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27 janvier 2010 3 27 /01 /janvier /2010 08:47

Dieu n’habite pas les demeures où l’on voudrait le contenir

(2 S 7,1-17 ; Mc 4,1-20)

Nous retrouvons David au moment où il a conquis Jérusalem qui va devenir la capitale du royaume d’Israël. Fort logiquement, David veut honorer Dieu. Ne lui doit-il pas son ascension et ses succès ? Puisque la présence de Dieu au sein du peuple est symbolisée par l’arche d’Alliance, n’est-il pas souhaitable de dresser pour celle-ci une maison, un palais, un temple ? Dans un premier temps, Nathan, le prophète, n’y voit rien à redire. Voilà une décision qui semble ne faire de tord à personne et qui devrait contribuer à établir, dans le peuple la conscience de l’importance de la fidélité à l’Alliance.

Pourtant, Dieu s’y oppose. Pourquoi donc ? Le premier argument de Dieu, c’est en quelque sorte sa nature : « Depuis le jour où j’ai fait monter d’Égypte des fils d’Israël… j’ai été comme un voyageur, sous la tente qui était ma demeure. » Dieu est déplacement, mouvement, écart. Il ne tient pas dans une boite, dans une définition, dans une religion. Dieu se révèle en mettant en marche l’homme. C’est bien ce qui est arrivé à Abraham. C’est aussi l’expérience que fait Moïse. Et c’est en étant lui-même en marche que Dieu met l’homme en mouvement. Rappelez-vous le récit de la Genèse : dans le jardin d’Éden, ce n’est pas Adam ou Ève qui cherchent Dieu, mais l’inverse. Rappelez-vous aussi cette parole de Jésus : « Le Fils de l’homme n’a pas où reposer la tête ». Jésus ne se plaint pas de la précarité de sa situation, il affirme qu’il n’est attaché à aucun lieu !

Il nous faut méditer sur cette « nature voyageuse » de Dieu, qui vient nous déranger, parce qu’elle interdit que nous mettions la main sur lui. Dieu nous précède (c’est l’image de la marche d’Israël au désert, à la suite de la Nuée) ou nous accompagne (c’est Dieu qui marche avec Abraham), mais jamais nous ne pouvons l’assigner à résidence. Cela nous oblige à ouvrir les yeux, à tendre l’oreille pour le trouver et surtout pour le suivre… C’est une invitation permanente à l’ouverture, à l’étonnement.

Le second argument renforce le premier : Dieu dit à David qu’il ne faut pas inverser les rôles. Le bâtisseur, en l’occurrence, n’est pas David, mais Dieu. Celui qui offre à l’autre une demeure, ce n’est pas David, mais Dieu. Celui qui a établi David à la tête du Royaume, c’est bien Dieu, et celui qui veillera sur la descendance de David, c’est encore Dieu…

Il y a donc une tentation : celle de perdre de vue l’origine, pour finir par idolâtrer le Temple et considérer celui qui le construit ou le « gère » pour le Maître.

En définitive, Dieu impose à David, le fidèle par excellence, une sorte d’exercice spirituel, un jeûne « religieux », pour inscrire en lui, et dans l’histoire d’Israël cette conscience que l’ordre religieux, l’ordre du Temple, n’est pas exactement celui de Dieu, quand bien même la religion se propose de servir Dieu… Il reste une distance, un écart : l’être même de Dieu, qui suscite en nous et pour nous, une permanente déstabilisation, une fondatrice incertitude.

Un étrange semeur

Cette incertitude, nous la trouvons au cœur du passage de l’évangile de Marc que nous propose la liturgie. La « parabole du semeur », nous la connaissons pas cœur, et comme il nous en est donné l’interprétation, il semble que nous puissions être surpris. Pourtant, deux questions s’imposent. La première est l’attitude de cet étrange « semeur ». S’il connaît bien son terrain, pourquoi gaspille-t-il du grain aussi largement, en « arrosant » le chemin, le sol pierreux, les ronciers… Pourquoi ne se contente-t-il pas d’ensemencer la terre « productive » ? Cela signifie que ce n’est qu’a posteriori que se révèle l’aptitude à la fécondité, et cela devrait nous inciter à nous garder de tout jugement préalable sur le monde et sa « surdité spirituelle » ou son « refus de la vérité »… Sans doute la disponibilité à accueillir la parole et à la mettre en pratique n’est-elle pas celle que nous présupposons. Jésus lui-même l’illustre en partageant son pain avec les pécheurs, les publicains, les prostituées… Ceux-là mêmes qui semblent être les plus étrangers à la « sainteté »…

La seconde, c’est celle de la brutalité de la prophétie (tirée d’Isaïe) : « Ils pourront bien regarder, mais ils ne verront pas, ils pourront bien écouter de toutes leurs oreilles, mais ils ne comprendront pas ; sinon ils se convertiraient et recevraient le pardon. » La traduction liturgique atténue la rigueur du texte original qui dit : « … de peur qu’ils se convertissent  et qu’il leur soit pardonné. » La prophétie d’Isaïe précise que cet endurcissement – voulu par Dieu ! – va durer jusqu’à la ruine du pays et que seule subsistera une souche, passée au feu, une « semence sainte ».

Voilà donc que Jésus, alors que les foules se pressent pour l’entendre, affirme qu’il ne sera pas entendu ! Plus encore, il semble dire que cette surdité est voulue par Dieu pour que s’opère une purification. Puisque Jésus va s’adresser aux réprouvés, à ceux que les religieux de son temps tiennent en lisière, il faut en conclure que cette purification nécessaire porte, notamment, sur notre rapport à Dieu. Il le dira aux prêtres et aux pharisiens : «  Tant que vous dites, nous voyons, votre péché demeure… »

Voilà qui nous ramène à David. Ce qu’il nous faut retrouver, c’est une attitude qui consent à ne pas saisir Dieu, mais à le laisser nous devancer ou nous accompagner.

D.E.

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Published by Desiderius Erasme
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