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10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 11:29

Le danger d’une fausse tranquillité

 

Cher Thomas,

Quelques conversations de ce week-end me ramènent à la question de la survie du christianisme. Question étrange, puisque d’une certaine manière elle ne dépend pas de nous, si nous croyons que Dieu œuvre, que l’Esprit est présent… Nombre de prêtres, et j’ai encore eu l’occasion de le constater récemment, considèrent que cela suffit à évacuer la question. Après tout, l’Eglise a traversé deux millénaires qui n’ont pas été si faciles, et elle a survécu. « Les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle », dit Jésus à Pierre, selon Matthieu (16, 18). Cela permet d’afficher une certaine indifférence face à l’adversité extérieure, mais aussi face à l’état intérieur de l’Institution.

Pourtant, les conversations auxquelles je viens de faire allusion, avec des personnes qui ne sont pas de furieux contestataires de l’Institution, qui y exercent ou y ont exercé des responsabilités, témoignent d’une situation navrante, pour ne pas dire atterrante. Blocage, paralysie, peur, divisions.

Peut-on jouer les autruches, mettre la tête dans le sable et se dire que l’averse passera et que le beau temps reviendra ?

En réalité, la Parole, elle-même, nous laisse dans l’intranquillité. Jésus lui-même s’interroge : « Le Fils de l’homme, quand il reviendra, trouvera-t-il la foi sur terre ? » (Luc 18, 8). Cette interrogation qui est celle de la fidélité à la parole reçue était déjà portée par la prophétie biblique. Elle interdit tout quiétisme.

Dieu peut tout, certes, mais le Père a tout remis entre les mains du Fils. Et de la même manière, le Fils a tout remis entre les mains des hommes, en instituant ses disciples. Par conséquent, comme l’écrivait Etty Hillesum, nous sommes les mains de Dieu. Il ne peut rien sans nous.

Assurément, il procure son soutien à celui qui répond à son appel, mais ce soutien est en quelque sorte conditionné, mesuré par la réponse. Croire qu’il peut tout n’est une attitude vraie que dès lors que nous agissons, que nous prenons nos responsabilités, que nous nous engageons. Cela n’a de sens et ne prend de consistance que lorsque nous nous confrontons à la réalité et à ses « résistances ». Inutile donc de se voiler la face devant les difficultés, les adversités, les insuffisances… Se mettre la tête dans le sable, détourner le regard, afficher l’indifférence, faire « tourner la boutique comme si de rien n’était » est une erreur.

 

Le sel et la vigne

Ne crois pas, cher Thomas, que mon propos vise à revenir vers les problèmes « institutionnels » si chers à de nombreux catholiques. L’intranquillité que j’évoque nous renvoie dans le monde, auprès des hommes et des femmes d’aujourd’hui, pour y vivre l’expérience de la foi. C’est dans la tentative de partager avec eux l’expérience de l’amour, telle que Jésus lui-même l’a incarnée – une expérience de vulnérabilité, d’écoute, de justice – que nous pouvons éprouver et donc partager la présence même de Dieu, une présence à la fois totale et presque indicible. La question posée est de savoir si nous voulons  prendre le risque de cette rencontre des autres. Or de ce risque, la foi n’est plus. Tout simplement.

Si je ne doute absolument pas que Dieu ne cessera jamais de donner la vie au monde, il n’en reste donc pas moins vrai que la question de la survie du christianisme comme institution témoin de ce don est posée : il perd son sens et sa consistance dès lors qu’il tente de s’épargner cette prise de risque. Comme le dit la parabole, le sel qui perd sa saveur est bon à être jeté... Si tel est le cas, c’est à lui que s’adresse cette parole de Jésus : « Il confiera la vigne à d’autres vignerons  » (Marc 12, 10).

À la semaine prochaine, mon ami.

Desiderius Erasme

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Published by Desiderius Erasme
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Alice Damay-Gouin 17/10/2011 10:47


Merci, Yves! J'ai parfois beaucoup de mal à comprendre vos commentaires. Mais je commence sans doute à comprendre le cheminement de votre pensée. Merci car j'ai apprécié votre interprétation de
l'habit de noces. Je ne comprenais pas ce court passage de l'évangile où après s'être évertué à remplir la salle du banquet, il met une personne à la porte.
J'ai aussi lu avec attention votre citation sur la mort dans la lettre précédente. Mais j'ai été très surprise par cette idéee: "il faut résister face à la mort". Cela ne me paraît absolument pas
évident. Je préfère l'image de cet enfant qui répond: "Si je sais que je vais mourir dans une heure, je continuerais à faire ce que je suis entrain de faire". Pour moi, j'essaye de vivre à chaque
instant dans l'amour, ce qui me met dans un état de prière et je suis prête pour arriver à cet instant suprême de ma vie sur terre. Et je n'imagine pas la suite.


hourcade 16/10/2011 23:17


... la question est trés pertinente, qu'il suffise d'aller interroger les descendants d'Augustin d'Hippone ou de Grégoire de Naziance!


Yves Le Touzé 14/10/2011 16:49


‘’Or de ce risque, la foi n’est plus’’ ? Il fallait sans doute écrire : ‘’Hors de ce risque , la foi n’est plus’’, ce qui convient au contexte et se trouve confirmé par la réponse de Desiderius à
Alice Dumay-Gouin. O ’’hors’’-tographe, cauchemar de l’élève surdoué ! Sur le fond de cette lettre, dont le sujet n’est pas tant la survie du christianisme en soi (Jésus n’a pas survécu, mais est
ressuscité, ce qui est tout différent) que le chemin de la foi dans un monde sécularisé et parfois hostile à toute idée religieuse, il faut dire nettement que le chrétien doit viser à la fois
lucidité, compétence, engagement et ses risques, et espérance, sans oublier de revêtir l’habit des Noces, qui ne désigne pas la pureté morale, mais la joie de partager la mort et la résurrection du
Christ et de devenir ainsi ‘’à l’image de Dieu’’. Bien amicalement.


Alice Damay-Gouin 11/10/2011 10:42


Merci pour votre réponse. Il me semble que nous sommes d'accord. C'est dans la rencontre avec l'autre, dans notre apprentissage de l'amour de l'autre et des autres que nous proclamons, sans le
dire, notre foi dans le Christ!
Cher René, il me semble que vous vous accomodez bien d'un "petit troupeau". Il me semble que Benoît XVI a aussi cette tendance car s'il s'est rapproché des traditionalistes, il ne semble pas faire
de geste envers ceux qui quittent maintenant l'institution.
Pour ma part, je n'aime pas ce mot "troupeau" car il me rappelle trop l'expression employée si souvent par les membres éminents de notre hiérarchie: "le troupeau égaré" (exemple parmi d'autres:
l'homélie du cardinal Vingt-Trois à Lourdes, novembre 2009). Pour ma part, je préfère la brebis qui était égarée et qui est retrouvée et fêter cela dans la joie.


René de Sévérac 10/10/2011 15:51


« Il confiera la vigne à d’autres vignerons » (Marc 12, 10).
Que voulez-vous dire ?
S'agit-il de l'Eglise en tant qu'institution qui serait défectueuse ? ou bien les vignerons seraient-ils le peuple de Dieu (les fidèles) incapables de vendanger ?

La survie du christianisme.
La survie de la chrétienté, plutôt. Mais, si faible que soit le "troupeau", il reste présent à la tâche ...


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