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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 09:38

François parlerait-il mal, ou parlerait-il trop ? Loin de moi de poser ces questions : ce sont celles que l’on commence à entendre désormais. Ceux qui les posent s’inquiètent. Les uns voient dans les propos du pape des approximations et un relativisme dangereux par rapport à ce qu’ils conçoivent comme « l’enseignement de l’Église » et « la Tradition ». Les autres craignent une dilution de sa parole sous l’effet de la multiplicité de ses interventions, et finalement quelque chose qui ne resterait que « cosmétique ». Ces derniers craignent aussi parfois que le nouveau pape ne tende à ses ennemis dans l’Église, des verges pour se faire battre.

Que le fait de parler ne soit pas sans danger, c’est une évidence. Mais faudrait-il alors se taire pour ne rien risquer ? Ce serait assez peu évangélique, puisque l’invitation du Christ, c’est que ses disciples prennent la parole, pour annoncer que dès aujourd’hui la promesse faite à Abraham et reprise par les prophètes s’accomplit parmi nous.

En parlant, François remet en route la circulation de cette annonce, à tous les hommes. La liturgie du jour nous fait précisément lire aujourd’hui le récit de la prédication de Jonas à Ninive, la ville païenne. Ce qui frappe, c’est précisément la capacité d’écoute des Ninivites et leur désir de vivre. Jonas n’a pas besoin de parcourir plus du tiers de l’immense cité, pour que la nouvelle en ait fait le tour. La parole circule et est entendue, même si Jonas en doute, comme il doute de la sincérité des Ninivites. Il apprendra que Dieu se joue et se rit de ses doutes, car Dieu ne veut entendre que le désir de vivre des hommes pour y répondre positivement.

Voilà pourquoi François parle, remettant l’Église sur les chemins d’une véritable pastorale pour les hommes et les femmes de notre temps, quelles que soient leur condition et leurs convictions.

Peut-être devrions-nous nous interroger, nous, les chrétiens, sur ce que signifie cette abondance de parole. Si François a besoin de « revenir à la charge », c’est sans doute qu’il a le sentiment que nous n’entendons pas assez ce qu’il dit, que nous tardons à en tirer les conséquences, que nous hésitons à nous mettre en tour en route pour inventer la manière nouvelle d’être présent au monde pour lui annoncer la promesse de la vie. Comme si nous attendions que le pape et les évêques « fassent le boulot » à notre place…

C’est pourtant ce dont ce monde est en urgent besoin, et d’abord dans les pays de vieille chrétienté, secoués par les mutations contemporaines. Ces pays qui semblent tétanisés par les changements et obsédés par la volonté de conserver le passé qui fuit entre nos mains. L’Église, c’est-à-dire nous tous, c’est-à-dire le Christ, se doit de participer dès maintenant à l’invention du monde qui naît, pour lui offrir les voies de la fraternité. Nous sommes, particulièrement en France, prisonniers d’un discours politico-économique structuré sur la dialectique du conflit, et sur la défiance. Vieil héritage du matérialisme, dans lequel marxisme et néolibéralisme se rejoignent en dépit de leur opposition. Sur ces bases, nous ne parvenons pas à sortir de l’ornière, et c’est ici que le christianisme – ou plus précisément le judéo-christianisme, né de la parole biblique – a une parole à tenir, qui est celle de la confiance dans un avenir qui s’invente à partir de la parole reçue et échangée, dans la confiance mutuelle – qui n’est pas l’aveuglement –, dans le consentement à la prise de risque et à la perte – ou la perte est un don pour que la vie grandisse… C’est bien ce que ne cesse de dire François, de diverses manières. Comme s’il n’avait de cesse de dire aux chrétiens qu’il est temps qu’ils soient les ferments d’une nouvelle renaissance, puisque tout ou presque est à réinventer en ce monde.

Désidérius Érasme.

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