Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
5 janvier 2010 2 05 /01 /janvier /2010 09:39

« Tous ceux qui aiment sont enfants de Dieu, et il connaissent Dieu ». Comment peut-on lire cette affirmation de Jean, dans sa première lettre sans s’étonner ? Tous ceux qui aiment connaissent Dieu ! Pourtant Dieu semble si mal connu autour de nous. Et l’amour est une expérience si commune, même s’il y a dans nos vies bien d’autres choses que l’amour. Infiniment rares sont ceux qui affirmerait que l’amour n’existe pas, qu’il n’est pas un bien, qu’il n’est pas désirable… Si, comme nous le dit Jean, Dieu est amour, pourquoi beaucoup ne parviennent-ils pas à dire qu’ils croient ? Ne croient-ils pas en l’amour ?

Il est vrai que l’amour est simultanément fragile et exigeant… Il est vrai que s’il nous transporte, il ne semble pas tout-puissant… Il est vrai que souvent la force, le mensonge, l’intérêt paraissent prendre aisément le pas sur lui. Pourtant, aimer et être aimé est sans nul doute l’aspiration la plus forte, la plus profonde de nos vies.

Que l’amour ait part au divin, mieux qu’il soit le divin, nous le disons avec légèreté lorsque nous affirmons qu’il est capable de nous conduire au septième ciel ! Joies charnelles, objecteront d’aucuns. On aurait tord de les mépriser, elles peuvent être un lieu d’authentique grâce, pour autant qu’on ne fait pas de soi et de l’autre un objet de consommation. Plus encore, il est même assez remarquable que notre corps soit à même d’éprouver à sa façon le transport de l’amour. Il témoigne ainsi de son aptitude à une réelle transfiguration, de son désir d’assomption dans la plénitude divine. Hélas nous sommes encore encombrés par les erreurs du jansénisme et nous ne voyons pas que dans ce qui semble une frénésie sexuelle se dit une aspiration profonde à cette plénitude. Dans un monde qui se trouve aujourd’hui largement privé des outils qui permettraient aux hommes de comprendre ce qui les anime, les agite, les meut, il ne reste pour beaucoup, d’une certaine façon, que le langage du corps pour le manifester. Relisez le Cantique des Cantiques, ou les grands mystiques, si vous doutez qu’Eros est un des langages de l’amour. Rappelez-vous que Benoît XVI a consacré nombre de pages de sa première encyclique, assurément la plus belle, à l’expliquer.

L’amour est là, mais nombre de nos contemporains n’y reconnaissent pas le visage de Dieu. Voilà qui devrait nous interroger. Avant d’en conclure à leur « mauvaise volonté », nous devrions nous demander si nous n’avons pas habillé Dieu d’un costume qui empêche de le reconnaître… Pour beaucoup, en effet, le mot Dieu évoque tout autre chose que l’amour. Il résonne comme une superstition, comme un leurre, comme un enfermement, comme une infantilisation… Ce mot est chargé d’une si sombre mémoire inconsciente et de tant de fantasmes qu’il est inaudible, irrecevable. Sans doute ne sommes nous pas les seules responsables de la gangue à la fois dure et poisseuse dans lequel il est emprisonné, mais cela ne devrait pas nous dissuader de chercher comment contourner cet obstacle. Le peuple juif avait depuis longtemps compris le danger qu’il y avait à nommer Dieu, à l’enfermer dans telle ou telle image, dans telle ou telle définition ou conception. C’est ce qu’il a signifié en affirmant que le Nom était imprononçable ? C’est aussi ce que raconte le récit du combat de Jacob, lorsque le mystérieux agresseur se garde de donner son nom.

C’est ce que Jean lui-même affirme lorsqu’il écrit : « Dieu nul ne l’a jamais vu » mais il ajoute aussitôt : «  le Fils unique nous l’a dévoilé. » Voilà ce qui nous incombe à notre tour, puisque nous avons reçu la grâce du baptême pour devenir des chrétiens : lever les voiles qui empêchent de reconnaître Dieu dans l’expérience si naturelle et profonde de l’amour.

Partager cet article

Repost 0
Published by Desiderius Erasme
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Desiderius Erasme
  • Le blog de Desiderius Erasme
  • : Lire la Bible sans mourir idiot, intégriste ou ayatollah de la laïcité. Avec de l'humour, de l'esprit, de la curiosité, et sans préjugés...
  • Contact

Profil

  • Desiderius Erasme
  • La liberté de l'Evangile est la plus belle chose que l'on puisse partager. Elle est à la fois critique et aimante, source de joie et soutien dans l'épreuve. Elle invite à toujours plus d'humanité...
  • La liberté de l'Evangile est la plus belle chose que l'on puisse partager. Elle est à la fois critique et aimante, source de joie et soutien dans l'épreuve. Elle invite à toujours plus d'humanité...

Liens