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30 mai 2011 1 30 /05 /mai /2011 06:35

Le salut est entre nos mains

Cher Thomas,

Lire la Bible ou même simplement les Évangiles est une expérience étonnante. Voilà des textes que nous avons lus ou entendus maintes fois, et pourtant, il arrive parfois que soudain ils nous surprennent et nous révèlent un sens que nous n’avions jamais envisagé. C’est ce qui m’est arrivé hier, en lisant avec quelques amis l’évangile de Jean.

On pourrait écrire des livres entiers à propos de cet évangile, tant ses richesses sont inépuisables. Mais rassure-toi, je serai bref. Je ne vais retenir que trois versets, ceux qui précèdent l’entretien avec Thomas.

La scène se passe « le soir du premier jour de la semaine », le jour de la découverte du tombeau vide. C’est, selon Jean, la première apparition aux disciples réunis dans une maison, portes verrouillées, par crainte des Juifs. Jésus « vient et se tient au milieu d’eux ». Sa première parole : « La paix soit avec vous. » Shalom… Une simple salutation. Les disciples se réjouissent de retrouver celui qui leur avait été enlevé. Il reprend : « Shalom… Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie… » Puis il souffle sur eux. Comme le Créateur a insufflé la vie à Adam qu’il venait de modeler avec le limon de la terre, comme le raconte le second récit de la Création, dans le livre de la Genèse. Et il leur dit « Recevez l’Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis. Ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. »

Vois-tu cher Thomas, j’avais toujours entendu et lu cette dernière parole, comme une manière de faire des disciples des juges, qui pouvaient décider dans certains cas de « retenir les péchés ». C'est-à-dire de condamner…

Mais dans ce même évangile, Jésus dit aussi explicitement qu’il n’est pas venu juger le monde, mais le sauver. Et c’est même, avant la scène qui nous occupe, ce qu’il vient de faire en donnant sa vie sur la croix. Tant et si bien qu’il nous faut entendre ce passage différemment. « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie… » C’est donc pour la même mission, pour prolonger ce que Jésus a accompli. Nous voilà donc envoyés non pas pour juger le monde, mais pour lui manifester qu’il est sauvé. Et sans doute devons-nous à notre tour donner notre vie pour cela, si nous sommes les disciples de Jésus l’envoyé du Père – c’est ce que signifie le mot Christ.

Mais alors, cette parole sur « remettre » et « retenir » les péchés sonne tout autrement. Manifester au monde le salut donné en Jésus, c’est bien « remettre les péchés », de sorte que les hommes auxquels nous sommes envoyés soient libérés de tout ce qui les empêche de goûter la plénitude de la vie qui leur est donnée par le Père. Au fond, il n’y a que cela à faire, à charge pour nous de découvrir comment nous y prendre. Avec le soutien de l’Esprit, ce n’est pas impossible.

Du veilleur au libérateur

S’il n’y a que cela à faire, alors la seconde expression, « retenir les péchés », sonne tout autrement. Elle ne sonne pas comme un pouvoir que nous aurions, mais comme un manque qui pourrait être le nôtre, comme une défaillance dans l’accomplissement de cette mission libératrice. C’est ainsi que j’ai entendu ce texte : « Si vous ne libérez pas les hommes de ce qui les entrave, ils ne connaîtront pas la liberté ». Jésus ne nous offre pas un pouvoir sur l’homme, mais nous confie une responsabilité immense, et si nous nous y dérobons, le salut de Dieu ne sera pas donné aux hommes. Le salut est… entre nos mains !

La Bible rapporte qu’à maintes reprises Dieu demande à son prophète d’être un veilleur qui met en garde le peuple lorsqu’il s’écarte de la loi. Jésus va plus loin : il institue ses disciples en libérateur et il leur confie d’une certaine façon toute sa mission. C’est de nous, si nous sommes les disciples de Jésus, que dépend désormais que le salut soit donné.

La tâche est impressionnante, ne trouves-tu pas ? Et nous devons craindre de passer à côté. Nous devons craindre de ne pas assez aimer ceux que nous côtoyons, ceux que nous rencontrons, ceux vers lesquels nous sommes envoyés, puisqu’il nous incombe de faire en sorte qu’ils aient la vie en plénitude, ou pour reprendre l’expression de Jésus, que leur « joie soit parfaite ».

Quel renversement de perspective ! Ce n’est pas ainsi que le plus souvent, nous agissons. Ce n’est pas ainsi qu’en général le monde marche, et c’est sans doute pour cela que Jésus dit à ses disciples « vous êtes dans le monde, mais vous n’êtes pas du monde ! ».

Ayons l’humilité, cher Thomas, de reconnaître que nous ne sommes pas des juges, mais que nous sommes invités à être des « aimants », au sens de ceux qui aiment, qui manifestent l’amour dont ils ont été l’objet et les témoins, pour que d’autres puissent à leur tour entrer dans la joie de l’amour.

Bonne semaine, mon ami.

Desiderius Erasme

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Published by Desiderius Erasme
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Yves Le Touzé 30/05/2011 17:31


Ces versets de l’évangile de Jean, cher Desiderius, sont précisément ceux que la liturgie nous fera entendre le jour de la Pentecôte. Ce passage, qui pourrait s’intituler ‘’la Pentecôte selon saint
Jean’’, invite à se reporter au récit plus ample de Luc dans Act. 2 : lumière purificatrice du Christ ressuscité que répand l’Esprit, souffle qui libère la parole, universalité de l’appel entendu
par chacun dans sa langue propre, et pour finir, aux hommes de bonne volonté : ‘’repentez-vous et faites-vous baptiser au nom de Jésus-Christ pour la rémission de vos péchés’’ (2,38). Cette mise en
scène solennelle nous met bien loin, en effet, de l’étroitesse de nos jugements pharisiens sur la conduite d’autrui, et nous fait désirer que se déploie à travers nous pour toute l’humanité le
souffle (le ’’grand vent’’) de l’Esprit libérateur. ‘’Remettre les péchés’’ ne désigne donc pas un acte juridique, mais notre participation à ce mouvement de l’Esprit libérateur. ‘’Retenir’’(ou
‘’maintenir’’ selon la traduction liturgique) les péchés exprimerait alors l’impuissance respectueuse de l’amour face à une liberté qui se refuse. Là où peut-être je ne vais pas aussi loin que toi,
c’est dans le passage de l’attitude de juge, que je récuse comme toi, à celle de coupable a priori de n’avoir pas su être un bon ‘’veilleur’’. Si ‘’le salut est entre nos mains’’, ce n’est pas en
fixant notre regard sur celles-ci, mais sur l’Esprit qui donne et pardonne, que nous avancerons sans crainte.
Bien amicalement.


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