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18 septembre 2011 7 18 /09 /septembre /2011 23:30

La peur est mauvaise conseillère

Cher Thomas,

Voilà déjà plusieurs semaines que le petit monde catholique s’agite autour de la question du genre évoquée dans les manuels scolaires. Je me serais tenu à l’écart de ces querelles si je n’avais entendu la semaine dernière une homélie proprement sidérante lors d’une messe de semaine, non loin de chez moi, à laquelle j’assistais presque par hasard.

J’ai entendu celui qui prêchait prétendre qu’avec la théorie du genre, certains voulaient mettre en cause l’existence des hommes et des femmes et faire apparaître « autre chose »… Curieux résumé de la théorie du genre ! On aimerait que ceux qui ont la responsabilité de prêcher prennent soin de s’informer réellement et de faire la différence entre les fantasmes et la réalité. On aimerait qu’ils ne cèdent pas à des paniques irrationnelles.

Comble du ridicule, à la fin de la liturgie, ce prédicateur invitait à prier la Vierge Marie, en se tournant vers une statue monumentale qu’il disait « si belle ». La vérité, c’est que le « visage » de cette Vierge n’a pas d’yeux. Il est, à cet endroit, parfaitement lisse, alors que le sculpteur a façonné une bouche et un nez très réalistes ! Cette Vierge est aveugle… Notre prédicateur voulait-il nous inviter à ne pas voir, à ne pas observer, à ne pas discerner ? Un psychanalyste aurait parlé ici d’acte manqué.

Cet homme – évidemment ! – ne comprenait pas la distinction entre le sexe biologique et l’orientation sexuelle. Personne ne nie l’existence des hommes et des femmes biologiques. Chacun peut se rendre compte cependant que cette distinction ne résume pas tout, puisqu’il arrive que des hommes soient attirés par d’autres hommes, et des femmes par d’autres femmes, et qu’il arrive également que des hommes ne s’identifient pas à leur masculinité biologique et s’éprouvent psychiquement « comme des femmes ». Je mets des guillemets parce que cela met en jeu leur représentation de la femme au moins autant qu’un supposé éternel féminin. Et c’est vrai à l’inverse pour des femmes qui se sentent « hommes ». Cette situation complexe – la différenciation biologique des sexes et l’orientation sexuelle ne se recouvrent pas exactement – est simplement un fait. La théorie du genre s’efforce d’en rendre compte et, au-delà, d’examiner les implications sociétales qui en découlent. On peut discuter les éléments de cette théorie – qui a connu depuis les débuts de sa formulation divers développements – mais il est absurde de nier l’observation qui est à son origine.

Précisons, cher Thomas, qu’il n’y a ici pas de morale a priori. Je ne dis rien de la « justesse » des comportements. Je constate simplement la variété et la complexité des psychismes. Il revient ensuite à chacun, à partir de ce qu’il est, de ce qu’il éprouve, de s’interroger sur sa manière de se comporter de manière à faire grandir la vie – la sienne et celle des autres – l’amour et la justice. La question morale se pose à partir de la réalité, elle ne la nie pas…

Vouloir nier la complexité des psychismes, c’est faire fi de la réalité. C’est aussi refuser à ceux qui ne sont pas dans la « norme » la reconnaissance de leur pleine et entière humanité. C’est encore se mentir à soi-même, parce que nous sommes tous traversés par des désirs et des émotions complexes, qui expriment que nous portons en nous une forme d’hétérogénéité – nous ne sommes pas purement masculins ou purement féminins. Ce n’est pas effrayant, c’est au contraire un signe merveilleux d’universalité. C’est peut-être même ce par quoi nous ressemblons à Dieu.

 

Tempête dans un verre d’eau

Croire que tout est déterminé par le seul « biologique », c’est faire de Dieu ce qu’il n’est pas, une espèce de mécanicien, un génial bricoleur maniant la physique et la chimie, qui aurait créé des automates. Ou serait alors la liberté ? En réalité, Dieu nous a faits comme des êtres de parole, des êtres de sociétés, des êtres de culture. Il nous a faits participant de sa création, par conséquent, par les faits culturels et sociaux, nous participons à la formation des êtres. Ce que nous sommes n’est pas simplement le résultat de l’agencement de nos chromosomes, mais aussi le fruit de notre histoire personnelle et collective.

Enfin, la parabole de l’aveugle-né nous apprend « dans quels sens » il nous faut considérer ceux qui pour une raison ou une autre sortent de la « norme » : non pas en cherchant la faute qu’ils auraient commise ou dont ils auraient hérité, mais en se demandant comment cette « anormalité » est une situation qui nous provoque afin que nous puissions découvrir la grandeur du don de Dieu : elle nous invite au dépassement, à sortir de la peur.

