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28 juillet 2010 3 28 /07 /juillet /2010 09:51

Le paradoxe de Jérémie

Jérémie 15, 10. 16-21 ; Matthieu 13, 44-46

Rarement le contraste entre les deux textes proposés par la liturgie n’est aussi fort. La lecture du livre de Jérémie nous montre le sort peu enviable du prophète, le débat intérieur qui l’agite et l’adversité qu’il rencontre, tandis que l’évangile de Matthieu nous présente le Royaume des cieux comme infiniment désirable. Mais comment peut-il l’être, si le sort du serviteur du Seigneur est aussi ingrat ?

Jérémie le proclame, sa découverte de Dieu fut un vrai bonheur : « Quand je rencontrais tes paroles, Seigneur, je les dévorais ; elles faisaient ma joie, les délices de mon cœur… »

C’est bien pour une telle joie, pour un tel bonheur que nous pouvons décider de « tout vendre » pour l’acquérir, comme le dit la parabole de l’homme qui avait trouvé un trésor caché dans un champ. Pour une telle joie, nous pouvons concevoir de renoncer à des choses auxquelles nous sommes attachés, mais qui se révèlent de moindre valeur, de plus faible portée, à des choses dont nous sentons qu’elles ne nous apportent un bonheur ou un plaisir temporaire, une assurance ou un confort passager…

Mais que dire, si la joie en question se révèle éphémère ? Que dire si la présence de Dieu apparait « comme un ruisseau décevant, aux eaux intermittentes » ? Et pour parler vrai, n’est-ce pas, pour la plupart d’entre nous la réalité ? Certes, notre foi est ou a été parfois l’occasion de grand sentiment de bonheur, mais n’est-elle pas souvent marquée par l’aridité, le doute, l’adversité ? N’éprouvons-nous pas, comme Jérémie, sinon de la déception, au moins du désappointement ?

Ce n’est pas Jérémie qui répond à ces questions paradoxales, mais Dieu qui répond à Jérémie, en l’invitant à distinguer « ce qui est précieux de ce qui est méprisable ». Dieu ne contredit pas Jérémie. Il ne prétend pas que l’épreuve que traverse le prophète n’existe pas. Il lui demande de « séparer », de ne pas confondre Sa présence, qui ne se dément pas, et l’épreuve qu’il traverse… Il lui suggère de s’appuyer sur Sa fidélité, pour découvrir une communion plus forte : « Tu seras comme ma propre bouche… »

Que dire alors ? On peut considérer que ce conseil relève de la méthode Coué… Que c’est une manière de tenter de se convaincre soi-même que l’on peut traverser l’épreuve ou même l’ignorer. Mais on peut aussi voir que Jérémie – qui connaîtra jusqu’à la fin de sa vie cette adversité, qui ne verra pas, avant sa mort, les fruits de son service – annonce, par son existence même, ce qui sera le destin de Jésus, qui ne retiendra rien de sa vie…

Croire en la résurrection

Cette foi nous convoque alors jusqu’à la question de la résurrection. Le Dieu que nous connaissons est-il bien, comme l’affirme Jésus, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu des vivants et non celui des morts ? Croyons-nous que non seulement, comme le dit la sœur de Lazare, il nous « ressuscitera au dernier jour », mais qu’il est en nous aujourd’hui puissance de résurrection, là même où, pour reprendre l’expression du psalmiste, nous traversons « les ravins de la mort ».

Reconnaissons-le humblement, cette foi est difficile à vivre et à confesser. Nous la vivons souvent, comme l’ont vécu les apôtres, en disant « Seigneur, à qui irions-nous ? » Nous gouttons l’amertume du jour, sans qu’elle ne disparaisse. Mais le Christ n’a pas vaincu la mort en y échappant… Demandons alors simplement la grâce d’être fidèle. Alors nous goûterons un bonheur plus grand encore que celui qui nous a conduit à vendre ce qui n’avait qu’un moindre prix.

D.E.

 

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Published by Desiderius Erasme
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