Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
25 avril 2011 1 25 /04 /avril /2011 23:03

Commençons par inviter à notre table, l’étranger le plus proche

Cher Thomas,

Je t’écris avec un peu de retard, ce lundi de Pâques. Je ne vais pas t’entretenir de la Résurrection, du moins pas directement. Je sais que toute l’Église est à la joie du ressuscité, et que nous aimons fêter cela, dans la joie et les chants, comme toutes les communautés chrétiennes l’ont fait cette année, simultanément. Pour autant, je me souviens que cette joie-là ne fait pas, ne doit pas faire l’impasse sur la mort qui frappe dans le monde.

Comment oublier au même moment les drames qui frappent le Japon, la Libye, la Syrie, le Yémen ? Comment ignorer qu’en Côte d’Ivoire, tous n’ont pas déposé les armes ? Comment ne pas s’interroger sur nos pays Européens qui tout en se réjouissant du vent de liberté qui a soulevé les pays arabes craignent l’afflux d’immigrés arabes ou africains et se demandent immédiatement comment décourager les candidats au voyage, ce qui est une manière de dire : « nous sommes heureux que vous soyez libres, mais s’il vous plaît, pas chez nous ! »

La fête de Pâques – et ses prolongements jusqu’à la Pentecôte – mettrait-elle entre parenthèses les souffrances du monde, et la mort qui frappe ? Hélas non.

Tu vas peut-être me dire, cher ami, toi ou quelqu’un d’autre, que je suis un saint triste, qu’il est naturel de célébrer la joie de la Résurrection et qu’il faut se réjouir avec ceux qui se réjouissent. J’entends déjà citer Qohelet : « Il y a un temps pour tout, un temps pour se réjouir et un temps pour pleurer… »

Plaies ouvertes

Pourtant, le Ressuscité, lorsqu’il apparaît, porte toujours les stigmates de la Passion. Nous avons coutume de dire que c’est pour donner la preuve qu’il s’agit bien de la même personne que ce Jésus qui est mort crucifié. Mais, il me semble que nous oublions aussitôt que des plaies restent des plaies… Celui qui apparaît aux disciples, si je peux me permettre de l’écrire de manière provocante, ce n’est pas le « Cicatrisé »… L’évangile nous dit qu’il montre ses plaies ouvertes, et non des cicatrices bien refermées…

Pâques ne nous permet donc pas de faire l’impasse sur le monde dans lequel le Christ nous a envoyés pour être ses témoins. Pâques ne nous permet pas de concevoir une fête qui serait une manière de nous mettre en congé de fraternité ou de solidarité. Une fête qui dirait au monde : « Attends un peu que nous ayons fini de fêter ! »

Pâques nous demande au contraire de nous interroger sur la manière dont nous pouvons manifester dans ce monde la puissance de la Résurrection. Cela ne peut pas être un succédané de la méthode Coué, sur le mode « Réjouissez-vous ! Tout va bien, il est Ressuscité ! »

Non tout ne va pas bien. Il me semble que dans un monde qui ne va pas bien, la manière de signifier que nous croyons à la Résurrection, c’est d’être présent là où cela ne va pas bien. D’être présent là où l’on souffre, là où l’on pleure, là où l’on se blesse, là où l’on s’affronte…

J’ai aimé, au terme de la longue célébration de Pâques, entendre une femme, déjà âgée, au visage marqué par la fatigue, dire qu’elle devait se lever de bonne heure, pour se rendre à la prison, où la messe du dimanche serait célébrée à 8 heures. Elle voulait être là pour ceux que notre société regarde le plus souvent uniquement comme des coupables et des récidivistes en puissance…

Croire en la Résurrection, ce n’est pas simplement sauter de joie en chantant « Alléluia, il est vraiment ressuscité », c’est oser aller là où nous risquons d’y laisser des plumes, pour manifester à des hommes et des femmes en difficultés, dans la douleur, les souffrances, les ténèbres, des gens pas forcément bien sous tous rapports, qu’ils sont aimés quoi qu’il en soit. Croire au ressuscité, c’est surmonter notre peur, et croire que ce que nous risquerions de perdre en chemin ou dans la rencontre, ressuscitera avec le Christ…

