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5 juin 2011 7 05 /06 /juin /2011 22:47

Que savons-nous de Dieu,

Cher Thomas,

Je vais te faire un aveu : plus les années passent, plus je m’interroge sur ce que je connais de Dieu, sur l’image que je m’en fais. Il me semble qu’il m’apparaît toujours plus insaisissable, et qu’il me faut reconnaître que ce que je pensais avoir compris n’est pas assez vaste pour rendre compte de ce qu’il est.

Jésus l’a dit à ses disciples : « Dieu, nul ne l’a jamais vu ». Mais il ajoute : « le Fils, lui, l’a fait connaître. » De même qu’il dit : « Qui me voit, voit le Père… »

Quelle est cette connaissance à laquelle Jésus donne accès ? Ou, pour poser la question autrement, quel est ce Père dont Jésus dit qu’il entend et dit la Parole ?

Je ne sais pas, cher Thomas, si j’aurai un jour les réponses à ces questions. Il me semble que plus j’avance, plus se défont les réponses que j’ai construites, celles que je peux « organiser » avec mon intelligence, et sans doute faut-il qu’il en soit ainsi pour accéder à une perception plus juste. Il me semble qu’il nous faut toujours apprendre à ne pas enfermer Dieu dans l’idée que nous avons de lui. Il me semble qu’il nous faut apprendre à nous laisser surprendre.

Et peut-être tout simplement apprendre à l’accueillir, tel qu’il se donne.

Un ami m’a invité à lire le livre du philosophe Michel Henri, Incarnation. C’est un livre difficile, et je ne suis pas sûr de tout comprendre. Pourtant, il dit une chose simple, que nous oublions souvent : nous ne sommes pas à l’origine de notre vie. Et plus encore, c’est la vie qui se donne à nous. C’est la vie qui se révèle, en premier, et qui nous permet de nous découvrir vivant, et de découvrir la vie dans la personne de l’autre, dans ses déploiements divers à travers l’univers.

« Avant qu’Abraham fut, je suis »

Nous courrons après bien des choses, nous poursuivons des buts qui nous semblent bons, utiles, désirables, nous pouvons défendre des causes, des points de vue, des idées, etc. En tout cela, et dans nos relations, nous engageons notre personne, nos forces physiques et spirituelles… Mais n’oublions pas qu’en tout cela, d’une manière ou d’une autre, la vie nous précède, qu’elle se livre à nous, qu’elle attend notre réponse, et que par conséquent, d’une certaine façon, elle se met en état de dépendre de nous, tout en continuant à se donner.

En pensant et en écrivant cela, chez Thomas, il me semble qu’il se dit tout d’un coup quelque chose de Dieu, quelque chose qui reste toujours plus grand et qui précède toujours que ce qui est dit. Alors, sans doute approchons-nous cette parole de Jésus qui dit « Avant qu’Abraham fut, je suis », ou de ce que Jean-Baptiste affirme : « Après moi vient un homme qui m’a devancé, parce qu’avant moi il était. » Si Jésus dit vrai lorsqu’il affirme : « Je suis le chemin, la vérité, et la vie », il dit qu’il est cette vie qui se livre en créant le monde, en donnant naissance à l’homme, à tout homme…

Alors, peut-être, oui, si nous voyons Jésus ainsi, nous voyons celui qu’il appelle le Père, qui est en lui la vie, dans son mouvement même, dans sa donation même, dans son apparaître même.

Ainsi, je comprends, cher Thomas, que Dieu est présent en nous, puisqu’il est tout simplement la vie qui nous anime, dans sa plénitude, dans son éternité, dans son insaisissabilité… Et je comprends aussi, qu’il m’est toujours impossible de l’appréhender, de le comprendre, de le réduire à mes représentations, puisqu’il en est la toute première source, la toute première origine.

