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25 janvier 2010 1 25 /01 /janvier /2010 08:53

Qu’est-il arrivé à Paul sur le chemin de Damas ?

(Ac 22, 3-16 ou Ac 9,1-22 ; Mc 16, 15-18)

La liturgie nous invite à faire mémoire, aujourd’hui de la conversion de saint Paul. C’est un événement d’une immense importance pour le christianisme, puisque Paul est la figure centrale de l’annonce de l’Évangile aux païens. D’ailleurs, quand on regarde le Nouveau Testament, la part qui revient à Paul est considérable. Il y a bien sûr ses lettres, dont les premières ont précédés la rédaction finale des évangiles. Toutes ne sont pas exactement de lui, certaines ayant manifestement été rédigées par des disciples de Paul, mais c’est bien son enseignement qu’elles reflètent. Il y a aussi, évidemment, la lettre aux Hébreux, qui lui fut longtemps attribuée. Mais il y a encore les Actes des Apôtre où Paul (Saül) apparait dès le chapitre 7. Ce récit de Luc donne à Paul, à partir du chapitre 9, et surtout à partir du chapitre 13 le rôle principal. Si l’on précise que Luc était un proche de Paul, qu’il l’a accompagné pendant certains de ses voyages, et donc que son évangile est marqué par cette influence, on voit l’importance de la figure de Paul dans la foi que nous avons héritée.

Dans le seul livre des Actes, la conversion de Paul est racontée trois fois ! C’est une manière de signifier son importance. D’abord au chapitre 9, après la lapidation d’Etienne. Paul qui n’a pas été le témoin oculaire de la mort de Jésus assiste au martyr du jeune converti, que Luc raconte en en faisant une nouvelle Passion (les dernières paroles d’Etienne sont calquées sur celles du crucifié).  C’est manifestement ce drame qui va être la source de l’effondrement du Paul sur le chemin de Damas. D’ailleurs la parole qu’il entend confirme cette identification : « Je suis celui que tu persécutes… » Paul qui est convaincu qu’il défend la vérité de la foi est anéanti quand surgit en lui la conscience qu’il fait exactement l’inverse de ce qu’il recherche. Il réalise alors son aveuglement, lui qui croyait « voir » – c’était un pharisien savant, disciple du meilleur des rabbins de son temps, Gamaliel, lui-même disciple du maître Hillel[1]

Cette conversion est ensuite racontée deux fois au terme de la mission de Paul, lorsqu’au retour de son troisième voyage, il est arrêté dans le Temple de Jérusalem et accusé de trahir la foi de ses pères. Au moment de cette arrestation d’abord – il parle alors en hébreux, pour manifester qu’il est bien juif – puis devant le roi Agrippa, Paul raconte ce qui lui est arrivé. C’est évidemment Luc qui tient la plume. Les trois récits ne sont pas identiques. Par exemple, dans le premier, les compagnons de Paul entendent la voix qui s’adresse à lui, mais ne voient pas la lumière qui l’éblouit. Dans le second, c’est exactement l’inverse… Ce qui nous indique qu’il faut se garder d’une interprétation trop littérale de la scène, où la part du style de l’auteur, ou du narrateur a son importance. Ne prenons pas les détails pour l’essentiel.

« Le Dieu de nos pères »

Une chose est frappante, dans ces récits, c’est que tous commencent pas le rappel insistant et martelé de l’enracinement de Paul dans le peuple juif et l’enseignement de la Torah. Si Paul vit une conversion, un retournement, une teshouva, il n’est pas pour autant conduit à abandonner son identité juive, encore moins à la nier. C’est un point absolument fondamental, qui revient d’ailleurs dans plusieurs de ses lettres. D’ailleurs, si Paul est l’apôtre des païens, Luc, dans les Actes nous montre qu’il commence toujours par prêcher dans les synagogues, ou par rencontrer ses frères juifs. Cela devrait fonder en nous le refus de tout antijudaïsme et, bien sûr, de tout antisémitisme.

La conversion n’est pas une négation, c’est en quelque sorte une mise dans une perspective nouvelle, une réorientation de ce que nous sommes, de ce que nous avons reçu. De ce point de vue, dans le récit du chapitre 22, la parole d’Ananie à Paul est extrêmement touchante : « Le Dieu de nos pères, lui dit-il, t’a destiné à connaître sa volonté, et à entendre la parole qui sort de sa bouche… » C’est bien le Dieu de nos pères ! Celui qui est l’objet de la transmission de génération en génération, depuis l’Alliance du Sinaï. «…t’a destiné… » : cette « destination » ne commence pas sur le chemin de Damas, mais elle s’est manifestée bien avant, au moins depuis que Paul a pris la route de Tarse à Jérusalem pour venir y étudier la Torah à l’école de Gamaliel… Car c’est bien ce que Paul avait voulu dès sa jeunesse : connaître la volonté de Dieu, écouter la Parole !

Ce que nous apprenons ainsi, c’est que nos désirs les plus anciens et les plus profonds, les plus constants, sont d’une importance fondamentale dans notre vocation, et il est bon que nous fassions en sorte de les mettre en œuvre. Cependant, notre seule « lumière », notre seule intelligence et notre seule force ne suffit pas à les orienter de manière tout à fait juste. C’est en cela qu’une conversion est nécessaire, comme un don de l’Esprit. C’est en cela que nous avons besoin de recevoir le pardon des péchés, en comprenant que nous avons « raté la cible », parfois même avec de bonnes intentions. C’est en cela enfin que nous avons besoin de la communauté – figurée pour Paul en la personne d’Ananie – qui vient confirmer cette conversion et l’insérer dans la « famille de Jésus » que constitue l’Église.

D.E.



[1] La proximité entre l’enseignement de Hillel et celui de Jésus est frappante sur plusieurs points essentiels.

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Published by Desiderius Erasme
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Monique 25/01/2010 19:59


Cher Desiderius,

Un très, très grand merci pour ce texte. Le dernier paragraphe me touche en plein coeur.

Monique


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