J’ai pensé, cher Thomas, tout au long de cette belle célébration de Pâques, à tous ceux qui ne pouvaient entendre ce que nous chantions cette nuit-là, parce que les mots de l’Église leur sont aujourd’hui inaccessibles, inaudibles. Là où nous avons appris à nous accommoder d’un langage particulier, codé, « catho », ils n’entendent que des choses qui les laissent pantois ou qui les choquent, parce que ces mots sont lourds d’un passé chargé de blessures, de péchés, de maladresses, de violences, de mensonges, d’hypocrisie…

J’ai pensé à tous ceux qui n’entrent plus dans nos églises. Ils ne sont pas plus pécheurs que nous autres, ils ne sont pas plus bêtes, ni plus obtus… Ils sont dans ce que nous appelons une forme de nuit spirituelle, quelles qu’en soient les raisons, bonnes ou mauvaise. Pouvons-nous croire assez à la résurrection pour nous hasarder dans cette nuit, pour les y rejoindre, pour les aimer et leur témoigner ainsi – sans leur tenir de discours qu’ils ne pourraient entendre – qu’ils sont aimés ? Pouvons-nous croire assez à la résurrection pour accepter les angoisses de cette nuit intérieure, pour la faire nôtre, afin qu’en nous, avec nous, le Christ descende dans cette nuit, pour y mettre la lumière, non pas des discours religieux, mais de l’amour, du pur amour ?

Notre monde est dans de grandes souffrances, pris dans de très puissantes transformations, et il me semble qu’il a besoin que les chrétiens croient ainsi à la résurrection, non pas comme une assurance tout risque, non pas comme une méthode Coué d’une efficacité supérieure, mais comme ce qui nous donne le courage, à nous que le Christ a appelés par le baptême, d’aller partout où des hommes souffrent ou vont mal, pour d’abord être avec eux et leur témoigner un amour inconditionnel. Pouvons-nous ainsi nous risquer dans cette fournaise du monde avec la foi de Shadrak, Meshak et Abed-Négo, les trois enfants du livre de Daniel, qui retournent ainsi le cœur de Nabuchodonosor ?

En fait, même si le livre de Daniel nous raconte une scène de légende, il n’est pas si difficile d’avancer sur ce chemin, chacun peut le faire, tout près de lui, là où il rencontre des « raisons » d’avoir peur de l’autre, en prenant le risque de surmonter cette peur, pour se mettre au service de cet autre… Cela peut commencer par des gestes très simples de respect, de sympathie.

Je pense à une chose en particulier, puisque le vent qui souffle le plus fort en ce moment sur notre pays est celui de la peur de l’étranger, de celui qui vient d’ailleurs, d’un autre pays, d’une autre culture, d’une autre religion. Rappelons-nous que l’accomplissement de la promesse d’une descendance faite à Abraham – accomplissement qui à l’origine de la transmission de la foi que nous avons reçue – commence, dans le récit de la Genèse, par l’arrivée de trois étrangers à l’entrée du campement d’Abraham, au lieu-dit du Chêne de Mambré. Que serait-il advenu si Abraham ne les avait pas reçus, ou s’ils les avaient fuis ? Au contraire, il les a accueillis et leur a offert un repas.

Ouvrons-nos portes, comme s’est ouvert le tombeau

Nous voyons aujourd’hui des gens venir frapper à nos portes, parce qu’ils sont pauvres, parce qu’ils se sentent en danger, parce qu’ils espèrent trouver chez nous une aide, un soutien… « Nous ne pouvons pas prendre le fardeau de toute la misère du monde », nous disent les hommes politiques, en affirmant qu’ils tiennent un discours de responsabilité. De fait, nous ne pouvons accueillir ces étrangers sans nous appauvrir, dans l’immédiat, puisqu’il faut partager les fruits d’une croissance presque éteinte, puisque nous sommes nous-mêmes en crise…

