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12 août 2010 4 12 /08 /août /2010 08:26

Disproportion radicale

Ézéchiel 12, 1-12 ; Matthieu 18, 21 – 19, 1

Voilà bien une question « éternelle » : quelles sont les limites du pardon ? A quel moment peut-on dire, en toute tranquillité d’esprit, « ça suffit ! » et faire tomber une sanction ? Notre société semble aujourd’hui plus encline à croire aux vertus de la sanction qu’à celle du pardon.

Sollicité par Pierre, pour répondre à cette question, Jésus déplace le point de vue. L’efficacité immédiate semble être le cadet de ses soucis. La parabole qu’il énonce met en lumière une toute autre interrogation, celle qu’ouvre la disproportion entre ce que nous avons parfois à reprocher à notre frère, et ce que nous « devons » à Dieu.

La dette du premier serviteur est astronomique. C’est une manière de dire que cet homme doit tout à son maître, à son roi. Et jamais il ne pourra rembourser. Et de fait, qu’avons-nous que nous n’avons pas reçu, à commencer par la vie ? Et que pouvons-nous offrir en contrepartie, sinon notre propre vie ? Pourtant cette dette formidable, il faut bien reconnaître que nous n’en avons pas conscience, et que nous vivons le plus souvent comme si elle n’existait pas. Comme si nous pouvions consommer la vie en toute insouciance… Notre irresponsabilité collective à l’égard des générations futures, tant en matière écologique qu’en matière de dette publique et sociale en est une claire illustration. Nous avons largement tendance à vivre sur le mode « après nous le déluge », alors qu’un des manières d’honorer notre dette serait d’avoir le souci de la vie de ceux qui nous suivent…

La dette du second serviteur à l’égard du premier est infiniment plus petite (le rapport est de un pour six cent mille !).  Ce qui est reproché au premier serviteur n’est pas d’avoir souhaité être remboursé, mais de n’avoir pas eu le souci de la vie et de la liberté de son débiteur. De n’avoir pas compris que c’est en favorisant l’épanouissement de cette vie qu’il pouvait escompter, le plus simplement et le plus sûrement voir son « capital » fructifier.

Jugement

Jésus nous invite donc à commencer par prendre la mesure de cette disproportion entre ce que nous devons à Dieu – à travers tout ce que nous ne nous sommes pas donné à nous-mêmes, mais dont nous vivons – et ce que d’autres nous doivent. Il est à noter que dans la parabole, il n’est pas question de « faute » ou de « péché ».  Pardonner, c’est en réalité faire le pari de la vie, donner davantage que ce qui nous a été « emprunté » afin de permettre à la vie de grandir, de se déployer, de se donner.

Il serait bon que nous ouvrions les yeux là-dessus, que nous ne restions pas comme « l’engeance de rebelles » à qui Ézéchiel a mission d’annoncer où les conduit leur refus de s’amender en pratiquant la justice et le droit. Mais, dit le Seigneur, « ils ont des yeux pour voir et ne voient pas, des oreilles pour entendre et n’entendent pas ». D’où cette mise en scène particulièrement spectaculaire. Dieu s’efforce de faire prendre conscience à son peuple des conséquences de ses actes… C’est encore une manière de le servir, de vouloir lui donner la vie.  Néanmoins, la suite montrera que l’endurcissement ne faiblira pas et conduira à la catastrophe. La non reconnaissance du don finit par ruiner le don lui-même. Et Dieu ne peut aller contre : tel est le jugement final de la parabole.

D.E.

Avec Haendel en prime: http://www.dailymotion.com/video/xdi2s8_cara-sposa-nathalie-stutzmann-haend_music

 

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Published by Desiderius Erasme
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daniel 12/08/2010 10:25


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