Il y a en effet, dans ces réactions effarouchées devant la théorie du genre d’abord beaucoup de peur. Il faut que nous soyons bien peu assurés dans notre foi en un Dieu créateur qui ne cesse de donner la vie pour penser que cette vie est mise en danger par une théorie… Où mettons-nous notre foi ? Personnellement, cher Thomas, je ne vois pas en quoi cette théorie remettrait de quelque façon que ce soit en cause l’immense enseignement biblique sur l’altérité. Elle ne fait, au contraire, dans son principe, que déployer une partie de la complexité de cette altérité. On peut évidemment souhaiter revenir à une lecture fondamentaliste de l’Écriture, mais alors, ne nous étonnons pas de la stérilité de notre foi, de notre témoignage.

Tout cela, mon cher Thomas, n’est en réalité inquiétant que sur un point : sur le peu de foi que nous avons nous-mêmes. Nous levons des tempêtes dans un verre d’eau, comme naguère les disciples peinaient à traverser le lac de Galilée… Nous nous noyons nous-mêmes et nous empêchons les autres d’accéder à la foi, en la caricaturant.

Il y a beaucoup mieux à faire : construire un monde qui façonne des identités moins troublées : dans un monde plus fraternel et plus juste, sans doute chacun trouverait-il plus facilement sa place, et percevrait-il plus simplement son identité et sa vocation…

D.E.

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Published by Desiderius Erasme
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commentaires

Jean GABARD 09/12/2011 16:05

Genre dans le trouble !


La « théorie du genre » affirme que toute différence de comportement entre les hommes et les femmes est le résultat de la construction sociale. Cette idéologie s’est développée dans les années
1970, surtout aux Etats-Unis, et se retrouve aujourd’hui dans l’actualité. Stimulée par les succès des mouvements féministes et confortée par le sentiment de culpabilité et/ou le silence des
hommes, elle apparaît maintenant incontestable face aux aberrations des théories naturalistes traditionnelles. Le militantisme de ses adeptes, minoritaires dans la société mais idéalement placés
dans les milieux universitaires et les médias, a permis son implantation et son imposition comme idéologie bien-pensante. Elle est aujourd’hui entérinée par les directives européennes comme outil
de lutte et d'action contre les discriminations. Elle fait partie des programmes officiels des universités et entre maintenant dans les livres des classes de lycée.

Cette révolution pourfendue depuis toujours par des mouvements réactionnaires peu crédibles commence cependant à inquiéter aussi certains humanistes. En effet les conséquences de cette idéologie
sur la société ne sont pas anodines*.

Qu’en est-il alors de cette théorie ? Repose-t-elle vraiment sur des bases scientifiques ou n’est-elle qu’un simple postulat à la mode ?

Les féministes du « genre » peuvent aujourd’hui apporter la preuve que des thèses naturalistes sont fausses. Qui, aujourd’hui, pourrait d’ailleurs défendre de telles inepties ? Prouver que des
thèses naturalistes sont absurdes donne-t-il cependant la preuve que le postulat inverse est juste ?
Les féministes du « genre » peuvent constater qu’il existe des liens entre l’éducation et des comportements mais ils ne peuvent absolument pas démontrer que la culture est la seule explication des
différences de résultats entre les hommes et les femmes.
Il existe, en effet, d’autres causes irréfutables dont les différences biologiques et notamment hormonales, parfaitement vérifiables aujourd’hui : à la naissance le petit garçon est, par exemple
littéralement « bombardé » de testostérone afin de devenir homme ; au moment de l’accouchement, la femme voit son taux d’ocytocine augmenter considérablement afin de faciliter « l’accordage » avec
le petit enfant…

S’il est vrai, comme le dit Elisabeth Badinter, que « le mythe ravageur de l’instinct maternel » à servi pendant longtemps « à persuader les femmes que c’est à elles de faire le sale boulot »,
comment dénier d’autre part qu’avoir un corps d’homme ou de femme influence nos comportements ? Comment dénier l’effet que peut avoir sur les filles leur potentialité de mettre des enfants au monde
? Le fait de naître d’une personne du même sexe (pour les filles) ou d’une personne du sexe différent (pour les garçons) structure de même différemment notre psychisme quelle que soit la culture.
Elisabeth Badinter, elle-même, parle d’un « privilège » pour les femmes ! Comment peut-on encore dénier cette influence même si celle-ci est inconsciente et non vérifiable ?

