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20 décembre 2010 1 20 /12 /décembre /2010 00:39

Mon cher Thomas,

Dans ma lettre précédente, je te disais qu’il nous fallait revenir à l’homme de Nazareth, pour ne pas parler de Jésus comme d’une idole. Je m’interroge parfois lorsque j’entends certains chrétiens dire qu’ils ont « rencontré Jésus » comme s’il avait vu leur voisin de palier. Pourtant, à la fin de l’évangile de Jean, la réponse de Jésus à Thomas nous laisse comprendre qu’il ne nous est pas donné de le voir et que nous devons nous contenter de la foi : « Heureux ceux qui ont cru sans avoir vu ! » Faire comme si notre condition n’était pas celle-là, c’est passer de la foi à la croyance ou à l’autosuggestion.

Mais alors, quelle est notre foi ? Pour ma part, mon cher Thomas, c’est vers le témoignage des apôtres que je me tourne. Eux ont rencontré le rabbi de Nazareth. En le suivant, ils ont découvert un homme qui venait se tenir au point exact où l’homme expérimente sa fragilité, sa faiblesse. C’est pourquoi il ne cesse d’aller à la rencontre de ceux qui d’une manière ou d’une autre se savent blessés, infidèles, estropiés, marginalisés, etc. Ceux qui manifestent dans leur être, physique, psychique ou spirituel, que notre monde est déchiré et reste inachevé.

Là où le récit de la chute dans la Genèse nous raconte que l’être humain est victime de la perversion de la parole, et qu’il est dès lors confronté à la souffrance que provoque cette déchirure dans la confiance, Jésus de Nazareth s’expose aux conséquences de cette situation en renonçant à toute défense, à toute protection. Il fait le pari de ne compter que sur la Parole créatrice, au risque de sa propre vie. C’est ainsi qu’il livre sa vie, alors que nous cherchons chacun à sauvegarder la nôtre – quitte à nous affranchir du lien vital à cette Parole.

Jésus, par cette fidélité radicale, vient restaurer la vérité d’une parole d’amour, au risque de sa propre mort. Sa mort – exposée sur la croix – manifeste à la fois qu’un homme tient parole, et surtout qu’un homme peut fonder toute sa vie sur la Parole. Enfin !

D’un bout à l’autre de sa vie publique, Jésus ne cesse de dire, que sa propre parole, il ne la tient pas de lui-même, mais de son Père. Or ce Père, si nous y prenons garde, n’est rien d’autre que la Parole créatrice qui s’exprime dans l’Écriture, dans Moïse et les Prophètes[1]. Ce que Jésus de Nazareth accomplit, en prenant cette Parole au sérieux, en en faisant la source même de sa vie, c’est l’acte qui manifeste que cette Parole est vraie, alors que dès l’origine – comme le montre le récit de la Genèse, un doute a été instillé à son encontre. En ne retenant rien de sa vie, afin d’incarner totalement la Parole, en lui donnant littéralement sa propre chair pour qu’elle puisse se manifester, Jésus cèle la confiance que nous pouvons avoir à notre tour dans cette Parole.

Nous sommes donc bien loin d’un Dieu magique, bien loin également d’un code moral, mais au cœur du tragique de la condition humaine. Que la foi débouche sur une éthique, c’est bien évident, au sens où la Parole nous enjoint d’être mutuellement respectueux et serviteurs de la vie des autres, autant que de la nôtre. Cependant, ce n’est pas l’éthique qui peut nous conduire à la foi, mais l’inverse… C’est bien ce que Paul explique lorsqu’il parle de la Loi dans l’épître aux Romains.

Se reconnaître comme chrétien, ce n’est donc pas se bercer d’autosuggestion quant à une « rencontre émotive » de Jésus, mais répondre à un appel qui nous convoque à notre tour à manifester que nous pouvons fonder notre vie sur la Parole proclamée par « Moïse et les Prophètes ». C’est pourquoi, dans la finale de la parabole du riche et de Lazare, dans l’évangile de Luc, il est dit : « S’ils n’écoutent pas Moïse et les Prophètes, même si quelqu’un ressuscitait d’entre les morts, ils ne seraient pas convaincus. »

