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29 janvier 2010 5 29 /01 /janvier /2010 09:57

A qui donc appartient le Royaume de Dieu ?

 (Mc 4,26-34)

Elle est simple en apparence, la première des deux petites paraboles du Royaume que nous lisons ce matin dans l’évangile de Marc. Pourtant, si l’on s’arrête sur quelques détails, son enseignement est plus riche qu’il en a l’air. Mais Marc, s’il nous dit, en conclusion, que Jésus a tout expliqué à ses disciples, ne nous rapporte pas le contenu de cette explication. Il nous reste à chercher.

Commençons par le commencement. « Ainsi est le Royaume de Dieu, comme un homme qui… » Jésus a commencé sa prédication en annonçant que le Royaume de Dieu était proche. Mais, dans le récit de Marc, cette parabole est la première description qu’il en donne. C’est dire son importance. Eh bien, ce qui apparaît en premier dans cette description du Royaume, c’est l’homme qui agit. Ce n’est pas un pouvoir, une puissance (d’autres paraboles mettent en scène un roi). Le Royaume de Dieu se compare à l’homme à l’action ! Cela nous renvoie évidemment à la Genèse : Dieu crée l’homme à son image et à sa ressemblance. Rien d’étonnant donc, que la première parabole de Jésus établisse ce lien fondamental entre l’homme et Dieu, et nous indique que ce Royaume n’est en rien étranger ou extérieur à l’homme. C’est l’homme dans sa condition divine, si l’on peut dire.

« Un homme qui jette la semence… » Cette image nous est familière, puisque c’est celle de la première parabole de Jésus, en Marc. Dès lors nous pouvons interpréter la parabole du Royaume à la lumière de la parabole du « semeur ». Le grain qui est semé, c’est la Parole. Le Royaume de Dieu commence ou advient, si l’on peut dire, quand l’homme sème la Parole. Cette Parole, le livre de la Genèse, encore lui, nous apprend qu’elle est créatrice ; Isaïe nous affirme qu’elle fait d’elle-même son travail… C’est donc la Parole semée qui fait exister (au sens de se développer en sortant au-delà de soi-même) le Royaume. Voilà pourquoi une fois la Parole semée en terre, la semence germe et grandit, indépendamment de l’action du semeur. Il peut bien s’agiter ou dormir, elle se développe par elle-même, et, précisément, l’image du murissement de la graine est celle d’un être qui sort de son enveloppe, pour se présenter sous une autre forme : du grain on passe à l’herbe, puis de l’herbe à l’épi, qui bientôt porte la graine, non seulement nouvelle et multipliée, mais aussi déplacée, puisqu’elle est sortie de terre pour être de nouveau semée.

Voilà donc le Royaume qui vient : l’homme dispose de la Parole pour la semer, afin qu’elle manifeste son pouvoir créateur, multiplicateur, et même migrateur… En ce sens, Jésus est le Royaume par excellence, puisqu’il est la Parole qui se donne. Mais on comprend aussitôt que tout homme qui porte la parole est évidemment à l’image et à la ressemblance de Jésus – voilà la fameuse « Imitation de Jésus Christ ». N’oublions pas que Jésus ne s’adresse pas à n’importe qui, mais à un peuple qui a entre ses mains la Parole – la Torah et les Prophètes. Jésus dit à son auditoire que chacun de ceux qui écoutent la Torah et les Prophètes et qui les « sèment », c'est-à-dire qui les transmettent, qui les font connaître – qui fécondent l’humanité par cette Parole –, chacun de ceux-là est, à sa mesure, le Royaume en marche.

Mais ce n’est pas tout. « Spontanément [d’elle-même], la terre porte du fruit… » Précision importante, centrale. Jésus affirme une disposition fondamentale du monde à qui la Parole est adressée : la disponibilité à porter du fruit. Nous avons souvent tendance à penser l’inverse, en pointant la résistance du monde à l’Évangile. Jésus commence son enseignement sur le Royaume de Dieu par la tranquille assurance du désir de ce monde de porter du fruit. Comment peut-il en être sûr, alors que nous pensons avoir de bonnes raisons d’en douter ? Cette certitude s’appuie sur le fait que ce monde est le monde créé par Dieu : vouloir porter du fruit, c’est sa nature profonde, même si elle peut être parfois voilée. D’ailleurs, si nous regardons autour de nous les choses sous cet angle, nous ne manquerons pas de voir à quel point c’est vrai ! Il ne s’agit pas de chausser des lunettes roses, mais de comprendre qu’il n’est pas possible de semer la Parole de manière efficace, si nous ne considérons pas le monde dans sa nature profonde. Si le travail que fait ensuite la Parole ne dépend pas de nous, il nous appartient en revanche d’être attentif au désir de l’humanité, pour trouver comment « semer ». A nous de ne pas passer à côté de l’ouverture des cœurs… Ils le sont, mais pas toujours comme nous le pensons !

Mes amis !

Puisqu’il est question du grain, nous ne pouvons pas ne pas penser à une autre image donnée par Jésus, que l’on ne trouve pas chez Marc, mais chez Jean : « Si le grain de blé qui tombe en terre ne meurt pas, il reste seul ; si au contraire il meurt, il porte beaucoup du fruit en abondance. » Il n’est pas indu de faire ce rapprochement, car, le dernier verset de la parabole peut légitimement se traduire ainsi : « Quand le fruit se livre… » La Parole se livre en la personne de Jésus, Verbe fait chair qui meurt sur la croix. La croissance du Royaume passe par la mort du « grain », une mort qui n’est pas un anéantissement, mais qui nous apparaît dans Marc comme une transformation, comme le passage d’un état à un autre !

Dernier point, la parabole se termine sur l’image de la moisson. Mais qui moissonne, sinon l’homme, encore lui (c’est bien lui le sujet de la phrase, et pas simplement « on », indéterminé) ? Le fruit de la Parole est pour l’homme. La croissance du Royaume est pour l’homme, qui n’est pas simplement un ouvrier, un instrument. Cela s’explique évidemment par le fait que l’homme est à la ressemblance et à l’image de Dieu. Dans l’évangile de Jean, Jésus ne dit-il pas à ses disciples : « Je ne vous appelle plus serviteurs… je vous appelle amis, parce que tout ce que j’ai entendu auprès de mon Père [la Parole], je vous l’ai fait connaître. » Jésus a semé la Parole en ses disciples, qui deviennent eux-mêmes semeurs, ils sont à l’image du Fils…

Le Royaume appartient à l’homme en qui la Parole se multiplie !

D.E.

 

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Published by Desiderius Erasme
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