Mais pouvons-nous envisager qu’en les accueillant, qu’en partageant avec eux ce qui commence à nous manquer, il nous est possible avec eux nouer des liens féconds, heureux, qui seront des liens de réconciliations, alors que nous souffrons mutuellement des blessures de la décolonisation ? Pouvons-nous envisager qu’en les accueillant nous pourrons inventer avec eux l’avenir, le monde de demain, dont nous savons qu’il sera, à bien des égards, plus difficile encore si nous n’apprenons pas, avec eux et les peuples dont ils sont issus, le partage, le soutien et la confiance mutuelle ?

Alors, cher Thomas, je te propose ceci : pendant le temps pascal, comme signe de la foi en la résurrection, accueillons chez nous l’étranger. Commençons par celui que nous croisons régulièrement, mais que nous n’avons jamais fait entrer chez nous. Car même ceux qui sont « intégrés », comme on dit, peuvent aujourd’hui souffrir d’être regardés comme des étrangers, il suffit d’entendre ce que nous répètent les radios chaque jour pour s’en rendre compte.

Alors, puisque Pâques est là, ouvrons-nos portes, comme s’est ouvert le tombeau !

Je compte sur toi, Thomas.

Ton ami, Desiderius Erasme

Partager cet article

Repost 0
Published by Desiderius Erasme
commenter cet article

commentaires

Alice Damay-Gouin 07/05/2011 15:44


Cher Desiderius,
Ce matin, j'ai participé à une formation sur les migrants. Formation très enrichissante et j'en suis très heureuse.J'ai émis l'idée qu'on arrête de dire qu'on ne peut pas accueillir toute la misère
du monde, car cela démotive. Je crois qu'il faudrait, au contraire, avoir l'objectif de vouloir accueillir tous ceux qui le demandent. Rêve, utopie... peu importe! Cela nous donnerait plus
d'imagination pour inventer des solutions! Après tout, le Christ nous a bien dit: "donnez leur vous-mêmes à manger". Et si nous commencions à y croire? La foi nous ferait déplacer des montagnes de
rejet, de mépris, d'indifférence et nous retrouverions le goût de Fraternité!
On parle, en ce moment, du scandale des quotas dans le monde du foot mais a-t-on parlé du scandale des lois pour l'immigration positive qui, en corollaire,font une liste de métiers interdits aux
migrants?
Cette semaine, les évêques de la Méditerranée ont fait un communiqué sur la dignité des migrants (voir La Croix)que je salue et je les en remercie vivement, moi qui suis souvent vive pour les
critiquer!
Que cette situation des migrants, en Europe,nous occupe et continue à nous préoccuper!En toute Fraternité, dans la joie et la paix du Christ, fruits de l'amour! Alice


Alice Damay-Gouin 03/05/2011 10:39


Merci beaucoup pour votre réponse rapide. Je peux comprendre que la vie n'est pas toujours un fleuve tranquille, que l'Amour est exigeant et nous emmène parfois sur un chemin que l'on voudrait
éviter. Oui, je comprends votre réponse et merci aussi à ceux qui disent vivre dans une nuit spirituelle, merci à mère Theresa de nous avoir laissé ce genre de témoignage que d'autres auraient
voulu utiliser pour en faire un scandale.
Oui, je sais qu'il y a beaucoup de blessés de la vie,... qu'une personne déprimée demande beaucoup de temps et de patience... Je comprends votre message mais ce qui m'a fait réagir c'est de
présenter "tous ceux qui ne vont plus à l'église" comme étant dans une nuit spirituelle. C'est cette généralité qui me gêne et aussile fait de ne donner que ce qui ne va pas. Je réagis d'autant
plus fort que j'avais lu, à peu près au même moment,sur un autre site, le commentaire d'un prêtre parlant de nous comme ayant "déserté la vigne du Seigneur et son humble travail". Non, je n'ai pas
déserté la vigne du Seigneur parce que je ne vais plus à l'église depuis plus de 30 ans! Jeune, j'ai eu la joie de me découvrir aimée et aimée par Dieu, et à partir delà,j'ai découvert ma vocation
missionnaire: aller vers l'autre pour que nous partagions ensemble. Partager suppose donner mais aussi savoir recevoir, ce que j'ai appris en Afrique. Découvrons ensemble le Christ ressuscité
vivant en nous et dans les autres.
"Seigneur, fais que je voie" disait l'aveugle de Jéricho. Ce fut ma prière durant une longue période(ma nuit!!!) . Maintenant, je dis:"Merci, Seigneur, pour toutes les merveilles que tu as faites
pour moi et pour les autres. Seigneur, fais que je te voie en moi et en tout autre."
Amitiés Alice


