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27 août 2010 5 27 /08 /août /2010 08:50
Schubert La jeune fille et la mort Andante con motto

 

Quand Paul enfonce le clou de l’Évangile

1 Corinthiens 17-25 ; Matthieu 25, 1-13

En lisant le début de la première lettre aux Corinthiens, on est évidemment saisi par le discours de Paul sur la folie de la croix qui dépasse toute sagesse. Cependant on devrait commencer par être surpris par l’ouverture de ce discours : « Frères, le Christ ne m’a pas envoyé pour baptiser mais pour annoncer l’Évangile… »

Pourquoi Paul oppose-t-il le baptême et l’évangélisation ? Il a pourtant lui-même reçu le baptême à Damas, après avoir été foudroyé intérieurement alors qu’il était en route pour mener une persécution dans la ville syrienne contre les juifs devenus adeptes de la foi en Jésus ressuscité. Et le récit de la Pentecôte ne s’achève-t-il pas par une invitation au baptême ?

De fait, dans le récit que Luc fait des voyages de Paul, il est peu question du baptême, sinon pour constater qu’Apollos, quand il arrive, tout croyant qu’il est, ne connaît que le baptême de Jean, et pas le don de l’Esprit Saint. Et Paul dans le texte qui précède celui que nous lisons dit explicitement : « Je n’ai baptisé aucun d’entre vous » (à trois exceptions près).

Certes, Paul s’exprime ainsi parce qu’il y a des querelles de préséance dans la communauté, qui semblent tenir au fait d’avoir été baptisé par tel ou tel, ce qui dessinerait des clans… Mais l’essentiel n’est pas là. Ce que martèle Paul, c’est que le baptême n’a de sens qu’à partir de la Bonne Nouvelle. Il n’a de sens que lié à la croix du Christ. Il n’est qu’un signe, et il faut se garder de prendre le signe pour le don qu’il signifie. C’est une sagesse trop courte que de s’attacher au signe au risque de perdre le lien avec Jésus mort sur la croix et ressuscité.

Le signe – le baptême ou un autre – on peut s’en accommoder en l’interprétant, en se l’appropriant, alors que le langage de la croix n’est pas accommodable, par sa réalité brutale : celle de l’innocent ignominieusement mis à mort ! On peut retourner les choses dans tous les sens, cela demeure un scandale. Dans l’ordre de la rationalité efficace, dans celui de la jouissance, dans celui de la puissance, le langage de la croix confine à l’absurde et au révoltant.

Lampes inutiles

Il est indispensable que nous ne perdions pas de vue l’inconfort radical de notre foi, pour ne pas nous attacher à des « solutions » accommodantes, qu’elles soient rituelles ou matérielles, voire  philosophiques, des solutions qui pourraient nous laisser croire qu’il est possible de « tenir éloignée cette coupe ». Le salut que nous recherchons n’est pas une manière de fuir la mort qui nous effraie – c’est ainsi que l’on va à sa perte – mais la découverte qu’avec Jésus Christ, en traversant la mort, non seulement nous recevons la vie, mais surtout nous la donnons.

Ce n’est pas seulement de la « théologie ». Regardons autour de nous : bien des blocages, bien des injustices perdurent dans nos sociétés, parce que nous ne consentons pas à prendre le risque de perdre ce que nous croyons posséder, parce que nous n’osons pas prendre le risque de nous démunir pour partager. Parce que nous n’entendons pas la folie de l’Évangile.

On peut comprendre de cette façon quelle est l’huile qui manque aux vierges folles de la parabole.  Une lampe qui ne brûle pas de cette lumière ardente de la croix, de ce désir de communion à celui qui perd sa vie pour la donner à tous, est une lampe inutile dans la nuit.

D.E.

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Published by Desiderius Erasme
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