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16 août 2010 1 16 /08 /août /2010 08:11

 

 

 

Du découragement à la foi

 

Ézéchiel 24, 15-24, Matthieu 19, 16-22

Disons-le franchement, il y a des jours où en lisant les textes de la liturgie on se demande si Dieu tient vraiment à se faire des amis ! Perdre la femme que l’on aime et vendre tous ses biens, pour donner le produit de la vente aux pauvres, voilà un programme singulièrement austère. Qui donc est Dieu pour nous puissions désirer le connaître à ce prix ?

Ézéchiel se voit même enjoint de ne pas prendre le deuil, de faire comme si de rien n’était ! Et il obtempère sans sourciller. L’interlocuteur de Jésus qui voulait savoir ce qu’il devait faire de bon pour avoir la vie éternelle, et qui semble suivre attentivement la Loi, cale, quant à lui. Jésus ne lui en fera pas reproche… La seule force de sa volonté ne suffit pas pour cela. Ne nous laissons pas trop vite aller à accabler ce « jeune homme riche » en raison de son amour de la richesse. Aurait-on reproché à Ézéchiel d’aimer la beauté de celle qui faisait « la joie de ses yeux » ?

En réalité ce qui différencie Ézéchiel et le jeune homme, c’est que le premier a été appelé, saisi par Dieu lui-même, tandis que le second est encore dans une démarche volontariste qui touche sa limite et rencontre le découragement. C’est la connaissance intime de Dieu qui soutient Ézéchiel, qui lui permet de voir un sens là où la raison humaine ordinaire ne voit qu’un non sens, qui lui permet surtout d’être dans une attitude de remise totale de sa vie à celui qui est la vie même.

Le jeune homme est dans cette attitude si fréquente chez les chrétiens de vouloir faire son salut par lui-même. J’ai le souvenir d’une conversation avec Dom André Louf, qui nous a quittés à la mi juillet : il m’expliquait que le christianisme n’en avait pas finit avec la tentation du pélagianisme, qui est cette idée que nous pouvons faire notre salut à force de volonté. C’est une manière subtile de donner congé à Dieu, sous les apparences d’une conduite pieuse et sainte. Dom Louf me disait que la vie chrétienne ne peut faire l’économie de ces points d’effondrements où l’homme découvre qu’il n’en peut plus s’il n’est pas sauvé par Dieu. Ces moments où nous rendons les armes sont ceux où nous pouvons alors éprouver la grandeur et surtout la tendresse de Dieu.

Le plus grand mystère est que Dieu est lui-même à l’origine de ces effondrements, comme le dit bien le texte d’Ézéchiel. Ce n’est pas tant une sanction contre notre péché, et sûrement pas la vengeance d’un Père jaloux, mais un moyen de nous faire éprouver sa présence aimante, lorsque se dresse entre lui et nous un mur d’opacité qui ne nous permet plus de le reconnaître.

Incommensurable

Alors, peut-être pouvons-nous retourner le sens de notre interrogation initiale. Nous nous demandions : « Qui donc est Dieu pour que nous puissions désirer le connaître à ce prix ? ». La          question portait sur la « hauteur » du prix. N’est-ce pas trop cher payé ? C’est la conclusion du jeune homme. Mais nous pouvons nous dire que la hauteur du prix, incommensurable – quel est le prix de « la joie de mes yeux » ? quel est le prix de tous mes biens ? – nous révèle en miroir la grandeur incommensurable de celui qui nous appelle.

C’est ce que disait André Louf dans un entretien à La Croix en 2005 : «J’étais à genoux dans les stalles de l’abbatiale quand j’ai compris comme une évidence l’amour infini de Dieu pour moi. Ce fut une expérience bouleversante, comme si Dieu avait voulu me montrer son vrai visage. Jusque-là, il faut bien le dire, j'avais une image de Dieu un peu abstraite, marquée par l'approche activiste et volontariste qui était alors celle de la majorité des chrétiens.  À partir de ce jour-là, j’ai compris que Dieu dépasse infiniment ce que l’on peut dire de lui. »

D.E.

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Published by Desiderius Erasme
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