Il ne s’agit que d’un postulat mais celui-ci est-il cependant moins logique que le postulat affirmant que cette structuration différente du psychisme est impossible ?

La théorie de genre n’est en fait qu’une idéologie en réaction contre une autre idéologie, autoritaire et sexiste. Elle a permis, dans les années 1970, de contrer les arguments naturalistes de la
société patriarcale traditionnelle et de servir ainsi la justice. En perdant une partie de sa raison d’être, elle se cramponne à ses slogans simplistes et devient une utopie. Elle fait de toute
différence une injustice comme si l’asymétrie était toujours associée à une forme de domination. Elle est aujourd’hui utilisée pour « victimiser » des femmes et mobiliser des militants en panne de
motivations. Dénier la différence des sexes fait en effet de l’homme le coupable idéal de toute inégalité de résultat (comme s’il n’y avait pas déjà assez de délit à dénoncer) : si la femme se
trouve moins performante, l’homme est accusé de l’avoir discriminée ; si elle pense avoir des capacités supérieures, l’homme est rendue responsable de sa mauvaise éducation et enjoint de faire un
travail sur lui pour se bonifier.

En déniant la différence des sexes et donc en s’évitant ainsi de la gérer, cette idéologie accentue les problèmes inévitables liés à l’altérité et exacerbe les conflits entre les sexes. Il ne
s’agit plus de vivre ensemble mais d’éliminer l’autre gênant et donc « moins bon », en attendant d’en faire un « nouveau ».

Plus dramatique encore, en déniant la différence des sexes, cette idéologie ne donne pas aux fonctions symboliques non interchangeables de père et de mère la possibilité de s’exercer. Elle ne
permet pas aux enfants d’être véritablement éduqués et les laisse dans l’angoisse de l’unité et de la toute-puissance.

En recherchant l’unité de sexe comme d’autres ont recherché l’unité de race ou de classe, cette idéologie risque de nous entraîner vers l’utopie totalitaire et la confusion ! … Ne sommes-nous pas
d’ailleurs, déjà un peu dans l’indifférence ?



*Ces dérives et les conséquences de ces dérives sont étudiées dans mon essai

Jean GABARD

auteur d’un essai sur les relations hommes/femmes et l’éducation des enfants :
« Le féminisme et ses dérives – Rendre un père à l’enfant-roi »
Les Editions de Paris,

Desiderius Erasme 10/12/2011 10:05



C'est toujours le très vieux débat entre nature et culture. Un exemple, nous pensons tous que nos forêts françaises sont l'exemple même de la nature. En réalité, elles sont, à part en haute
montagne, éminements culturelles et artificielles, construites, voulues, soignées... depuis des siècles. La nature n'a pas disparu pour autant... Mais elle n'est pas celle que l'ont
prétend, celle que l'on fantasme. Croire que nos identités sexuelles peuvent échapper à cette relation complexe entre nature et culture est une illusion. Il me semble que ce qui est
apparu dans les programmes de l'éducation nationale ne dit pas beaucoup plus que cela. Le débat qui s'est engagé parmi les catholiques est désolant de simplisme. Vieux penchant à jeter
le bébé avec l'eau du bain. Le résultat dramatique c'est que le christianisme, hors de sa chapelle et de ses afficionnados, parait à nos contemporains encore plus "irrelevant"
- comme disent les Anglais-, alors que je suis persuadé qu'il est on ne peut plus précieux pour vivre en ce monde, tel qu'il est, parce que nous n'en avons pas d'autre, et que c'est dans ce
monde que nous sommes envoyés.



Etienne 28/09/2011 06:48


Heureux article qui fait du bien. Merci.


Alice Damay-Gouin 26/09/2011 16:36


Enfin un débat sur ce blog! Je ne comprends pas tout ce qui s'y dit mais je constate que sur ce sujet, les évêques montent au créneau!!! Cf site conférence des évêques.
L'Eglise, en ce domaine, ne procède-t-elle pas avec mauvaise foi, peur qu'une personne homosexuelle soit reconnue et acceptée comme telle et que l'on autorise le mariage de 2 homosexuel(le)s.
L'Eglise a encore une fois une vision négative des choses. Et si nous faisions confiance en l'Amour!!!


