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7 octobre 2010 4 07 /10 /octobre /2010 10:07

Jonah and the whale, par Louis Armstrong. Un autre conte...

De la manière de lire

Actes 1, 12-14 ; Luc 1, 26-38

L’Église célèbre aujourd’hui « Notre-Dame du Rosaire », une fête somme toute récente, puisqu’elle fut instaurée à la fin du xvie siècle, pour inviter les fidèles à méditer les « mystères », mais aussi pour se souvenir de la victoire de Lepante, lorsque la « Sainte Ligue » l’emporta, sur mer, contre les Ottomans, le 7 octobre 1571… Comme quoi, derrière des motifs spirituels se trouvent parfois des objectifs politiques, qui laissent des traces dont nous n’avons pas toujours conscience.

La méditation des « mystères » a été incontestablement un outil de transmission de la foi. Une forme de catéchisme spirituel en résumé.  Avec sans doute un inconvénient : celui de fixer des images parfois détachées de la fréquentation du texte évangélique lui-même, avec le risque de ne plus faire attention aux genres littéraires différents qui portent les différents « mystères »

Si l’on s’arrête sur le texte de Luc que la liturgie nous propose pour cette fête, on peut s’interroger sur son genre littéraire. Il ressemble, à quelques égards, au livre de Tobie,où un autre ange, Raphaël, veille sur les destinées d’une famille, et notamment sur le mariage de Tobie et Sarah… Aucun lecteur sérieux de la Bible ne prendrait cette histoire pour une vérité historique : il s’agit d’un conte  « théologique » et moral, qui nous enseigne des choses importantes du rapport de l’homme à Dieu, à la justice, à l’amour, à la vérité et aux autres hommes… La fiction a pour effet de donner une « image » du vrai, pour aider à le percevoir et à le comprendre, tout en sachant que ce n’est qu’une image !

De toute évidence, Luc, quand il écrit cette partie de son évangile, s’inscrit dans cette veine. Évidemment, les choses sont un peu plus complexes, parce que Marie n’est pas un personnage de fiction. Néanmoins, cela n’empêche pas que pour parler d’elle et de son rapport à Dieu, Luc utilise ici des ressources littéraires fictionnelles – courantes à son époque, et qui le resteront, au moins jusqu’à la Renaissance, sinon jusqu’au xixe siècle et son obsession scientiste, …

Cela a pour conséquence que lorsque nous lisons ce texte, il nous faut le considérer pour ce qu’il est, et y chercher d’abord le contenu théologique, sans le prendre pour un récit « journalistique » ou strictement historique. D’ailleurs la scène n’a pas eu de témoins. L’argument selon lequel Marie aurait raconté la scène est non seulement invérifiable, mais peu plausible, car on sent trop le travail littéraire dans les propos prêtés aux personnages. S’il y a une scène originelle derrière ce récit, il faut bien admettre que nous n’y avons pas accès.

Le choix de la foi

Cela ne nous empêche pas de méditer sur le désir de Dieu de faire grâce (« comblée de grâce » renvoie au nom du Baptiste : Yohanan, qui signifie « Dieu fait grâce ». Le jeu littéraire est évident. Ni non plus de méditer sur la disponibilité de Marie à l’œuvre de l’Esprit. Mais là encore, prenons garde à notre manière de lire. L’Esprit reste l’Esprit et ne l’imaginons pas se substituant au mâle… Il nous est simplement dit que dans la conception d’un enfant, acte éminemment charnel dont il n’est absolument pas précisé qu’il « s’évapore » disparait, Dieu engage sa puissance, et prend tout « sous son ombre », sous sa responsabilité. Une fois de plus, il nous faut admettre que nous n’avons tout simplement pas accès à ce qui se passe « concrètement », et nous devons donc  nous garder d’en conclure quoi que ce soit.

Ce qui nous reste, au fond, devant ce texte, c’est le choix de la foi. Non pas pour dire cela s’est passé comme ceci ou cela, mais pour considérer à notre tour que Dieu nous propose de placer notre vie « sous son ombre », dans le mouvement de son Esprit… A chacun de découvrir de quoi il en retourne alors. A chacun de voir comment ce « conte » n’est pas à dormir debout.

D.E.

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Published by Desiderius Erasme
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