Inconfort

Je n’ai, nous n’avons, mon cher Thomas, qu’une chose à faire, nous livrer au mouvement de la vie, comme elle se donne, en reconnaissant humblement qu’elle nous échappe, et que cela peut nous angoisser, parce que c’est inconfortable – n’est-ce pas ce que fait entrevoir Jésus lorsqu’il dit que le Fils de l’homme n’a pas ou reposer la tête ? En fait, c’est d’autant plus inconfortable que nous avons le plus souvent appris qu’il nous faut maîtriser les situations, être fort, comprendre… Je ne dis pas que tout cela n’a pas d’importance, bien au contraire, mais cela devrait toujours être second, comme autant de moyen de mettre en œuvre cette vie qui se livre à nous, et qu’il nous faut d’abord recevoir le plus largement possible. Or nous utilisons souvent notre force, notre intelligence, notre puissance, d’abord pour la canaliser, la réduire à ce que nous savons ou même à ce que nous croyons savoir…

Voilà pourquoi, cher Thomas, la foi s’accompagne du doute. Non pas d’un doute qui la nie – ce n’est plus un doute, dans ce cas, mais une prise de pouvoir – mais d’un doute qui sans cesse lui fait de la place, un doute qui nous dénude, pour nous inviter à la nudité de la foi.

Ce doute-là, cher Thomas, me paraît la condition première pour accueillir l’autre. C’est un doute qui porte bien plus, au fond sur nous-mêmes que sur Dieu. Un doute qui déconstruit les représentations que nous nous faisons de Dieu, ces représentations qui tendent toutes à le réduire à une idole, dès que nous l’y enfermons. Un doute qui porte au fond moins sur Dieu que sur nous-mêmes, en mettant en question notre manière de nous rassurer avec des définitions, des certitudes, des catéchismes divers, Un doute qui nous fait petit devant la vie qui vient à nous, en la présence de l’autre, de toute autre.

Alors cher Thomas, peut-être pouvons-nous dire que ce doute-là est la condition de la foi.

Je te laisse méditer cela et te souhaite une bonne semaine.

Ton ami,

Desiderius.

PS. Facebook, qui n’aime pas les pseudos a désactivé mon compte. Alors, je compte sur nos amis pour faire circuler cette lettre auprès de leurs amis qui pourraient être intéressés.

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Published by Desiderius Erasme
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commentaires

otschapovski danièle 11/06/2011 17:07


Ce matin je parlais d'un film "la Lutte avec l'Ange" qui est aussi une peinture de Eugène Delacroix à laquelle
jean Paul kauffman faisait allusion pendant sa longue détention en Irak je crois et qui l'avait fait réfléchir longuement sur la mort et de penser à ce tableau l'avait réconforter ( du moins c'est
ce que j'ai cru comprendre )
Dans le film il s'agit d'un malade du sida qui fait de terribles cauchemars où l'Ange vient lui rendre visite et le harcèle sur son comportement , je pense bien du corps astral , sur son corps
physique qu'il n'a jamais su maitriser
Tout le monde doit avoir des doutes surtout dans ces moments terribles ,car malgré les pires avanies on se dit c'était pas mal quand même
vous n'étes pas obligé de publier mon commentaire , mais j'aimerais que vous développiez" la lutte d'Abraham"
ou même ce tableau de Delacroix est là le doute ?de la foi


Desiderius Erasme 13/06/2011 00:51




Yves Le Touzé 06/06/2011 17:28


Il me semble utile de distinguer le doute ‘’méthodique’’ et le doute ‘’existentiel’’. Le premier, que Descartes applique à la pensée scientifique indûment universalisée, est nécessaire pour
nettoyer le contenu de la foi des ajouts historiques qui en ont alourdi et parfois masqué l’essentiel, soit dans les dévotions populaires (par exemple les apparitions, miracles, indulgences, etc.,
qui ne sont pas des ‘’objets de foi’’), soit dans des formulations mal interprétées (par exemple ‘’le Père tout-puissant’’, qui évoque un potentat alors qu’il s’agit de la toute-puissance de
l’amour).
Le doute que nous présente cette 28ème lettre, cher Desiderius, a une dimension existentielle, ce qui ne veut pas dire que l’intelligence n’y a pas sa part. Il représente pour moi l’hésitation de
la liberté au moment de risquer le saut de la foi. Peut-être faut-il évoquer Abraham et le ‘’va vers toi’’, qui le lance vers l’inconnu, et l’Esprit de Pentecôte qui nous propulse dans le chemin,
la vérité, la vie.Je pense qu’il nous renvoie aussi à une réalité de base exprimée dans Mathieu 25, 31 sq. : le lieu de la rencontre vivante avec Dieu, c’est l’autre.
Bien amicalement à toi.


Desiderius Erasme 07/06/2011 00:03



Bien évidemment, je pensais à Abraham, cher Yves...



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