Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 août 2011 2 16 /08 /août /2011 09:19

La force qui est en nous et la rencontre de l’autre

Cher Thomas,

Les journées mondiales de la jeunesse commencent après-demain à Madrid. C’est une bonne chose que l’Église fasse place à la jeunesse. On ne construit pas l’avenir en lui tournant le dos. La jeunesse occidentale a besoin de trouver des raisons d’espérer, des raisons aussi de s’estimer, d’avoir confiance en elle-même. La jeunesse des lendemains de la Seconde Guerre mondiale était portée par la paix revenue et les enjeux de la reconstruction. Celle des années 1970 jouissait d’une abondance qui semblait sans limite, et d’une liberté nouvelle, après la remise en cause des tabous de la société bourgeoise qui l’avait précédée. Celle d’aujourd’hui est devant les effets de la crise, les inquiétudes écologiques, les tensions multiples qui naissent de la mondialisation, les crispations identitaires.

Cette attention à la jeunesse du monde, cette volonté de lui permettre de se rencontrer, c’est le frère Roger Schutz, fondateur de la communauté monastique œcuménique de Taizé qui en a eu l’initiative, dès les années 1960. Cette démarche allait de pair avec l’envoi de frères de la communauté vivre en différent lieu de la planète, au milieu de population défavorisée. Ainsi Taizé proposait-il une démarche de rencontre, d’écoute de l’autre et de soi, mais aussi de fraternité et d’engagement pour la justice. Jamais la découverte de l’intériorité ne pouvait être découplée du souci de l’incarnation. La mondialisation ne pointait pas encore son nez, mais Frère Roger en avait compris l’un de ses grands enjeux.

L’important de ces rencontres n’est donc pas de conforter une identité religieuse, d’en « recharger les batteries », ni de se démarquer d’un monde que l’on regarderait comme dangereux, ou mauvais. Elle devrait être de commencer par élargir son horizon, d’agrandir son champ de vision, d’approfondir la confiance en soi et dans les ressources qui s’offrent autour de nous pour inventer l’avenir.

Le génie de Frère Roger n’a pas été de ramener les jeunes vers la « religion », mais de libérer en eux l’énergie qui restait trop souvent enfermée, sous l’effet des peurs, des conventions. La dimension intérieure qu’il leur faisait découvrir n’était pas celle de la componction et de la piété, mais celle de l’écoute de la vie qui parlait en eux. Dans le livre des Juges, il est raconté que l’Ange du Seigneur s’est adressé au jeune Gédéon, avec ces mots : « Avec la force qui est en toi, va sauver Israël du pouvoir de Madiane » (c'est-à-dire de l’oppression). Dieu ne commande pas à Gédéon de commencer par dresser un autel, de se retirer dans le désert à l’écart du monde. Il lui commande de se lever et de croire en la force qui est en lui, pour agir en libérateur.

 

C’est l’amour qui guérit

Les JMJ ne sont donc d’aucune utilité s’il s’agit de compter les bataillons de la jeunesse catholique, disposés à se mettre à genoux devant le Saint Sacrement. À ce jeu des statistiques et du recensement des troupes, nous savons que David lui-même a perdu la confiance de Dieu. Les JMJ ne sont d’aucune utilité s’il s’agit de rassurer l’Église en période de vaches maigres sur le mode « il y a toujours des jeunes parmi nous, tout n’est pas perdu », ou s’il s’agit de se positionner face au monde dans un rapport de jugement et d’hostilité.

Au contraire, pour pouvoir s’engager dans ce monde, pour accepter d’y risquer sa vie, il faut l’aimer sans mesure. Il faut se mettre à son écoute, et libérer les forces de vie qui sont en lui, et elles ne manquent pas. Soyons attentifs, car ce qui s’exprime de façon désordonnée, parfois brutale et même morbide, ce sont souvent des soifs de vivre qui ne trouvent pas la possibilité de se développer librement et se retournent contre la vie elle-même de manière pathologique. Seul un amour attentif, à l’écoute, engagé, peut guérir ce mal. Pas les « Seigneur, Seigneur », ni les leçons de morale. L’engagement vrai, réel.

La fécondité des JMJ ne se mesurera donc pas au nombre des confessions, ni à la clameur des chants, Rappelons nous la parabole du semeur : l’enthousiasme ne suffit pas, même s’il n’est pas négligeable. Ce qui compte, c’est la pratique durable dans le temps, la mise en œuvre d’une Parole qui nous dit que la vie est dans la fraternité, dans la mise en route à la rencontre du prochain.

À bientôt, cher Thomas

Desiderius Erasme

Partager cet article

Repost 0
Published by Desiderius Erasme
commenter cet article

commentaires

Alice Damay-Gouin 13/09/2011 14:06


à Isabelle,
pourquoi s'enfermer dans une "caste" les cathos? Il me semble que tous, toutes les jeunes devraient pouvoir bénéficier d'une telle formation au lieu de la penser d'abord pour les cathos.


isabelle Berthelier 18/08/2011 23:43


Un commentaire pertinent sur les JMJ et surtout leur signification. Je suis bien d'accord avec les réflexions sur Frère Roger et je souhaite que beaucoup osent s'en inspirer. Il semble souvent que
ce qui manque aux éducateurs et formateurs des jeunes catholiques, ce n'est pas la spiritualité, ni la bonne volonté, ni le dévouement, c'est l'audace ou plutôt, la liberté. Il est bien utile de
rappeler que "là où est l'Esprit de Dieu, là est la libertéé (2Co 3, 17)