Ce n’est pas une croyance en un miracle de résurrection – comme celle de Lazare – qui définit le mouvement principal de notre foi, mais le choix de faire de la Parole la source de notre vie, comme l’a fait Jésus de Nazareth. C’est en effet parce que Jésus dit vivre de la Parole de son Père qu’il est fils de Dieu. Et c’est dans la même mesure qu’il nous invite, conformément à ce qu’annonce le prologue de Jean, à devenir nous-mêmes fils de Dieu : « À ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné le pouvoir de devenir fils de Dieu ! »

Nous pouvons à notre tour devenir fils de la Parole, parce que Jésus a manifesté la fécondité de cette Parole, jusque dans sa mort… Puisque c’est cette Parole, comme le montre le récit des pèlerins d’Emmaüs qui permet aux hommes de se remettre en route, alors même qu’ils ont éprouvé l’échec de leur espérance, avec la mort de celui qu’ils tenaient comme le Messie.

Voilà pourquoi, mon cher Thomas, nous ne pouvons pas nous passer de la Parole, pourquoi nous ne pouvons pas vivre comme chrétien si nous ne la « respirons » pas tous les jours, si nous n’en faisons pas la source première de notre vie. Elle est la condition centrale de l’existence chrétienne, bien avant le sentiment d’une quelconque proximité avec Jésus. La Parole, nous ne pouvons la produire, elle nous précède, tandis que nous savons à quel point nos sentiments peuvent être fantasmatiques et illusoires…

Non, je n’ai pas rencontré Jésus en manteau gris, vert ou rouge, en baskets ou en sandales, mais j’ai reçu, par les apôtres la Parole qui me fait vivre. Et ce Jésus, que je découvre dans l’Evangile me demande et nous demande – à nous qui nous reconnaissons comme ses disciples – de manifester, comme il l’a fait en donnant sa vie totalement, que cette Parole est, véritablement, source de vie. Elle ne l’est pas simplement pour nous-mêmes, mais pour tous les hommes, car elle a le pouvoir de permettre aux hommes de vivre réconciliés les uns avec les autres. Et « Dieu sait », si notre monde en a besoin.

Mais tu te demandes, mon cher Thomas, si je ne suis pas en train d’oublier la résurrection. Sans doute n’est-elle pas tout à fait ce qu’on en dit trop souvent... Mais je t’en entretiendrai la semaine prochaine.

Ton ami

Desiderius Erasme



[1] En ce sens, nous ne pouvons pas considérer l’Ancien Testament comme l’archéologie du Nouveau, mais comme son fondement. Il est toujours d’actualité et nous sommes invités à « monter à Jérusalem », à notre tour, comme l’annonce le prophète Zacharie : « Un jour viendra où dix hommes de toutes les langues des nations saisiront le pan du manteau d’un Juif pour lui dire : “Nous voulons aller avec vous, car nous l’avons appris, l’Éternel est avec vous.” »

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Published by Desiderius Erasme
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commentaires

otschapovski danièle 25/12/2010 18:52


je crains bien que chaque fois je suis hors sujet mais je connais les bien les habitants aux baskets rouges qu'ils soient de Nanterre ou de Roubaix où j'ai vécu, vivre réconciliés voilà un beau
programme, au moment où les Rooms sont dispersés à coup de bâtons,pourtant croyants les musulmans demandent de leur construire des mosquées et que moi on me dit que je crois tout et n'importe quoi
lorsque je vis dans la parole du Christ
Impossible me dit on derester avec des enfants rooms qui mendient dans les rues
Impossible me dit on d'accepter ces musulmans qui prient dans les rues , mais impossible non plus de bâtir des mosquèes alors que les églises tombent en ruine et que c'est le docteur du quartier
qui font les enterrements et que l'on refuse que des femmes enseignent le Christianisme aux adultes 5millions de musulmans en France, oui nos sentiments sont fantasmatiques et illusoires comme vous
dites cher Désiré, mais comme me disait un monsieur qui connais bien les principes laïquesdes religions car il à fait beaucoup d'études comme vous certainement d'ailleurs
"J'ai pensé que votre demande était une Arnaque" car je ne suis pas un gourou
pourquoi parce que je met chrétienne sur mon profil?
parce que je crois en la nature du verbe s'est fait chair?
seule la pensée théologique est habituée à traiter des vérités éternelles??
Tout les jours je suis rejetée par ma famille mes amis parce que je crois ?Par les musulmans, par certains israélites, qui ne croient pas en Jésus comme