Fred 20/09/2011 19:38


Cher DE

Je n’ai pas dit que la sexualité se limite à donner une descendance j’ai dit que si la sexualité ne nous apportait pas naturellement une descendance, il serait difficile d’expliquer la raison de
son existence .Le mâle et la femelle ont chacun, seul, une partie d’un système reproducteur complet. Sans les deux parties, la reproduction ne peut se produire. Sans le résultat : les enfants, le
fait que nous disposions de ces organes serait une vraie énigme, tout comme le fait que nous nous sentions si intensément poussés à nous engager dans des actes sexuels.
Et cette donnée n’a pas été prise en considération dans l’élaboration du gender et pourtant elle est fondatrice de notre humanité. Vous avez évoqué par exemple la Trinité mais vous n’ignorez pas
que la Famille (Homme, Femme et enfant) est une cône de la Trinité .Car comme vous le savez le saint Esprit provient de l’Amour du Père et du Fils , et ainsi comme dans l’espèce humaine chez Dieu
aussi l’amour et l’altérite sont source de fécondité.
L’homme est image de la communion des personnes divines plus par la communion dont il est capable en tant que personne que par le fait qu'il est une créature douée de spiritualité. Et cette
communion inclut et culmine dans la communion des corps. La sexualité entre un homme et une femme est donc une chose foncièrement bonne car elle est ce par quoi l'homme est icône dans la chair de
la communion des personnes divines.
Réduire la sexualité de l’homme au genre c’est relativiser l’altérite de l’homme et de la femme qui sont source de vie c’est supprimer toute référence commune sur l’homme et la Femme.Et « Ce qui
est grave, ce n’est pas de se tromper ; c’est de transformer l’erreur en règle de vie. »


Desiderius Erasme 21/09/2011 14:23



Qui parle de réduire la sexualité au genre? Comme toujours, quand on veut noyer son chien, parce qu'il nous dérange, on dit qu'il a la rage. Ce débat sur le genre procède de la même façon...


DE



Fred 20/09/2011 11:17


On peut mal interpréter ou faire dire les écritures ou le code de la route ce qu’il ne dit pas mais ce n’est pas le cas de cette famille. Si le sexe biologique et différent du sexe psychique comme
la Théorie du gendre le dit alors en effet tous les parents devraient s’abstenir de faire violence au psychisme de leur enfant.
En réalité ce ne sont pas ces parents qui tirent des fausses conclusions, ce sont les partisans et les théoriciens du gender . En mathématique pour faire un théorème ou une théorie on part d’une
situation parfaite et idéale et seulement après on définit des cas particuliers et des cas limités . Mais les théoriciens du gender ont fait la démarche inverse, ils sont partis des cas
particuliers pour bâtir une théorie qui englobe tout le monde. C’est donc une idéologie
Leur objectif est de relativiser les évidences et de rendre simple ce qui est complexe. Ainsi lorsqu’on naitra avec le sexe masculin ou le sexe féminin et qu’on est psychiquement homme ou femme on
sera et non la norme mais une particularité de la nature parmi tant d’autre,… sauf que cette particularité sera la seule orientée à donner la vie. Si la sexualité ne nous apportait pas
naturellement une descendance, il serait difficile d’expliquer la raison de son existence, que l’on croie en une évolution purement matérielle ou en un ordonnateur aimant de l’univers, car elle
n’aurait pas de finalité.
« La finalité » Voilà ce qui manque dans la réflexion du gender . Alors je peux comprendre à la limite qu’un matérialiste athée puisse à adhérer à cette théorie mais j’ai du mal à comprendre qu’un
chrétien et en plus catholique y adhère.


Desiderius Erasme 20/09/2011 17:49



Cher Fred, si toute la sexualité humaine devait se ramener à la question d'assurer une descendance, et si il faut penser qu'il y a toujours une seule finalité pour chaque phénomène, alors il n'y
a pas d'humanité, mais simplement des machines ou des animaux. Précisément, la merveille de la création de l'homme, c'est qu'il est autre chose qu'une machine et un animal. Faites à Dieu
l'honneur de raisonner de manière plus ouverte que par A et non A... Sortir du dualisme, c'est, entre autres, ce qu'apporte la Trinité... Quand à croire que Dieu est "l'ordonnateur aimant de
l'univers",  cela me paraît une singulière réduction de l'être même de Dieu, une manière de le ramener à l'ordre que l'on croit observer, ou que l'on voudrait instaurer. Je vous rappelle
qu'avant Galilée, l'ordre que les hommes d'Eglise voulait défendre mordicus c'était celui d'un monde qui tournait tout entier autour de la terre... La suite a prouvé que c'était un peu plus
compliqué que cela, "pour la plus grande gloire de Dieu", comme aurait dit Ignace de Loyola.


DE


 



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