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26 janvier 2010 2 26 /01 /janvier /2010 08:36

La vie éternelle s’expérimente dans les contradictions du temps présent

(Tt 1n 1-5 et Tm 1, 1-8 ; Lc 10, 1-9)

Ce matin, la liturgie nous invite à faire mémoire de Tite et Timothée, proches de l’apôtre Paul, qui furent évêques de Crète et d’Éphèse. Nous sommes invités à lire le début des lettres que Paul adressa à l’un et à l’autre. Ce qui nous touche d’abord dans ces lettres, c’est l’affection de Paul pour ses amis, la tendresse qu’il leur manifeste, qui n’est pas sans nous rappeler le ton que Jean emploie dans la première lettre : « Mes bien-aimés… ». Cette bienveillance, cette tendresse, cette affection sont une dimension centrale de l’expérience chrétienne. Comment manifester le Royaume sans cette sollicitude ? Comment témoigner de l’unité fondamentale à laquelle la foi nous appelle, si cette unité ne jaillit pas du cœur, comme l’effet de la bonté même de Dieu ?

A Tite, Paul rappelle qu’il lui a confié la charge d’instituer l’Église en Crète, de lui donner les structures nécessaires à son établissement. Le point d’appui de cette mission, c’est l’espérance de la vie éternelle, c’est-à-dire d’une vie non pas réservée à un futur hypothétique, mais qui se développe déjà, hic et nunc,  par la grâce de Dieu, dans les contingences du temps, mais sans être limitée par elle. Cette vie éternelle, c’est celle de la plénitude de l’amour.

Paul s’en explique dans le début de la lettre à Timothée : « Ce n’est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d’amour et de maîtrise de soi. » Cette maitrise de soi donnée par l’Esprit permet de faire face aux contingences du temps présents sans que nous soyons simplement ballotés par elles. L’affirmation de Paul est attestée par le fait que lui-même est prisonnier « pour le Seigneur ». Cette situation n’invalide pas le don de Dieu, bien au contraire… L’adversité ne rend pas la vie moins « éternelle », elle ne renvoie pas l’éternité à plus tard, ce qui serait pour le moins paradoxale.

Ce point est essentiel pour comprendre « l’envoi des soixante-douze » tel qu’il nous est rapporté dans l’évangile de Luc. Jésus les envoie deux par deux en avant de lui. Il ne leur promet pas la facilité, puisqu’il leur dit : « Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups ». Autant dire qu’ils sont destinés à être dévorés… Cela signifie qu’ils sont envoyés non pas pour sauver leur vie, mais pour la donner en nourriture, sinon en pâture… D’ailleurs, ils partent dans le plus simple équipage : sans argent, ni sac, ni sandales… Les voilà totalement démunis ! Et Jésus leur demande de ne pas traîner en route, d’éviter les mondanités en chemin, ce qui serait la tentation de tout un chacun en partant pour une mission qui s’annonce aussi périlleuse.

Que doivent donc manifester les envoyés du Nazaréen, dans une telle situation ? La présence de la paix, au cœur même de l’adversité et de la difficulté. Guérir les malades, porter la paix, partager le repas alors qu’on est si fragile, c’est témoigner que l’amour ne recule devant rien. C’est manifester, effectivement, en actes, la présence réelle du Royaume de Dieu. C’est le rendre présent en le mettant en œuvre, et non pas annoncer que Dieu va, demain, régler les problèmes et que le bonheur est promis pour le futur et un au-delà de la vie… Annoncer la proximité du Royaume de Dieu, c’est indiquer en actes à ceux auxquels nous sommes envoyés qu’ils peuvent eux aussi, en s’y engageant réellement, participer à manifester sa présence…

 

Crédibilité

« Souffre avec moi pour l’Évangile », écrit Paul à Timothée…  Rude programme. Mais auparavant, il lui a souhaité comme à Tite : « Grâce, miséricorde, paix de la part de Dieu le Père et de Jésus-Christ notre Seigneur. » C’est dire que dans la difficulté même, ceux que le Christ appelle font l’expérience de la puissance du Royaume, en éprouvant – en même temps que les contradictions et les aléas des situations dans lesquelles ils sont plongés – la sollicitude même du Père et l’amour du Fils. Voilà ce qu’ils viennent donner, non pas leurs propres vertus – héroïques ? –, mais l’étonnement et la joie que suscitent en eux la grâce dont ils sont l’objet, au cœur même d’un monde rude et troublé.

La crédibilité de l’annonce du Royaume à ceux qui ne le voient pas, qui ne le connaissent pas mais pourtant y aspirent parce qu’ils aspirent au bonheur, suppose par conséquent que nous ayons fait nous-mêmes cette expérience paradoxale de sa présence salvatrice dans nos vies. Non pas comme un beau discours que l’on répète, mais dans notre chair. En d’autres termes, nous ne pouvons pas faire l’économie de mettre, d’une manière ou d’une autre, nos vie en danger pour témoigner de l’amour de Dieu et en goûter les bienfaits.

D.E.

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Published by Desiderius Erasme
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