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15 juillet 2010 4 15 /07 /juillet /2010 09:03

La résurrection commence aujourd’hui

Isaïe 26, 7-9. 12. 16-19 ; Matthieu 11, 28-30

« Nous rappeler ton nom, voilà tout notre désir. » Peut-on dire plus intensément qu’Isaïe ce qui nous lie à Dieu ? Mais reconnaissons-nous, en nous-mêmes, la présence de ce désir ? Il semblerait plutôt que nous sommes habités par bien d’autres mouvements intérieurs que celui-là. Notez qu’Isaïe ne dit pas « Nous rappeler Dieu… », mais « Nous rappeler ton nom… » Il y a déjà ce tutoiement, cette familiarité qui indique une proximité que le mot Dieu ignore ou gomme. Et surtout, Isaïe évoque le nom. Mais ce nom est imprononçable, parce qu’aucune prononciation ne saurait en traduire la plénitude, l’accomplissement. Ce nom est imprononçable, parce qu’il est par essence dépassement. Liberté fondamentale, liberté créatrice.

Voilà notre désir : tendre vers cette liberté-là, y accéder. Oui, nous pouvons dire, en vérité, que c’est bien ce qui nous habite au plus profond. Toute la prière d’Isaïe est là. Car ce nom, lorsqu’il demeure en nous, nous ouvre à la liberté, au mouvement. Il vient faire craquer les déterminations dans lesquelles nous sommes enfermés, il vient déborder les limites qui nous entravent.

De fait, comme le souligne le prophète, « nous n’apportons pas le salut[1] à la terre », c'est-à-dire nous ne sommes pas Dieu. Mais Dieu, lui, «  accomplit pour nous ce que nous entreprenons ». Il s’invite dans nos entreprises et les vivifie, pour peu que nous y consentions. C’est ainsi que si « le chemin du juste va tout droit », c’est parce que « toi qui es droit Seigneur, tu aplanis le chemin du juste. »

Nous rappeler ce nom qui déborde, qui libère, qui accomplit, autrement dit faire droit en nous au désir de liberté, de développement, d’accomplissement, c’est sortir de la mort, de sa fatalité et de ses logiques. D’où ce cri du prophète : « Tes morts revivront, leurs cadavres ressusciteront. Réveillez-vous, criez de joie, vous qui demeurez dans la poussière… »

Nous trouvons là (dans un texte référé au xviiie siècle avant le Christ !) une expression de la foi en la résurrection. Or cette résurrection que proclame Isaïe n’est en fait que l’apothéose ou l’apocalypse du désir qui nous habite. Ce désir de voir notre être conduit à une plénitude qui nous permet de ne plus être enfermé dans les limites que nous nous connaissons ou, plus dramatique encore, que nous nous assignons personnellement ou mutuellement.

Tentation

Jésus nous parle quant à lui de repos, de douceur et de légèreté. Rappelons-nous son nom : « Dieu sauve ». Voilà qui n’est pas sans rapport avec le propos d’Isaïe. S’il parle ainsi de repos, c’est pour nous dire que notre désir le plus profond est accessible. En effet, lorsque nous avons compris que nous ne sommes pas faits pour rester enserrés dans la fatalité des limites humaines, il est naturel de se mobiliser pour les franchir ou les briser. Il est alors tentant de vouloir se sauver soi-même, et d’oublier que ce désir, c’est Dieu lui-même qui vient l’accomplir et le satisfaire. Voilà le repos, la douceur et la légèreté. Voilà l’humilité de celui qui ne nous impose pas ses projets en guise de satisfaction de notre désir, sur le mode « moi, je sais ce qu’il te faut » (qui est souvent le nôtre à l’égard des autres), mais qui vient dans nos pas…

 « Qu’il se sauve lui-même ! » entendra Jésus, lorsqu’il sera crucifié. C’est bien l’ultime tentation qu’il repousse jusque dans le sentiment de l’abandon absolu. C’est à cette même tentation que nous sommes soumis, et que si souvent nous succombons… Au risque du désespoir, souvent, parce que très vite, nos limites se rappellent violemment à nous.

Il nous faut donc à la fois vivre dans le désir du dépassement – et ne pas y renoncer – et laisser Dieu nous conduire sur le chemin qui satisfait ce désir. « Ce que vous demandez, croyez que nous l’avez déjà », dit encore Jésus. Vivons en croyant que la résurrection s’opère dès aujourd’hui.

D.E.



[1][1] La bible Bayard traduit joliment « la délivrance », évoquant ainsi l’enfantement.

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Published by Desiderius Erasme
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