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24 août 2010 2 24 /08 /août /2010 08:48

Que voyons-nous, au juste, de la réalité du monde ?

  Apocalypse 21, 9b-14 ; Jean 1, 45-51

Pour la fête de saint Barthélémy – que l’on associe au Nathanaël de l’évangile de Jean –, nous sommes invités à lire un passage de l’Apocalypse. Nous retrouvons un genre littéraire que pratiquait volontiers le prophète Ézéchiel, et qui, reconnaissons-le nous déroute. Comment interpréter ce qui nous paraît être un discours symbolique, codé ? Comment comprendre ces « visions » ?

Le récit de la vocation de Nathanaël peut nous aider. Lorsque Philippe lui annonce que lui et ses amis ont trouvé le messie en la personne d’un habitant de Nazareth,  Nathanaël répond comme celui à qui on ne raconte pas d’histoire : « Que peut-il sortir de bon de Nazareth ? » Il a vu et sait à quoi s’en tenir.  L’affaire est entendue, il faut être « réaliste ». Philippe ne se démonte pas et lui suggère de venir voir par lui-même de quoi il retourne. De ne pas se fier à ce qu’il croit connaître. Acceptera-t-il de se laisser étonner ? Consentira-t-il à voir ce que jusqu’à présent il n’avait pas vu ? Nathanaël ne refuse pas l’invitation de Philippe.

Le premier à voir, dans la suite du récit, c’est Jésus. Il ne voit pas un « aveugle » qui ne veut pas voir, il voit un homme dans lequel il discerne une exigence de vérité. Et il la révèle à Nathanël. Lorsque celui-ci s’étonne et demande comment son interlocuteur sait cela, Jésus répond simplement : « Je t’ai vu. » Cette exigence de vérité met en fait Nathanaël au pied du mur : sera-t-il fidèle à ce qu’il est ? Acceptera-t-il de mettre en doute sa première – mauvaise – impression ? Cela lui suffit pour comprendre qu’il peut voir ce qu’il ne voyait pas, qu’il peut accueillir ce qu’il pensait ne pas pouvoir trouver à Nazareth : quelque chose de bon. Rappelons ce que dira Jésus plus tard : Dieu seul est bon. Le bon, c’est la manifestation de Dieu…

Du coup, Nathanaël peut reconnaître en Jésus « le Fils de Dieu, le Roi d’Israël ». Voilà la « vision ». Et Jésus peut annoncer que ceux qui le suivront verront ce qui semblait invisible, indiscernable : « les cieux ouverts, les anges de Dieu qui monte et descendent au dessus du Fils de l’homme ». N’imaginons pas là ce que les peintres des coupoles des plus belles églises baroques ont voulu représenter, des angelots joufflus entourant un Jésus majestueux…  Jésus ne nous promet pas une vision en technicolor, il nous dit simplement que la foi nous permet de discerner dans le monde le mouvement de la vie que Dieu donne, ce mouvement que nous ne voyons pas lorsque nous regardons le monde avec les yeux de Nathanaël lorsqu’il considère Nazareth en disant que rien de bon ne peut sortir.

Dévoilement

Ainsi, l’Apocalyse ne nous annonce-t-elle pas un autre monde caché, codé, réservé aux initiés. Elle est, au sens littéral du mot, le dévoilement de la réalité. Notre monde est beaucoup plus riche et plus beau que nous ne voulons vraiment le voir. Il est dès à présent habité par la gloire de Dieu, qui ne lui est pas extérieure, étrangère.

Il ne s’agit pas de se raconter des histoires, de se peindre de nouvelles « coupoles », mais de mettre en doute notre vision fermée, aveugle, désespérante du monde. Tant que nous en resterons là, tant que nous considérerons qu’ « il ne peut rien sortir de bon de Nazareth », alors nous ne pourrons pas accueillir celui qui vient à nous. Nous ne pourrons pas vivre de la foi. Or combien de fois n’avons-nous pas dit, face à certaines personnes ou certaines situations qu’il n’y avait rien à espérer ? Il est temps de voir enfin autrement. Le réalisme véritable, c’est d’être visionnaire !

D.E.

 

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Published by Desiderius Erasme
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