Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 octobre 2011 2 18 /10 /octobre /2011 13:01

Croire contre l’évidence

Cher Thomas,

J’apprends ce matin que Benoît XVI annonce qu’une « année de la foi » commencera le 11 octobre 2012. Le pape souhaite que « personne ne devienne paresseux dans la foi ». Cette question de la « paresse dans la foi » est certainement une vraie question. Il me semble que l’un des traits, parmi d’autres, de cette paresse consiste paradoxalement à considérer Dieu comme une évidence. Or le prologue de l’évangile de Jean affirme : « Dieu nul ne l’a jamais vu. » Nous ne le connaissons, poursuit ce même prologue que parce que « le Fils unique qui est dans le sein du Père nous l’a dévoilé ». C’est-à-dire que nous n’avons aucune connaissance directe de Dieu.

Cela se confirme par le fait que nous disons, en reprenant l’enseignement de Jésus de Nazareth, que Dieu est Père. Or qu’en est-il de n’importe quel père ? Jusqu’à la mise au point des tests ADN, c’est-à-dire jusqu’à une époque toute récente, la paternité reposait sur le témoignage : nous reconnaissions pour notre père celui qui était désigné comme tel par notre entourage familial, en commençant par notre mère.

Mais l’enfant peut même se demander que si celle qu’on dit sa mère l’est bien. Aucun d’entre nous n’a de souvenirs conscients de sa gestation ni même de l’instant de sa naissance, si bien que nous sommes obligés de nous fier à ceux qui nous disent que telle femme est notre mère. Il est bien connu que beaucoup d’enfants connaissent une période de doute sur leurs parents. Sont-ils bien mes parents ? se demandent-ils. La question est légitime, car en général, le moment de sa conception s’est déroulé sans témoin. L’enfant doit faire confiance à la parole de ceux qui se disent ses parents… Il le peut si ceux-ci lui apparaissent fiables, crédibles. Ce n’est pas la contrainte ni la répétition oiseuse qui peuvent lui permettre de reconnaître que tel homme et telle femme sont ses parents, mais l’expérience qu’il fait de l’amour qui les lie entre eux et qui les lie à lui. C’est le constat que cet amour les fait vivre et le fait vivre qui lui permet de reconnaître ses parents comme tels.

Par conséquent, lorsque nous disons que Dieu est Père, nous affirmons la même incertitude et la même nécessité de faire l’expérience de la fiabilité de la parole qui affirme à la fois l’existence et la paternité de Dieu.

« Le Fils unique qui est dans le sein du Père nous l’a dévoilé », affirme le prologue de Jean. Cette expression, « être dans le sein du Père », dit essentiellement le fait d’éprouver la grandeur et la plénitude de la vie donnée. Autrement dit nous recevons de Jésus le témoignage de sa filiation, éprouvée totalement, et ce témoignage doit nous permettre de reconnaître à notre tour la nôtre. La fiabilité de la parole de Jésus est attestée par le fait qu’il l’authentifie au prix de sa vie. Aucun prix n’est plus élevé, pour attester de la vérité d’une parole que la vie de celui qui la prononce. C’est sans doute le critère ultime de l’authenticité de cette parole. Pourtant le doute ne peut pas être totalement levé : il arrive que celui qui paie de bonne foi un tel prix se trompe lui-même. Cela n’est pas si rare. Ainsi, le kamikaze qui se fait sauter pour une cause qu’il croie juste peut avoir été abusé par ceux qui le manipulent…

Pratique

Il nous faut donc, pour pouvoir nous fier sur la parole de Jésus, faire l’expérience que cette parole est elle-même source de vie. Cela signifie tisser avec cette parole une forme de relation, une pratique qui nous permet d’en tester la fécondité, comme l’enfant tisse avec ses parents un lien par lequel il expérimente qu’il continue de recevoir d’eux la vie, une vie qui va lui permettre d’être lui-même et d’accéder à l’autonomie. Voilà comment éviter « la paresse dans la foi ». C’est ce que dit Jésus lorsqu’il dit « Heureux ceux qui écoute la Parole de Dieu et la mette en pratique ».

Ne parlons donc pas trop vite de Dieu, mais approfondissons notre expérience de la vie qui nous est donnée, à la lumière de la Parole.

Quant à témoigner de Dieu, il me semble, cher Thomas, qu’il faut là encore partir de sa non-évidence. L’expérience de la vie est commune à tous les hommes, même si elle se déploie pour chacun de façon singulière. Plutôt que de vouloir imposer à l’autre notre évidence, partageons avec lui cette contemplation de la vie donnée et reçue. C’est dans la reconnaissance de cette vie donnée que pourra, éventuellement, se manifester la paternité de Dieu… Personne ne peut l’imposer, comme on ne peut contraindre un enfant à croire que tel homme et telle femme sont ses parents. C’est un mouvement qui se fait de lui-même, quand la vie le permet. Cela s’appelle le don de la foi. Ce n’est pas la fin de la non-évidence, mais un mouvement de traversée, je dirais même d’apprivoisement, de l’incertitude qui nous ouvre à plus que ce que nous pensions savoir et connaître.

Joyeuse et heureuse incertitude, donc…

Amicalement

Desiderius Erasme

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Desiderius Erasme
commenter cet article

commentaires

Alice Damay-Gouin 22/10/2011 12:12


"Seigneur, je me laisse contempler par Toi qui es Amour !