alice.damay-gouin 02/05/2011 10:31


Merci pour votre réponse claire: "l'autre, c'est celui en qui nous pouvons reconnaître la présence de Dieu". oui, j'ai découvert cela...
Par contre je suis étonnée par votre question: "Où voyez- vous que..." Ai-je été tellement déformée dans ma formation catho initiale que je lise à ce point votre texte de travers! J'ai toujours le
sentiment que l'Eglise dit d'aller vers les autres pour les aider, les aimer mais elle ne me donne pas l'impression de nous dire, dans le même temps, que nous-mêmes pouvons découvrir quelque chose
ou quelqu'un dans la rencontre avec l'autre.
Puis-je vous citer?
"Oser aller", "risque d'y laiser des plumes", "pour manifester ...qu'ils sont aimés";, "surmonter notre peur et ...ce que nous risquerions de perdre en chemin"....
Même dans votre réponse" C'est aussi accepter d'entrer avec lui dans la part obscure voire désespérée que les hommes, (les femmes, les enfants) connaissent parfois."
Cela me rappelle le troupeau que la hiérarchie pense toujours égaré. Vous-mêmes parliez de la nuit spirituelle pour nous qui ne vont plus à l'Eglise! Vision négative, il me paraît!
Voilà, c'est ce discours qui me fait réagir car c'est porter un jugement sur l'autre dont on ne connaît pas son cheminement. J'ai fait une longue marche dans le désert mais le Seigneur m'a répondu
comme l'exprime le psaume 22 et je m'émerveille.
Enfin, merci pour votre dernier paragraphe "ouvrons nos portes" Merci car vous aborder un sujet épineux et cela va peut-être permettre d'avancer une réflexion sur le sujet. A chaque expulsion d'une
église, j'écris mon indignation à l'évêque mais que ferai-je personnellement? Merci pour ouvrir ce débat. Merci, cher Desiderius


Desiderius Erasme 02/05/2011 19:34



Chère Alice,


n'avez vous pas remarqué qu'il y a des gens qui sont blessés, qui ne se laissent pas approcher facilement en raison même de leur blessure, des gens que nous laissons de côté parce que la
rencontre nous semble trop difficile, des gens qui traversent la nuit, et que nous ne pouvons approcher qu'en entrant nous-même dans cette nuit? Ce n'est pas juger l'autre que de constater que
parfois la rencontre n'est pas irénique, et que nous sommes invités à "y aller tout de même". Ce réalisme là n'est pas un jugement ni une condescendance. Je crois qu'il y a dans l'amour un vrai
risque à prendre, que ce n'est pas toujours un chemin parsemé de pétales de rose. Il ne s'agit pas de juger, mais plutôt de surmonter le jugement.


Quant à la nuit spirituelle, j'ai très précisément écrit "ils sont dans ce que nous appelons une forme de nuit spirituelle". En est-ce une pour autant, je n'en sais rien, je ne suis pas à leur
place, mais c'est ce que disent volontiers certains chrétiens. De ma part, ce n'est pas un jugement, ni une vision négative. Mère Teresa a vécu jusqu'à la fin de sa vie dans la nuit spirituelle,
c'était une épreuve... et le dire n'est pas porter un jugement sur elle, encore moins contre elle. C'est tout simplement une réalité humaine que certains vivent... Je pose simplement la question
de savoir si nous sommes près, le cas échéant, à partager cette nuit pour rencontrer l'autre. Il me semble que souvent nous préférons hélas passer notre chemin. Pour ma part, chère Alice, j'ai le
sentiment d'être plus souvent dans la nuit que dans la clarté, pour ce qui me concerne...