Alice Damay-Gouin 17/08/2011 10:47


Cher Desiderius
J'ai commencé à comprendre ce qu'est un blog tel que le vôtre. Je l'ai perçu comme une invitation à participer à un joyeux et enrichissant festin où l'on partage... Vous nous dites:"Venez tout est
prêt pour le festin"....
Mais voilà, vous voyez accourir pour participer à votre banquet des personnes venant des 4 coins de l'horizon, c'est à dire n'ayant pas le même degré d'instruction, de formation religieuse, la même
lecture sur un texte d'évangile ou dans la vie de tous les jours, qui n'ont pas la même opinion que vous ... Certaines personnes qui vous répondent sont heureuses, d'autres souffrent au point de
crier leurs souffrances, criant leur soif d'être reconnues dans leur dignité d'homme, dans leur dignité de femme. Cet accueil n'est pas toujours évident. Aussi je vous remercie d'avoir réussi à
commencer à m'apprivoiser.
Votre question lancinante me semble être: "Qu'est-ce qu'être chrétien aujourd'hui?" Votre réponse est classique: dans la lecture du Livre et le recueillement intérieur(cf votre 1ère lettre).Pour ma
part, j'aimerais faire comprendre à mon Eglise du Vatican que le Christ s'est incarné et qu'Il nous parle aussi dans notre vie de tous les jours et dans notre rencontre avec l'autre... Durant ce
temps de vacances, après ma rencontre avec ce messager de la Paix qui veut redonner à chaque personne, en priorité, l'estime de soi, j'ai lu quelques textes.
--"Nourrir l'espérance. Accueil des migrants et dialogue islamo-chrétien" écrit par les évêques méditerranéens, début mai 2011 :"Sur cette délicate question des Migrations, 2 attitudes ont du mal à
se rejoindre: celle de nombreux politiques qui veulent assurer d'abord la sécurité et la protection de leurs citoyens, souvent pour des raisons électoralistes et celle des disciples de l'Evangile,
qui, au risque d'être taxés de naïveté, veulent servir d'abord les personnes et les défendre dans leur dignité, y compris si elles sont clandestines et sans papiers. Ces 2 attitudes pourraient se
conjuguer si l'argent dépensé pour protéger les frontières servait à développer l'indépendance alimentaire des pays d'où partent les migrants et si des moyens étaient mis en oeuvre pour assurer une
vie digne à tous les citoyens."
--J'ai trouvé aussi le texte de la Cimade: "Inventer une politique d'hospitalité" adopté par leur assemblée générale le 18/06/2011. Ce travail de recherche et de propositions mérite d'être connu et
nous devrions le méditer ensemble.
Ah! Si nous pouvions arrêter de dire la phrase tronquée de Michel Rocard et si nous disions le contraire:"Nous pouvons accueillir toutes les misères du monde", je suis persuadée qu'ensemble nous
rechercherions ailleurs avec plus d'enthousiasme des moyens pour atteindre ce but! Mais hélas la réalité nous rattrape. Au centre de rétention administrative de Rennes, après avoir enfermé une
famille avec 2 enfants (5 ans et 2 ans) et dont la femme est malade, on vient d'y enfermer une femme et son bébé venant de Somalie et on prépare le retour en Somalie.

Mais je vais m'arrêter là. Et je découvre alors votre 38ème lettre. Joie de penser à ces jeunes qui sont partis aux JMJ. Je n'aime pas le tapage médiatique que l'Eglise du Vatican fait mais je suis
heureuse pour ces jeunes. Qu'ils trouvent l'estime d'eux-mêmes, confiance en eux et que toutes les rencontres faites durant ces journées soient profitables à tous comme j'ai vécu(il y a déjà bien
des années) mes rencontres à Taizé. Combien aussi, j'ai médité la 2ème lettre de Taizé,intitulée "la parabole du partage, écrite par les jeunes à Calcutta.
Les jeunes à Madrid rencontreront-ils les indignés espagnols?
Excusez mon long commentaire toujours aussi décousu mais vous saurez y trouver un fil conducteur.
Dans l'Amour du Christ qui s'est incarné et nous a fait découvrir notre fraternité, dans l'Espérance, la Joie et la Paix, fruits de l'Amour, Alice


Desiderius Erasme 17/08/2011 13:36



Vous avez parfaitement raison. Telle est bien la question que je ne cesse de me poser, de nous poser: qu'est-ce qu'être chrétien? Je n'ai pas le privilège de connaître la réponse, mais je trouve
du bonheur à partager les quelques pistes que me semblent fécondes. Elles ne m'appartiennent pas, je ne les ai pas inventées, elles sont un bien commun.


Amicalement.


D.E.



Présentation

  • : Le blog de Desiderius Erasme
  • Le blog de Desiderius Erasme
  • : Lire la Bible sans mourir idiot, intégriste ou ayatollah de la laïcité. Avec de l'humour, de l'esprit, de la curiosité, et sans préjugés...
  • Contact

Profil

  • Desiderius Erasme
  • La liberté de l'Evangile est la plus belle chose que l'on puisse partager. Elle est à la fois critique et aimante, source de joie et soutien dans l'épreuve. Elle invite à toujours plus d'humanité...
  • La liberté de l'Evangile est la plus belle chose que l'on puisse partager. Elle est à la fois critique et aimante, source de joie et soutien dans l'épreuve. Elle invite à toujours plus d'humanité...

Liens