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15 janvier 2010 5 15 /01 /janvier /2010 10:03

Comment entendre une parole neuve ?

Un aveu, pour commencer. Quand j’ai lu ce matin le texte d’évangile que nous propose la liturgie, j’ai soupiré. La guérison du paralytique de Capharnaüm… Tout n’a-t-il pas été dit sur ce texte ? Faut-il encore l’entendre et le rabâcher ? Oui, on a envie de passer, de tourner la page, d’aller voir plus loin, car on se dit qu’un texte pareil ne peut plus nous surprendre, que nous savons tous ce qu’il faut en penser.

N’est-ce pas une expérience que nous faisons couramment, face à la Parole de Dieu ?

Pourtant la liturgie insiste. Le texte est là. C’est bien celui-là qu’il faut se coltiner. Pas moyen d’y échapper.

A dire vrai, il n’est pas mauvais que nous réagissions ainsi. Inutile de ressasser des commentaires dont nous ne percevons plus la saveur – ce qui ne veut pas dire qu’ils étaient nuls – nous ne ferions que les affadir davantage. C’est l’Esprit en nous qui nous dit que nous désirons autre chose. Mais quoi ?

Sans doute avons-nous d’abord besoin de nous exposer à cette Parole, sans la recouvrir de ce qui nous a été dit sur elle. Accepter, dans un premier temps de ne pas savoir qu’en penser. La laisser nous pénétrer sans que nous ne la maîtrisions.  Nous laisser emmener dans le brouillard, et croire qu’elle fera son œuvre par elle-même. Patience et humilité.

Dans un moment pareil, nous sommes comme ces aveugles qui se postaient sur le chemin de Jésus, en espérant que le rabbi de Nazareth les verrait et les guérirait.

 Ou bien nous faisons comme si nous voyons… et alors nous sommes comme ces pharisiens à qui Jésus reproche leur aveuglement volontaire en leur lançant : « Vous dites nous voyons, alors votre péché demeure. » Ou bien nous supplions la Parole de nous éclairer. Et elle ne tardera pas à le faire.

Insistons donc, comme la liturgie insiste.

Une parole inouïe

Quel rapport avec l’histoire du paralytique ? Il y en a un. Que dit Jésus à cet homme qu’on présente devant lui, avec insistance, puisqu’il a fallu franchir bien des obstacles pour parvenir jusqu’au Maître ? On espérait qu’il le guérisse de sa maladie, et voici que Jésus, voyant la foi de ses compagnons, lui dit tout autre chose. « Mon enfant, tes péchés sont pardonnés ! » Ce qui suscite une controverse avec les scribes venus voir qui est ce Jésus qui attire à lui les foules. Ne disons pas trop vite que Jésus a voulu provoquer les scribes… Non, Jésus a d’abord voulu offrir au paralytique la miséricorde de Dieu. Ne pensons pas qu’il se serve du malheur d’un homme pour marquer des points contre des adversaires.           

En commençant par cette parole surprenante, inattendue, et pour tout dire inouïe – c’est pour cela que les scribes s’interrogent, car personne n’a jamais osé dire cela – Jésus manifeste la nature profonde du salut qu’il vient apporter. Il sauve non pas en apportant des solutions toutes faites aux difficultés de la condition humaine – ce qui dénierait à l’homme sa liberté –, mais en manifestant que l’amour de Dieu est plus fort que les infidélités des hommes à l’Alliance. Dieu ne cesse de permettre à l’homme d’être pleinement homme, d’être homme créé à Son image et à sa ressemblance, en dépit de tous les obstacles que l’homme met lui-même à cet accomplissement.

La guérison n’est que la suite de cet acte fondamental posé par Jésus au nom du Père. Comme il est dès lors naturel que l’homme soit debout et puisse aller de l’avant. « Lève toi et marche… », c’est à peu près ce qu’entend Abraham, quand Dieu l’invite à quitter son pays. L’homme rétabli dans sa relation avec Dieu, peut se mettre en route et découvrir qui il est. Il peut prendre en main son destin personnel et collectif, devenir collaborateur du Créateur dans l’achèvement du monde.

Lorsque nous sommes devant la Parole avec le sentiment de nous pouvoir l’entendre d’une manière neuve, nous sommes comme ce paralytique, incapable d’avancer. Et il n’y a qu’une seule chose à faire, reconnaître notre impuissance, notre opacité, pour pouvoir éprouver le désir de retrouver une dynamique, une clarté que nous ne pouvons nous donner nous-mêmes. Il nous faut simplement laisser naître en nous le désir que Dieu s’approche pour ouvrir notre cœur et notre intelligence à sa parole. Soyons sûr qu’il ne tardera pas.

D.E.

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Published by Desiderius Erasme
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