20 décembre 2011 2 20 /12 /décembre /2011 10:12

 Nous allons fêter Noël dans quelques jours, tandis que nos frères juifs ouvrent aujourd’hui la fête de Hanoukka. Rappelons que cette fête, à laquelle Noël n’est pas étrangère, fait écho à la situation du peuple de Dieu à l’époque d’Antiochus Épiphane, qui avait détruit le Temple. Le courage et la foi de Mattathias puis de ses fils, dont Judas Maccabée, avaient été récompensés par la victoire sur l’ennemi. Le Temple était rendu au culte. On trouve cela au chapitre IV du premier livre des Maccabées. Le Talmud rapporte par ailleurs la découverte d’une petite fiole d’huile, indispensable pour allumer la Ménorah. L’huile avait miraculeusement brûlé pendant huit jours, alors que la quantité d’huile disponible n’excédait pas une journée.

Courage des hommes amplifié, magnifié par le don de Dieu.

Il serait bon que nous nous rappelions cela, au moment où nous fêtons Noël dans des temps difficiles.

Mais que fêtons-nous, lorsque nous sommes chrétiens ? Laissons de côté notre vieille habitude de protester contre la fête dispendieuse, sécularisée, de la bouffe et de l’argent. Moralisme à la petite semaine, qui fait fi d’une grande vérité anthropologique : toutes les sociétés se donnent ces rites de prodigalités et de « gaspillage », pour se manifester qu’il existe une autre dimension que celle de la rationalité productive ou/et de l’immuabilité des rapports sociaux. C’est plutôt réjouissant. Interrogeons-nous plutôt sur ce que nous disons nous-mêmes de Noël. J’ai eu sous les yeux le texte d’une carte de vœux d’un des évêques français opposant aux catastrophes humaines le petit bébé de la crèche. Que voulait-il dire au juste ? Que peut comprendre de ce langage un de nos contemporains qui n’entre pas dans nos églises ?

Noël, me semble-t-il, est trop souvent un exercice de « bébélâtrie ». Pourtant ce n’est pas le bébé Jésus que nous adorons par essence. Que n’a-t-on dit sur le petit enfant dans ses langes ! Si j’écris ici que cet enfant a dû brailler, vomir, qu’il a très probablement été malade, qu’il a fallu le changer, le laver (pour ne pas entrer plus dans les détails), je crains que d’aucuns ne s’insurgent et crient au blasphème… Un bébé n’a en soi rien d’adorable, sauf quand c’est votre enfant. Pendant quelques jours, il ne voit rien, il ne sait rien, il est complètement perdu sensoriellement après avoir quitté l’utérus… .

Que célébrons-nous donc ? Certainement pas un petit dieu sorti de la cuisse de Jupiter. Non. Nous célébrons la présence du don de Dieu dans ce qui est encore à peine la vie, dans ce qui n’a pas encore une conscience. Dans ce que nous ne voyons pas encore comme une humanité accomplie. La présence d’une promesse fragile. Mais comme la petite fiole d’huile va illuminer le Temple pendant la durée de la fête, bien plus longtemps qu’on ne pouvait raisonnablement l’espérer, cette promesse fragile ne s’éteint pas, si nous en prenons soin.

Nous sommes invités, non pas à la bébélâtrie, mais à considérer que la vie est toujours, autour de nous, donnée comme une promesse fragile qui ne vivra que si nous l’honorons, que si nous la reconnaissons. Le bébé de Bethléem de ce point de vue n’est en rien différent de chaque être humain. Il l’est d’autant moins que dans l’Évangile de Matthieu, au chapitre XXV, Jésus dit explicitement que tout homme malade, emprisonné, affamé, assoiffé est présence du Christ. Noël nous invite à célébrer cette présence paradoxale de Celui-là même qui est l’Esprit et la Vie là où elle nous semble la plus absente, la plus défigurée. C’est pourquoi nous nous fourvoyons si nous faisons de « l’enfant Jésus » un hochet spirituel, une sorte de réponse à tout, une petite idole. Il faut au contraire nous interroger sur notre aveuglement qui nous détourne de déceler l’Esprit et la Vie en de multiples endroits, personnes et situations, surtout là où cela nous dérange, là où l’humain et l’humanité balbutient, se cherche, est en manque de repères…

Un exemple pour finir : m’est parvenue la lettre d’un fils au ministre de l’Intérieur, indignée qu’on ait refusé à sa mère, vivant depuis 24 ans en France, arrivée parfaitement francophone, ayant étudié dans les établissements français de Casablanca, totalement intégrée, ayant élevé ses enfants en France, la nationalité française. L’administration n’a pas vu là les critères suffisants pour accorder à cette femme ce qu’elle demandait. Parabole à mes yeux de notre aveuglement devant la présence de la vie dès lors qu’elle n’entre pas dans nos cadres, dans nos intérêts. Pour moi, chers amis, l’enfant Jésus, cette année aura entre autre le visage d’une Marocaine déboutée de son désir de vivre parmi nous.

Belle fête.

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Published by Desiderius Erasme
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Alice.Damay-Gouin 20/12/2011

Fêtons notre Re-naissance, peut-être?
Redevenons comme des petits enfants pour redécouvrir que l'on a besoin des autres.
Je vous envoie ce que j'ai écrit au début de ce mois:

"Donne-moi à boire"
dit Jésus qui, dans le même moment, dit aussi : "Je suis la Source d'Eau Vive."



Joyeux Noël !

"Un enfant nous est né et il a besoin de notre tendresse"...

Aujourd'hui, je renais et j'ai desoin des autres pour survivre, apprndre à vivre, à grandir.
Aujourd'hui, je renais et j'ai besoin de tendresse, d'amour, d'amitié...
Aujourd'hui, je renais, pauvre parmi les pauvres. "Il n'y a pas de place pour moi dans... "
Aujourd'hui, je renais au milieu de toutes ces personnes exclues, à la rue...
Seule, je suis démunie. Mais, avec d'autres, nous pouvons...
Que le Souffle de l'Esprit, en cette veille de Noël, nous inspire …. .. acte d'amour !
Que le Souffle de l'Esprit nous bouscule, nous désencombre de nos richesses, de notre savoir...
Que le Souffle de l'Esprit nous aide à dire à l'autre, notre prochain :
"Donne-moi à boire."

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