Je comprends néanmoins votre réaction à l'encontre d'une forme de surplomb chrétien ou de paternalisme... Ce n'est pas à cette attitude que j'en appelais, car cette attitude, en réalité ne prend
guère le risque d'une rencontre vraie. Je voulais au contraire appeler à une rencontre qui passe par l'expérience d'être fragile face à l'autre... Pouvez-vous comprendre cela, chère Alice?


Amicalement.


Desiderius.



Alice Damay-Gouin 29/04/2011 10:26


J'ai relu avec joie votre XXIIème lettre.Elle m'apporte une parole de vie et je vous en remercie mais permettez-moi quelques critiques. En vous lisant, je vous trouve dans l'état d'esprit que
j'avais, il y a 40 ans, lorsque je suis partie, comme missionnaire laïque, enseigner en Afrique. J'étais partie pour aimer les Africains, donner de mon temps et de ma personne et je suis revenue en
disant: ils m'ont beaucoup appris!
Dans cette Eglise, on est encore fortement marqué par cette idée d'aller vers les autres pour leur faire découvrir qu'ils sont aimés, pour leur transmettre notre vérité, notre savoir et parfois
même notre culture, notre notion de progrès sans penser une seconde que ... l'autre a quelque chose à nous dire et que nous marcherons ensemble lorque nous saurons enfin l'écouter.
Merci d'avoir pensé à nous qui ne pouvons plus entendre ce langage catho mais vous n'avez pas encore imaginé que nous sommes parfois fatigués de ne pas pouvoir communiquer car l'Eglise semble être
sourde à nos appels, à ce que nous voulons lui dire.
Non, je ne suis pas dans une nuit spirituelle car je ne vais plus à L'Eglise! J'ai fait une longue marche dans le désert, je le reconnais, mais j'ai aussi reconnu le Christ , à la manière de saint
François d'Assise, dans le visage d'un autre...Merci pour votre exemple de cette dame se levant pour aller à la messe dans une prison, être là avec des prisonniers...Elle sait voir le visage du
Christ dans ces personnes en souffrance.
Vous me donnez le sentiment d'avoir peur de tout ce que vous pourriez ... perdre en allant vers l'autre! N'ayez pas peur ,"Avance au large et tu deviendras libre"
Aimer l'autre, c'est l'écouter, c'est aussi savoir lui demander un service pour lui monter qu'il existe et parfois lui rendre ainsi une dignité humaine.
J'aime le passage de la Cananéenne qui va, avec confiance, vers Jésus, qui accepte de se faire rabrouer par lui mais qui lui quémande quelques miettes d'Amour pour elle, l'étrangère!!!
Cher Desiderius,
je vous souhaite d'avoir soif de l'autre.
Dans la joie et la paix du Christ, fruits de l'Amour. Alice


Desiderius Erasme 30/04/2011 19:58



Chère Alice,


je souscris bien volontiers à l'idée que l'autre ne se définit pas par le fait qu'il faudrait que nous l'aidions, que nous l'aimions avec je ne sais quelle supériorité... L'autre - nous dit
l'Evangile -, c'est celui en qui nous pouvons reconnaître la présence de Dieu...


Où avez-vous vu que je crains la rencontre de l'autre, ou que je n'en ai pas soif?


