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12 décembre 2010 7 12 /12 /décembre /2010 08:14

Mon cher Thomas

Une de mes amies, avec laquelle je me sens pourtant en communion profonde, me disait dernièrement qu’elle ne croyait pas en Dieu. Je ne me suis pas empressé de lui dire qu’elle faisait fausse route. Il me semble en effet que j’ai toutes les raisons de ne pas croire, moi aussi, au Dieu qu’elle rejette. Elle ne veut pas d’une idole, moi non plus. Elle ne veut pas d’un Dieu qui minimise l’homme, moi non plus. Elle ne veut pas d’un Dieu qui soit une manière de fuir la réalité du monde, moi non plus. Elle ne veut pas d’un Dieu qui soit une pseudo-réponse aux questions vertigineuses qui se posent à l’humanité, moi non plus. Et je pourrais continuer longtemps comme cela.

La vérité, c’est que comme Jésus qui est né juif, je pense que Dieu échappe à toutes les descriptions que nous pouvons en donner, c’est pourquoi son nom est imprononçable. Le premier mot que la Bible emploie pour le désigner, elohim, est au pluriel. Et pourtant, la grande affirmation de la Bible, c’est qu’il est l’Unique. C’est une manière très simple de nous prévenir qu’il n’est pas possible d’en parler comme d’une évidence.

Le monde contemporain, entend-on dire, parmi les chrétiens ne se pose plus la question de Dieu. Il serait devenu indifférent. Il me semble tout d’abord que les femmes et les hommes d’aujourd’hui font crûment le constat de la non-évidence de Dieu. Il est vrai que les connaissances scientifiques dont nous disposons sont immenses, par rapport à celles de nos prédécesseurs, il y a seulement quatre cents ans – c’est très peu temps, quatre cents ans, au regard de l’histoire de l’humanité – et qu’elles progressent à une vitesse exponentielle. Là où « Dieu » était jadis utilisé à pallier un manque de connaissance, il est aujourd’hui inutile, et même suspect. Notre génération ne peut pas ignorer ce que fut l’obscurantisme, et elle s’en méfie légitimement. Tu me diras, cher Thomas, que ces connaissances grandissantes dévoilent chaque jour un abîme toujours plus grand d’inconnaissance. Tu as raison, mais plus personne ne peut censément donner à cette inconnaissance le nom de Dieu.

De surcroît, cette connaissance scientifique nous dote d’une technique de plus en plus performante. Nous sommes aujourd’hui capables de choses inimaginables il y a seulement cent ans. Qu’il s’agisse de la puissance des armes, de la génétique, des communications, etc., les outils que nous avons à notre disposition sont toujours plus efficaces. Certes, cette efficacité pose des problèmes nouveaux, extrêmement graves et compliqués, mais il n’est pas absurde de penser que nous avons la possibilité, par le développement des connaissances et des techniques, de trouver les solutions dont nous avons besoin. Cette capacité stupéfiante fait de l’homme presque un Dieu. L’homme peut certes devenir sa propre idole, mais prenons garde à ce que nous disons ainsi : ce que la Bible dénonce dans l’idolâtrie, c’est le fait de prêter foi à des images ou des représentations qui ne parlent ni n’agissent. En ce sens, l’homme n’est jamais vraiment une idole, même s’il se laisse parfois fasciner par lui-même. Ce qui est sûr en revanche, c’est que cette capacité scientifique et technique met en question une conception magique ou idolâtrique de Dieu. Nos contemporains ne peuvent pas croire à un Dieu surplombant qui, comme les idoles de naguère, se substituerait à leurs responsabilités qui sont immenses. Or c’est souvent ainsi qu’ils perçoivent Dieu. Je comprends parfaitement qu’ils ne veuillent pas d’un tel Dieu.

Est-ce pour autant que le « vrai Dieu » n’existe pas ? Pour ma part, je ne pense pas que l’accroissement de nos connaissances et de notre puissance remette en cause son existence ; en revanche cela en bouscule la définition et déplace notre manière d’en parler. Il me semble même que la révélation biblique et la foi en Jésus Christ sont à la source de cet ébranlement. Je suis convaincu que la revendication d’autonomie de l’homme naît du fait que la Bible et l’Évangile conduisent à la déconstruction des idoles et de la religion, comme l’ont, par exemple, fort bien expliqué, chacun à leur manière, les philosophes Marcel Gauchet et Jean-Luc Nancy.

La situation m’apparaît comme la suivante : Dieu existe, sans doute, mais nous ne pouvons pas en parler comme on en parlait naguère. Ne sommes-nous pas revenus à une situation telle que cette parole que l’on lit dans l’Évangile, « Dieu nul ne l’a jamais vu », est plus d’actualité que jamais ? Nous faisons trop souvent comme si nous pouvions le voir, comme si nous pouvions l’entendre comme nous entendons notre voisin de palier ou notre collègue de travail… Ce faisant, nous décrédibilisons notre parole sur Dieu ! Comme tu le sais, cette phrase, tirée du Prologue de l’évangile de Jean a une suite : « Dieu nul ne l’a jamais vu, mais le Fils unique qui est dans le sein du Père, nous l’a révélé ». On retrouve cette affirmation, exprimée différemment aussi bien dans l’évangile de Matthieu que dans celui de Luc. N’allons pas trop vite à l’idée que nous possédons comme chrétien la connaissance de Dieu, et que nous pourrions la déployer. Ce serait le meilleur moyen de revenir à un discours logomachique qui ne parlerait à personne. Il me semble plus raisonnable d’en conclure que pour permettre aux hommes d’accéder à la connaissance de Dieu, il faut revenir vers « le Fils unique », c'est-à-dire à la personne de Jésus.

