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18 janvier 2010 1 18 /01 /janvier /2010 08:53

La liberté ou l’aliénation, il faut choisir

Ce matin, à la lecture du livre de Samuel, on est en droit de se poser quelques questions. Quel est ce Dieu qui tempête contre le roi Saül et lui annonce sa future déchéance, parce qu’il n’a pas exterminé l’adversaire contre lequel il avait été envoyé ? Le seul mot d’extermination nous fait horreur. Où est donc passé le Dieu plein de tendresse et de miséricorde ?

Remontons plus haut pour comprendre : Dieu a demandé à Saül d’entrer en campagne contre Amaleq et de le réduire à néant. La raison invoquée, c’est qu’Amaleq a « barré la route à Israël, quand il montait d’Égypte ». Cela nous ramène au livre de l’Exode, qui raconte, non pas d’une manière historique, mais légendaire, la constitution d’Israël comme peuple de l’Alliance. Amaleq figure avant tout ce qui s’oppose à l’accès du peuple à la dignité et la responsabilité que confère la liberté et l’amour de Dieu. Amaleq symbolise l’aliénation. C’est pourquoi on lit ceci, au chapitre 17 du livre de l’Exode : « J’effacerai la mémoire d’Amaleq. Je l’effacerai de sous le ciel » (v. 14) et « Puisqu’une main s’est levée contre le trône du Seigneur, c’est la guerre entre le Seigneur et Amaleq d’âge en âge ». Quant à la « bataille » entre Amaleq et Israël, elle donne lieu à cette scène où l’on soutient les mains de Moïse, car Israël ne l’emporte que lorsque Moïse tends les mains vers le ciel, c'est-à-dire lorsque Israël engage toute ses forces tout en s’en remettant totalement à Dieu. Assurément, il est question de théologie, bien plus que d’histoire. Ce qui est en jeu, ce n’est pas le choc entre les peuples, mais le rapport à Dieu.

Dans ces conditions, l’ « extermination » dont il est question, dans le livre de Samuel, c’est en réalité la rupture avec ce qui s’oppose à l’exercice de la liberté des enfants de Dieu. Qu’ont fait Saül et les Israélites ? Le récit nous dit que Saül a épargné la tête – le roi Agag – et que les Israélites ont cru bon de prendre pour eux la meilleure part des biens d’Amaleq – le bétail. Ce qui nous est décrit, c’est une forme de compromission. En s’appropriant une part d’Amaleq, en mettant en quelque sorte de côté la figure centrale de l’opposition à la liberté, Israël montre qu’il cherche un autre appui, un autre soutien que celui de Dieu seul. Comme s’il fallait se garder de côté une poire pour la soif – si jamais Dieu faisait défaut… Or cet appui, c’est du côté de l’aliénation qu’il le prend ! Israël reste au donc milieu du gué. Du même coup, en lui, la liberté et la vérité sont menacées.

La réponse de Saül à Samuel est encore plus inquiétante, de ce point de vue : selon lui, le peuple a pris les biens d’Amaleq pour les offrir à Dieu  en holocauste. En d’autres termes, c’est le lien avec Dieu qui est compromis. Comment Israël peut-il prétendre signifier à Dieu, dans sa prière, qu’il se fie à lui pour trouver sa liberté, en lui présentant les fruits de l’aliénation ? Ce seul geste est en lui-même un retournement de la foi en Dieu en une pratique idolâtre. N’est-ce pas d’un marchandage qu’il s’agit ? Ceux qui se  compromettent, tentent d’amadouer Dieu en partageant avec lui les objets de la compromission. Dieu n’est plus qu’un Baal comme un autre…

S’accorder à la présence de Dieu

L’Évangile de Marc peut sembler à mille lieues de ce récit symbolique. Il n’est apparemment pas question de compromission, mais d’une pratique sainte : le jeûne. Pourquoi les disciples de Jésus ne jeûnent-ils pas ? « Parce qu’ils ont l’Époux avec eux. »

En fait, on retrouve ici la même question que dans le récit de Samuel. Si l’Époux est là – c’est-à-dire la figure même de l’Alliance de Dieu avec son peuple – ceux qui suivent l’Époux, ceux qui sont appelés à vivre de l’Alliance avec lui, doivent ordonner leur comportement, leurs choix, à la réalité de sa présence. Dans ces conditions, il ne s’agit plus de pratiquer des rites et des coutumes comme s’il fallait par eux obtenir la venue de l’Époux qui serait encore absent. Il s’agit de vivre en sa présence.  Ne pas faire comme s’il était absent ; ne pas s’enfermer dans une pratique idolâtrique de la Loi.

Voilà pourquoi Jésus poursuit avec la double parabole du vieux vêtement et de la pièce neuve, et du vin nouveau et des outres vieilles ou neuves. Bien sûr, Jésus ne reproche pas à ses interlocuteurs de jeûner – en ce sens, ils ne sont pas dans la compromission, à la différence de la situation décrite par le livre de Samuel – mais il leur fait entendre qu’il ne faut pas se tromper sur Dieu – ou sur l’Époux : il ne se donne pas à moitié, il n’est pas présent à demi. Cela demande de s’accorder totalement à lui, faute de quoi la rupture sera inévitable, comme Saül en a fait l’expérience.  

D.E.

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Published by Desiderius Erasme
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