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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 08:56

Il n’y a ni Code, ni initiés.

(2 S 7, 18-19.24-29 ; Mc 4,21-25)

C’est une petite parabole que nous connaissons bien, celle de la lampe qu’il ne faut pas mettre sous le boisseau.  Mais pour l’entendre, il faut essayer de se représenter la scène. Il fait nuit, on n’y voit goutte, on ne peut donc s’orienter, on demande de la lumière, et voilà que quelqu’un arrive, portant un flambeau ou une bougie, et l’on cherche l’endroit le plus propice pour éclairer au mieux l’espace où l’on se tient. Voilà de quoi il est question : une lumière qui vient dans la nuit.

Cela ne vous rappelle rien ? Bien sûr que si : le prologue de l’évangile de Jean : « En lui [le Verbe] était la vie, et la vie était la lumière des hommes, et la lumière brille dans les ténèbres… »

Vient donc la lumière dans les ténèbres. Dès lors, nous voyons ce qui était resté dans l’obscurité, ce qui échappait à notre regard.

« Rien n’est caché, sinon pour être manifesté ; rien n’a été gardé secret, sinon pour venir au grand jour… » Cette phrase de Jésus que nous rapporte Marc affirme de manière définitive que la voie qui permet de connaître Dieu n’est pas celle de l’ésotérisme,  qu’elle n’est pas réservée à un petit nombre d’initiés qui détiendraient les clés et les codes. Tout, au contraire, est à notre disposition, pour peu que nous soyons nous-mêmes désireux de voir et d’entendre.  Tel est sans doute l’une des facettes les plus remarquables de la « Bonne Nouvelle » ! Le Christ vient pour que nous voyions.  Et ses disciples ont pour mission – non pas de se prendre eux-mêmes pour la lumière – mais de la porter à ceux qui désirent voir. Ce qui suppose que nous soyons nous-mêmes attentifs aux désirs et aux attentes du monde dans lequel nous vivons, et que nous ne décidions pas nous-mêmes que certains sont dignes de recevoir la lumière et d’autres non.

« Rien n’est caché… Si quelqu’un a des oreilles, qu’il entende !... Faites attention à ce que vous entendez ! »

Il est impressionnant d’entendre que « rien n’est caché sinon pour être manifesté, rien n’a été gardé secret sinon pour venir au grand jour ». Comprenez que plus la lumière de la vie se répand, plus elle dévoile de choses que nous ne voyions pas auparavant.  Voilà pourquoi « celui qui a recevra encore, et  celui qui n’a rien se fera enlever même ce qu’il a ». Quand vient la lumière, le champ de la vie se dévoile plus amplement, il s’étend à nos yeux et nous enrichit. Si nous n’entendons pas cela, alors nous restons en retrait de la marche même de la vie, de son déploiement ; et, en ce sens, elle nous échappe de plus en plus, et nous y voyons de moins en moins. Ce que nous avions finit par nous filer entre les doigts…

Connaissance

« Entendre », le mot est au cœur même de la grande prière de David que nous donne aujourd’hui à lire la liturgie. Malheureusement, il se trouve exactement dans la coupe qui a été opérée pour abréger la lecture.  Voici les versets manquants :

«Qu’est-ce que David pourrait te dire encore, alors que toi, tu connais ton serviteur. C’est à cause de ta parole et selon ton cœur que tu as accompli toute cette grande œuvre pour la faire connaître à ton serviteur. Aussi tu es grand Seigneur Dieu : tu es sans pareil et il n’est point de Dieu, toi excepté, selon tout ce que nous avons entendu de nos oreilles. Est-il sur terre une nation pareille à ton Israël, ce peuple que Dieu est allé racheter pour en faire son peuple, en lui donnant un nom et en accomplissant pour vous cette grande œuvre et pour ton pays des choses redoutables, est-il une nation comparable à ton  peuple que tu as racheté d’Égypte, de cette nation et de ses dieux ? »

De quoi David témoigne-t-il ?  De ce qu’il a vu et entendu. De ce qu’il lui a été donné de connaître. Il faut rappeler ici que, dans la Bible, ce verbe – qui revient deux fois dans ce passage – et que Chouraqui traduit significativement par pénétrer  exprime l’union fécondante, l’ensemencement. Quand Dieu « connait son serviteur », il le féconde de sa connaissance… Il met en lui un germe de vie. Et cette connaissance, ce germe, le voici : Dieu est unique et grand, Dieu est fidèle à sa parole. Plus encore, cette parole est la source de toute chose, et Dieu est celui qui libère de la servitude et amène à l’existence – c’est le sens du fait qu’il donne un nom à son peuple.

Entendre ou écoute – Shema en hébreux – est, ne l’oublions pas, le commandement central, proclamé au chapitre 6 du livre du Deutéronome.

Ne faisons pas de ce qu’affirme David dans sa prière une lecture erronée : David ne tient pas un discours « nationaliste ». La singularité d’Israël qu’il énonce n’indique pas une supériorité, elle n’est pas un titre de gloire au sens d’une gloire qui serait le fruit d’un mérite, la singularité d’Israël est un signe au milieu des nations, elle est une lumière qui manifeste qui est Dieu, l’unique Dieu : un Dieu dont la parole crée de toute éternité, toujours au présent, un Dieu qui délivre de l’enfermement… Rappelons-nous, dans l’évangile de Luc, la parole du vieillard Syméon devant l’enfant de Marie et Joseph qu’il qualifie de « salut que [Dieu] prépare à la face de tous les peuples… lumière pour éclairer les nations et gloire d’Israël ».

Ainsi, de David à Jésus – le « fils de David » –, Dieu est celui qui ne veut rien cacher aux hommes mais leur offrir toute lumière pour qu’ils puissent recevoir en abondance, et toujours davantage la vie qui leur est donnée, la vie au cœur de laquelle ils sont plongés. Rien n’est caché ! Entendons-le bien.

D.E.

 

 

 

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Published by Desiderius Erasme
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