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31 juillet 2010 6 31 /07 /juillet /2010 09:09

Dieu meurt en Jean-Baptiste

Jérémie 26, 11-19 ; Matthieu 14, 1-12

 

Parce que nous le lisons chaque année, le récit de la mort de Jean-Baptiste ne nous émeut plus guère. La scène est connue, et son horreur glisse sur nous comme l’eau sur les plumes d’un canard. Pourtant, ce n’est pas simplement une mort, mais un assassinat. Le meurtre d’un juste, d’un innocent, victime de la haine que sa parole de vérité suscitait, et de la veulerie d’un souverain concupiscent. A l’évocation de sa tête, apportée sur un plat devant les convives d’un banquet médusés, nous devrions frémir et nous indigner.

Une question s’impose aussitôt. Jean-Baptiste était le fidèle serviteur de Dieu. Rien n’indique qu’il ait failli à sa mission qui était d’annoncer la venue du Messie. Mais alors, pourquoi Dieu ne l’a-t-il pas défendu ? Pourquoi Dieu ne l’a-t-il pas entouré de sa protection ? La terrible question que pose Elie Wiesel dans son livre La Nuit, lorsqu’il raconte la mort d’un jeune enfant pendu à Auschwitz sous les yeux des déportés, convoqués pour assister à la scène, «Où Dieu était-il ce jour-là ? », cette question s’impose à propos de Jean-Baptiste.

Nous n’avons pas de réponse tenable, tant que nous ne considérons pas que Dieu était présent en Jean Baptiste lui-même, comme il l’est en Jésus sur la croix. La seule place de Dieu, depuis qu’il s’est fait connaître à Abraham, c’est d’être « avec », pas seulement « à côté » ou « en face » mais « avec », partageant totalement le sort de son ami. Dieu n’est pas une puissance extérieure, comme nous avons si souvent tendance à le représenter, mais une communion. En Jean-Baptiste, Dieu souffre le martyr et meurt. C’est en ce sens, et en ce sens seulement, que nous pouvons dire que la vie est sacrée…

Dieu ne se défend pas. Il est l’agneau qui se laisse immoler. Ce que Jean-Baptiste annonce en la personne de Jésus, il le vit lui-même, car rien ne le sépare de celui qu’il annonce.

Jérémie fait de même. Alors qu’il est condamné à mort, il ne change pas de discours. Il dit la parole qu’il lui a été demandé de proclamer. Et il ajoute : « Me voici entre vos mains, faites de moi ce qui vous semblera bon et juste. » Il ne se défend pas, mais renvoie chacun à sa responsabilité. Et il éveille dans le peuple une conscience lucide : certains vont s’opposer à la volonté des prêtres et des prophètes de tuer celui qui leur semble menacer leurs intérêts.

Écouter la voix de Dieu

Cette lucidité passe par la relecture du passé. Qu’est-il arrivé avant nous ? Qu’avons-nous à en apprendre ? La mémoire de la prophétie de Michée, et de l’attitude d’Ézéchias (que le second livre des Rois présente comme un homme fidèle à Dieu), un siècle plus tôt, éclaire le choix qu’il convient de faire. C’est en fait une manière d’écouter en soi la voix même de Dieu, puisque dans la tradition biblique, c’est l’histoire d’Israël et la lecture qui en est faite qui devient parole de Dieu.

Au moment, ou dans une situation de crise, des choix sont à faire en matière de justice, de respect des droits, d’accueil de l’étranger, il est nécessaire d’entendre le conseil de Jérémie : « Faites ce qui vous semblera bon et juste. » Il est nécessaire de chercher en nous-mêmes ce qui dit la bonté et la justice, afin de ne pas laisser passer sans réagir l’injustice. L’horreur de la mort de Jean-Baptiste devrait nous inviter à réfléchir. Pas un des convives n’a protesté ! Dieu, en chaque homme, que cet homme soit fautif ou non de quoi que ce soit, a besoin de nous pour être… sauvé.

D.E.

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Published by Desiderius Erasme
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