"Seigneur, fais que je Te reconnaisse en moi, en tout autre et alors Tu m'inspireras la parole, le geste pour partager, pour marcher ensemble sur la route".

Sacrement : Révélation du Christ

Quelques sacrements dans ma vie de tous les jours
Le sacrement d 'un perce-neige.


C'est l'hiver. Un matin, en me rendant à la faculté catholique, je suis tombée en admiration devant un perce-neige. J'avais oublié jusqu'à l' existence de cette petite fleur blanche et elle était
là, toute fragile devant moi. En restant là devant cette petite merveille de la Création, je comprenais (mais j'ignore par quel cheminement je suis passée) que je pouvais continuer mes études de
mathématiques à la condition de cultiver, avant tout, les relations humaines.
Voilà ma traduction personnel de Saint Paul " Je peux avoir une intelligence fantastique, je peux avoir tous les dons possibles sur cette terre, si je n'ai pas la Charité, je ne suis rien."



Le sacrement de la banderole.
Un petit groupe de RESF éavait installé 3 banderoles devant la mairie de F. Ce groupe voulait rappeler aux conseillers municipaux qui venaient pour une réunion de bureau du conseil, une grande
urgence : une vingtaine d'enfants scolarisés dans cette ville ne savent pas où ils vont dormir. Chaque jour, des familles vivent dans cette angoisse. Une brave dame passe et parle avec une
personne du groupe qu'elle connaît. Elle dit en repartant : "je vais prier pour vous". Il y a semble-t-il un groupe de prière dans l'église, voisine de la mairie. Alors j'ai dit :"amenez
donc les cathos ici".
Voilà ma traduction personnelle de l'Evangile : "Ce n'est pas ceui qui dit "Seigneur, Seigneur, mais celui qui fait la volonté de mon Père ...La prière devrait se transformer en actes.

Le sacrement de la manifestation.
Nous venons des quatre coins de l'horizon. Nous entendons la bonne parole. Nous chantons des airs connus. Mais ensemble, nous partageonsune démarche, nous agissons pour défendre quelqu'un, les
faibles, ou quelque chose. Nous marchons ensemble.
Voilà ma traduction personnelle de la f'Eucharistie. Je la vis en manifestant avec d'autres.

La foi, la foi.
Voilà ma vision personnelle de la foi qui est loin de celle qui a engendré une floppée de dogmes qui sont de lourds fardeaux sur les épaules des faibles, alors que le Christ a dit "mon fardeau est
léger". La foi s'approfondit si elle est vécue au cœur du monde, si elle engage avec les autres. Aimons, aimons !


Alice Damay-Gouin 22/10/2011 11:07


La paresse de la foi vient peut-être du fait qu'elle ne semble pas incarnée dans notre vie de chaque jour!


Yves Le Touzé 20/10/2011 17:15


Oui, une certaine paresse de la foi, qui se repose sur l’évidence de Dieu, est peut-être la question centrale d’où dépend ‘’la survie du christianisme’’, pour enchaîner avec le thème de la semaine
dernière. Le Dieu de la foi chrétienne est un Dieu qui surprend, parce qu’il ne se laisse pas enfermer dans nos concepts et nos images, parce qu’il n’est jamais où nous l’attendons et qu’il ne nous
laisse jamais là où nous sommes installés. Le ‘’va, quitte ton pays et la maison de ton père’’ adressé à Abram nous interpelle tous, parce que Dieu lui-même, agissant selon la loi imprévisible de
l’Amour, a donné l’exemple en prenant le risque de ‘’quitter’’ les privilèges de sa condition divine (Philippiens, 2, 6 sq) pour partager notre condition humaine ‘‘jusqu’à la mort et à la mort de
la croix’’. Ne nous laissons pas piéger par les limites du langage humain, qui ne peut tout dire à la fois : c’est la Trinité Père, Fils et Esprit, qui s’est en quelque sorte ‘’élargie’’ en faisant
partie liée (Alliance) avec l’humanité, et non seulement la personne du Christ, envoyé par le Père qui ne s’y engagerait pas. Ceci, qui bouscule nos habitudes de penser et nos représentations de
Dieu, peut nous conduire à nous ‘’quitter’’ nous-mêmes pour accéder à une foi purifiée : tel est peut-être le travail essentiel pour l’avenir du christianisme.


Alice.Damay-Gouin 19/10/2011 11:39


La Foi, la Foi! comme je préfèrerais: "aimons, aimons"!
Mais je suis fatiguée et je vais retourner cultiver notre jardin.


Présentation

  • : Le blog de Desiderius Erasme
  • Le blog de Desiderius Erasme
  • : Lire la Bible sans mourir idiot, intégriste ou ayatollah de la laïcité. Avec de l'humour, de l'esprit, de la curiosité, et sans préjugés...
  • Contact

Profil

  • Desiderius Erasme
  • La liberté de l'Evangile est la plus belle chose que l'on puisse partager. Elle est à la fois critique et aimante, source de joie et soutien dans l'épreuve. Elle invite à toujours plus d'humanité...
  • La liberté de l'Evangile est la plus belle chose que l'on puisse partager. Elle est à la fois critique et aimante, source de joie et soutien dans l'épreuve. Elle invite à toujours plus d'humanité...

Liens