circule de l’une à l’autre, et bien entendu qu’elles étendent cette fraternité au-delà d’elles-mêmes, puisque nos communautés n’ont pas vocation à être au service d’elles-mêmes, mais au service des femmes et des hommes au sein desquels elles sont insérées. Une communauté qui voudrait « sauver sa vie », la perdrait, inévitablement.
C’est sans doute en ce sens, que la petite communauté qui s’est dispersée il y a plus de vingt ans, a porté du fruit, ce qui n’aurait pas été le cas, si elle s’était entêtée à vouloir survivre dans des modalités qui en réalité l’étouffaient… J’y vois une parabole pour notre Église !
À bientôt cher Thomas.
Desiderius Erasme
| Juin 2013 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | |||||||||
| 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | ||||
| 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | 16 | ||||
| 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | 23 | ||||
| 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | 30 | ||||
|
||||||||||