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2 août 2010 1 02 /08 /août /2010 08:45

Les mensonges des prophètes de bonheur

Jérémie 28, 1-17 ; Matthieu 14, 13-21

La scène que nous lisons dans le livre de Jérémie se situe au moment du règne de Sédécias. La puissance perse a déjà conquis Jérusalem et déporté à Babylone l’élite du peuple (cf. le deuxième livre des Roi, aux chapitres 24 et 25). Le discours que tient Jérémie déroute : il prêche la soumission : « Placez votre cou sous le joug du roi de Babylone ; servez-le, lui et son peuple et vous vivrez ! (…) N’écoutez pas les prophètes qui vous assurent que vous ne servirez point le roi de Babylone. C’est faux, ce qu’ils prophétisent, je ne les ais pas envoyés – oracle du Seigneur. »

Cette prédication blesse l’orgueil national, et elle n’est pas reçue. Voilà donc que se lève un autre prétendant à la prophétie, qui tient un discours plus « aimable » Tout ira bien, madame la Marquise, le joug babylonien sera brisé, annonce-t-il, au mépris de la réalité. Ce genre de discours sera écouté, puisque cinq ans plus tard, le roi Sédécias – installé sur le trône par Nabuchodonosor, soit dit en passant – lèvera l’étendard de la révolte et connaîtra la défaite. Jérusalem sera dévastée, une large part de la population « bourgeoise » de Juda déportée, à l’exception du petit peuple qui cultivait la terre…

La parole d’Ananie, le « prophète de bonheur », commence par une contre-vérité : la puissance babylonienne est intacte, contrairement à ce qu’il prétend. C’est pourquoi Jérémie lui répond en maniant l’ironie : « Dieu veuille accomplir ta prophétie… » Ananie ne veut rien entendre, aussi  Jérémie n’insiste-t-il pas. Ce n’est pas une joute de personne. Jérémie, personnellement n’a rien à défendre. Il s’éloigne. Ensuite, sur la parole du Seigneur qui annonce que l’emprise perse se fera davantage sentir après la révolte, Jérémie revient pour dénoncer cette fois-ci clairement le mensonge d’Ananie. Les fausses assurances ne servent à rien, il est inutile de peindre en rose la réalité, il convient au contraire d’interroger les événements pour y discerner l’appel de Dieu : avant la sauvegarde de l’orgueil national, c’est la question de la conversion qui est posée.

Désert

De fait, l’exil à Babylone se révèlera comme l’occasion d’un impressionnant approfondissement spirituel dont nous sommes encore aujourd’hui les héritiers, à travers tout le travail de réinterprétation et de réécriture de la tradition biblique. Cette « traversée du désert » aura été bénéfique. Le « bonheur », n’était pas là où l’annonçait Ananie.

On peut lire sous cet angle le récit de la multiplication des pains, dans Matthieu, qui intervient après la mort de Jean Baptiste. Jésus choisit alors, non pas de se dresser contre Hérode ni même de le dénoncer, mais de se retirer à l’écart. La foule le suit, et trouve auprès de lui le réconfort : dans cet « endroit désert » Jésus soulage et guérit, puis il nourrit le peuple, après avoir fait éprouver aux disciples la fragilité de la situation : ils ne peuvent à eux seuls faire face.

Certes, Jérémie ne prêche pas la démission, mais le retour vers Dieu. Il se s’agit donc pas de se dérober devant nos responsabilités, mais de considérer comment nous pouvons accueillir certaines situations de désolation, d’aridité, comme des invitations à faire retour vers celui qui donne la vie, et affiner notre écoute de sa parole.

D.E.

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Published by Desiderius Erasme
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