La question est donc finalement la suivante : comment pouvons-nous parler de Jésus, sans l’assimiler à ce Dieu idole dont nos contemporains ne veulent pas, à juste titre ? Il faut, me semble-t-il commencer par en revenir à l’homme, au Juif de Nazareth.

C’est tout un programme, cher Thomas, et ma lettre est déjà longue. Tu ne m’en voudras pas de ne pas ouvrir aujourd’hui un nouveau chapitre. Il y a là déjà de quoi réfléchir, non ?

Toutes mes amitiés.

Desiderius Erasme

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Published by Desiderius Erasme
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commentaires

Yves Le Touzé 13/12/2010 22:49


Cher Desiderius, faut-il renoncer à appeler Dieu par son nom? Un passage de ton dernier blog, au troisième paragraphe, me frappe particulièrement: "Les femmes et les hommes d'aujourd'hui" (que le
discours chrétien taxe d'indifférence religieuse) "font crûment le constat de la non-évidence de Dieu". La question qui se pose, devant cette négation d'un dieu possédé par l'homme, est ^à mon sens
de savoir à quoi aspirent, en profondeur, les femmes et les hommes d'aujourd'hui. Un de mes frères me fait part d'une expression qui a jailli lors d'une rencontre récente d'un groupe de chrétiens
en recherche avec un théologien: nous sommes, face à Dieu, dans "une inconnaissance animée d'un désir". Dans cette formule, c'est le "désir" qui est important, car il place la recherche de Dieu sur
un tout autre plan que les discussions métaphysiques sur son existence, celui d'une rencontre existentielle avec un Autre, vivant et aimant l'homme, et attendant d'être aimé en retour par un homme
qui assume pleinement sa liberté en construisant le monde.
Ceci ouvre un nouveau chapître, comme le promet ton blog, car tout se récapitule dans le Christ, mais je ne te suis pas tout-à-fait dans la conclusion de l'avant-dernier paragraphe. A bientôt, bien
amicalement.


Desiderius Erasme 14/12/2010 00:13



Cher Yves,


je te rejoins parfaitement, lorsque tu évoques le désir. Bien sûr. Cependant, si nous voulons ne pas confondre le désir et le fantasme, il me semble que nous devons nous efforcer de rester dans
le tangible, partir du réel que nous habitons. Les chrétiens ont si facilement tendance à ne pas vouloir confronter leur foi à ce qui est tangible, en oubliant par là-même l'incarnation. C'est
pour cela que je terminais mon avant-dernier paragraphe en proposant de revenir à l'homme Jésus, le juif de Nazareth. S'ils n'avait pas oublié ce juif-là, ils auraient sans doute été moins
antisémites, par exemple...


Par ailleurs, la non-évidence n'est pas la négation. Souvent, le refus de cette non évidence conduit directement à l'idolâtrie ou à la niaiserie, et finalement à la défiguration de Dieu lui-même.
Nous oublions souvent que comme le raconte l'épisode de la lutte de Jacob dans la nuit, au gué du Yabbok, la connaissance de Dieu est un combat nocturne.


Tout mes amitiés.


Desiderius



otschapovski danièle 13/12/2010 17:14


je répond ici à jean Jacques , si les nouvelles technologies sont un frein à la vie contemplative même pour l'école
QUE FAISIONS NOUS lorsque nous étions jeunes, moi pour ma part nous étions en groupe soit à la chorale ;soit en groupe dans des voyages , bon je suis plus âgée , et pas une sainte" catholique mais
pas sainte ", mais la vie sans tabous n'est pas la vie


jean jacques Ganghofer 12/12/2010 20:20


Vivre avec Dieu nécessite un certain silence ( afin d'être à son écoute, mais aussi à notre écoute )
Les nouvelles technologies constituent pas un frein à la vie contempative , dans la mesure où nous les utilisons, et que nous ne sommes pas utilisés par elles.


otschapovski danièle 12/12/2010 17:29


Je voudrais ajouter un petit commentaire au sujet de Jésus"
qui est mon idéal mais tout le monde n'est pas comme moi
rien n'a pu jusqu'à présent me convaincre qu'il n'était pas le fils de Dieu, ce Dieu comme je l'entends "maître de l'univers"
Nous donner cet amour , au point de donner sa vie pour nous , car il savait en entrant dans Jérusalem le sort qui l'attendait et comme il savait que personne ne le soutiendrait "au chant du coq ,
Pierre tu m'auras renié trois fois "
mais nous sommes à la veille de sa naissance et je voudrais ajouter une phrase de françois Mitterand
""""Sous le temps des romains ", l'homme est un loup pour l'homme"
Le christianisme intervint, et fit que l'homme devint un frère, "un ami" ceci à fait son chemin depuis 2000ans

il me faut encore ajouter l'avis d'un spécialiste des loups qui disait que l'erreur dans cette phrase c'était de prendre le loup en exemple car il est beaucoup moins cruel que l'homme


otschapovski danièle 12/12/2010 10:13


La science se sert de la poussière de Dieu pour transmettre la connaissance
Le "bing bang" n'a pu avoir lieu sans une impulsion Divine
en exemple , vous mettez 1 litre d'eau vous y ajoutez de l'huile si vous n'avez pas un ""intervenant""" pour mélanger les deux substances l'huile restera à la surface

Bien certainement je ne dis pas que toutes ces horreurs qui se passent ne motivent pas les gens de penser que rien n'existe.
Ceci me rappelle les écrits d'un Rabbin qui plaisantait en disant que la terre fut créée par Yahweh dans un moment d'inattention """c'est à dire Dieu s'étant tourné un vide s'est créé ce vide c'est
""nous"" (lu dans la Kabbale)


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