Yves Le Touzé 24/12/2010 17:27


Je ne pense pas, cher Desiderius, qu'il y ait une vraie incompatibilité entre rencontrer le Christ dans mon voisin au manteau gris, ou dans la horde de lycéens en baskets qui a failli me bousculer
dans les rues de Nanterre, - et vivre de la Parole reçue des Apôtres. Ne s'agit-il pas dans les deux cas d'accueillir la Parole, le "Verbe fait chair", Parole du Père qui est aussi Silence ("verbum
infans)? Je dois dire honnètement que l'épreuve de ma foi est plus dure dans le premier cas.
Joyeux Noël. Amitiés. Yves Le Touzé


Desiderius Erasme 25/12/2010 14:21



Cher Yves, je souscris parfaitement à ce que vous dites. Je visais une autre chose, qui consiste non pas à voir dans l'autre, bien réel, bien concrêt et parfois déroutant ou déraneant, voire
blessant, une présence du Verbe de Dieu, mais à se réfugier dans une logomachie émotionnelle qui ressort davantage de la méthode Coué et de l'autosuggestion, dont je constate qu'elle est
beaucoup plus fréquente que le fait de prendre au sérieux la rencontre avec le "prochain". La véritable incompatibilité n'est pas entre la parole et le prochain, mais entre la foi et la croyance
pseudo-mystique qui fait hélas florès. Précisément, Jésus né en un lieu et un temps précis de l'histoire... Il n'est pas une construction imaginaire.


Très joyeux Noël.


Desiderius



otschapovski danièle 22/12/2010 19:42


jésus s'adressant à ses apôtres

"Nous disons que nous savons,et nous rendons témoignage de ce que nous avons vu et "vous" vous ne recevez pas notre témoignage
Si Vous ne croyez pas lorsque je parle de choses terrestres , comment croiriez vous lorsque je vous parlerai de choses célestes
je vais avoir des réactions simplistes à coté des vôtres,
les apôtres ont reçu la parole divine à eux à vous de les transformer pour comprendre les paroles et les paraboles les transformer pour la ""multitude""
j'ai lu des écrits par l'intermédiaire des évangiles mais aussi La Torah, le temple de Salomon , la philosophie des mythes tous se concertent et concernent les paroles de Jésus ,
Ne serait ce que la multiplication des pains et la manne céleste qui tombe du ciel ,
Les pains de propositions que l'on trouve dans la salle de service douze pains disposés en deux piles de six, ce grain avait été donné par Dieu, mais il avait été planté par "l'homme qui l'avait
battu, moulu, cuit et porté au Temple, "
"ce grain"" ,présent divin symbolise les occasions de développement spirituels données par Dieu Et il appartint au Maçon mystique de saisir ces occasions, de les cultiver et d'en faire un pain
vivant qui nourrit """Je suis le 'Ego Sun" pain de vie
le tabernacle dans le désert
La nuée qui s'élevait au dessus du tabernacle les fils d'Israel levaient le camp
et enfin le temple d'Hérode a été honoré de la présence de notre seigneur Jésus
Il a déchiré le voile et permis à quiconque qui veut , puisse venir
non je n'ai pas rencontré Jésus mais je l'entend tous les jours bien à vous danièle


Jacqueline Viltard 20/12/2010 18:42


« Jésus scelle la confiance que nous pouvons avoir à son tour dans cette Parole ».
J’exprime autrement cela par cette pensée que Dieu est Dialogue, dialogue entre Jésus et Lui, et que l’Esprit est cet échange entre eux et que l’Esprit emplit et soutient le monde qui sinon,
s’effacerait.
L’esprit est Parole et Souffle, souffle de vie.
Il vient irriguer les terres assoiffées que nous sommes et s’il nous arrive parfois de prendre conscience de vivre de ce souffle, je crois que nous avons à discerner cela comme signe discret d’une
présence, là, discrète, subtile, non émotive mais réelle. Au sens où le réel nous échappe car nous ne saisissons que des bribes de réel.
Et je pense parfois que le Réel pourrait être un autre nom de Dieu… et on ne met pas la main sur Dieu.
Et c’est l’Esprit qui me permet de recevoir la Parole comme si elle s’adressait à moi aujourd’hui, quand j’entre en prière ou dans une lecture d’évangile ou à travers le récit d’un autre ou à
travers une rencontre, ou dans un échange sur Internet, peut-être, s’il y a dialogue…


Desiderius Erasme 20/12/2010 20:10



Chère Jacqueline, voilà une jolie manière, fort poétique de nous inviter à réfléchir sur la "présence réelle". Soyez-en vivement remerciée.


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