Ce que je voulais dire, c'est autre chose: suivre le Christ, lorsqu'on l'a reconnu, c'est aller avec lui à la rencontre des hommes... C'est aussi accepter d'entrer avec lui dans la part obscure
voire désespérée que les hommes connaissent parfois - croyants ou non... Nous sommes tous traversés par des failles, des fractures, des choses que nous ne maîtrisons pas. Faire l'expérience de
l'amour mutuel, c'est se tenir là, l'un avec l'autre, pour découvrir ensemble comment l'amour nous révèle alors à nous-mêmes, comment ils nous emmène plus loin


Amicalement


Desiderius



Isabelle 28/04/2011 11:36


Merci pour votre belle lettre pascale.
Cette année, plus que les précédentes, je me suis retrouvée dans "l'état d'esprit" que vous évoquez : les derniers mois de l'actualité ont en effet été tellement anxiogènes... Je n'ai pas besoin de
préciser, nous avons tous en mémoire ces noms de lieux où, de par le monde, l'angoisse, la mort, la détresse extrême se sont manifestés. Sans oublier les histoires singulières douloureuses de ceux
qui nous sont proches. Au soir du vendredi-saint, lors de la "vénération" de la croix, je me suis agenouillée quelques instants avec comme seule prière ces noms, de là-bas et d'ici. Non pas comme
une incantation magique qui nous dispenserait d'être avec, d'agir et de réfléchir, mais comme une douleur qui rejoint si mystérieusement celle du Christ en sa passion et sa descente aux enfers. En
Lui, nous pouvons tout déposer, tout dire, tout partager. A la veillée pascale, la joie n'a pas "effacé" ces noms et ces visages. Elle ne fut pas "exubérante", ce qui peut parfois être le signe
d'une certaine artificialité, voire d'un refus du tragique. Elle fut celle de la Vie définitivement plantée en nous, parmi nous, mais aussi cachée ("votre vie est cachée avec le Christ, en Dieu"
Col 3,3); celle de la confiance quotidiennement à renouveler, au cœur de tous les instants, les doutes, les combats, les élans. La confiance en l'hôte intérieur, inlassable et secrète Source de
Vie, la confiance en la parole des témoins, ceux du Livre, et ceux qui en ont vécu depuis "plus de 2000 ans".
Pour ce qui est du témoignage auquel nous sommes conviés à notre tour, il ne peut être que le chemin particulier de chacun, impossible à prévoir, à définir, à planifier... Une seule image me vient
aujourd'hui pour essayer de dire la mission commune qui nous incombe, en amont de ses multiples manifestations extérieures : laisser infuser en nous la Vie du Christ, la Vie donnée par le Père :
par la prière, la méditation des Ecritures, la vie en Eglise, mais aussi la façon d'être avec les autres, de vivre au quotidien. Cette diffusion en nous peut alors se propager au cœur de nos
rencontres, des situations bancales dans lesquelles nous sommes nous-mêmes, des tourmentes du monde. Non comme une réponse magique qui détruirait d'un seul coup la souffrance et le non-sens, la
détresse et l'errance (ça se saurait !) mais comme l'expérience personnelle, puis, peu à peu, ouverte à tous, et à tout, de cette Vie donnée qui, patiemment, secrètement, mais sûrement, sape
l'absurde, dévoile et combat les logiques de mort, illumine les innombrables gestes et paroles de service et d'amour, se déploie dès ici et maintenant en attendant sa pleine et visible advenue.
Joyeux temps pascal à tous !


Desiderius Erasme 28/04/2011 18:41



Merci chère Isabelle de cette belle réponse qui poursuit ma réflexion et l'emmène plus loin.


D.E.



Présentation

  • : Le blog de Desiderius Erasme
  • Le blog de Desiderius Erasme
  • : Lire la Bible sans mourir idiot, intégriste ou ayatollah de la laïcité. Avec de l'humour, de l'esprit, de la curiosité, et sans préjugés...
  • Contact

Profil

  • Desiderius Erasme
  • La liberté de l'Evangile est la plus belle chose que l'on puisse partager. Elle est à la fois critique et aimante, source de joie et soutien dans l'épreuve. Elle invite à toujours plus d'humanité...
  • La liberté de l'Evangile est la plus belle chose que l'on puisse partager. Elle est à la fois critique et aimante, source de joie et soutien dans l'épreuve. Elle invite à toujours plus d'humanité...

Liens