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27 octobre 2010 3 27 /10 /octobre /2010 17:07

Cantate de Buxetehude, interprétée par Henri Ledroit 

… avec l’aide de l’homme et de la femme !

 Luc  13, 18-21

La fameuse comparaison du « levain dans la pâte », qui a fait couler tant d’encre et donné lieu à tant de discussions, la liturgie nous la proposait hier, permettez-moi d’y consacrer exceptionnellement ma méditation d’aujourd’hui. Vous vous souvenez : autour d’elle se sont opposés les partisans d’une Église discrète, humble, disposée à se fondre dans la pâte humaine comme le levain, et ceux qui soutiennent qu’il est temps de sortir de cette « impasse » et de revenir à des formes de présence visibles et efficaces.

En réalité, ces deux thèses opèrent l’une et l’autre un glissement, me semble-t-il, par rapport à la parole de Jésus. Celui-ci proposait-il une « stratégie d’évangélisation » ? Pas du tout. Si l’on veut à tout prix en chercher une dans l’évangile, il vaut mieux regarder  du côté des envois en mission. Ce dont Jésus parle ici, ce n’est pas de l’Église, mais du « Royaume [ou du Règne] de Dieu ». Si l’un n’est pas sans rapport avec l’autre, les deux ne se confondent pas. Restons en donc au Règne ou au Royaume.

Ce qui frappe dans cette comparaison, c’est la disproportion. Du levain, une petite quantité. Trois mesures de farines, non  pas trois cuillères, mais trois fois quinze litres, si l’on respecte le sens du mot utilisé par Luc en grec ! La femme de la parabole ne fait pas du pain pour son mari et ses enfants, mais pour toute une collectivité… Pour tout un monde, en somme.

Qu’il s’agisse de la graine de moutarde, ou de la poignée de levain, ce que nous apprennent mes deux comparaisons utilisées par Jésus, c’est que le règne de Dieu, c’est quelque chose de presque invisible qui transforme le monde. La graine devient un arbre où les oiseaux « ont fait leur nid ». Le levain fait lever « le tout ». Ce n’est pas une stratégie que décrit Jésus, mais un fait : à la quasi-invisibilité du Royaume répond une œuvre bénéfique et manifeste sans commune mesure avec cette invisibilité. Et de fait, le Royaume de Dieu dans son principe de fécondité, nous est pratiquement invisible. Mais ne pensons pas pour autant que nous ne pouvons pas en voir les effets immenses. Mais sans doute faut-il que nous apprenions à les considérer pour ce qu’ils sont : l’œuvre du Règne invisible de Dieu.

Transmettre

Ce qui est visible, ce sont les artisans de ce passage. Ici les deux comparaisons sont conjointes. La première met en scène un homme, la seconde une femme. Hommes et femmes (l’humanité au complet, et pas seulement une moitié !) sont nécessaires pour que l’œuvre de Dieu s’accomplisse. Le geste est modeste : semer, enfouir. Déposer. Transmettre. Mais la croissance de ce qui est transmis n’appartient pas à l’homme ni à la femme, elle relève du principe du Règne. Mais sans eux, sans leur participation, il n’y a ni l’arbre protecteur, ni le pain en abondance… Sans eux, le règne est impuissant !

Qui veut bien se mettre au service du Royaume en semant, en enfouissant, en transmettant quelque chose de presque imperceptible, sans proportion avec les résultats attendus, en croyant cependant que la croissance suivra ? On est évidemment aux antipodes d’une « stratégie », mais dans l’ordre non seulement de la foi, mais de l’observation de la manière dont la vie se développe effectivement, à partir de presque rien…

D.E.

PS. Pour plus de détail, voir Roland Meynet, L’Évangile de Luc, Lethielleux.

 

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Published by Desiderius Erasme
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