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27 octobre 2010 3 27 /10 /octobre /2010 17:07

Cantate de Buxetehude, interprétée par Henri Ledroit 

… avec l’aide de l’homme et de la femme !

 Luc  13, 18-21

La fameuse comparaison du « levain dans la pâte », qui a fait couler tant d’encre et donné lieu à tant de discussions, la liturgie nous la proposait hier, permettez-moi d’y consacrer exceptionnellement ma méditation d’aujourd’hui. Vous vous souvenez : autour d’elle se sont opposés les partisans d’une Église discrète, humble, disposée à se fondre dans la pâte humaine comme le levain, et ceux qui soutiennent qu’il est temps de sortir de cette « impasse » et de revenir à des formes de présence visibles et efficaces.

En réalité, ces deux thèses opèrent l’une et l’autre un glissement, me semble-t-il, par rapport à la parole de Jésus. Celui-ci proposait-il une « stratégie d’évangélisation » ? Pas du tout. Si l’on veut à tout prix en chercher une dans l’évangile, il vaut mieux regarder  du côté des envois en mission. Ce dont Jésus parle ici, ce n’est pas de l’Église, mais du « Royaume [ou du Règne] de Dieu ». Si l’un n’est pas sans rapport avec l’autre, les deux ne se confondent pas. Restons en donc au Règne ou au Royaume.

Ce qui frappe dans cette comparaison, c’est la disproportion. Du levain, une petite quantité. Trois mesures de farines, non  pas trois cuillères, mais trois fois quinze litres, si l’on respecte le sens du mot utilisé par Luc en grec ! La femme de la parabole ne fait pas du pain pour son mari et ses enfants, mais pour toute une collectivité… Pour tout un monde, en somme.

Qu’il s’agisse de la graine de moutarde, ou de la poignée de levain, ce que nous apprennent mes deux comparaisons utilisées par Jésus, c’est que le règne de Dieu, c’est quelque chose de presque invisible qui transforme le monde. La graine devient un arbre où les oiseaux « ont fait leur nid ». Le levain fait lever « le tout ». Ce n’est pas une stratégie que décrit Jésus, mais un fait : à la quasi-invisibilité du Royaume répond une œuvre bénéfique et manifeste sans commune mesure avec cette invisibilité. Et de fait, le Royaume de Dieu dans son principe de fécondité, nous est pratiquement invisible. Mais ne pensons pas pour autant que nous ne pouvons pas en voir les effets immenses. Mais sans doute faut-il que nous apprenions à les considérer pour ce qu’ils sont : l’œuvre du Règne invisible de Dieu.

Transmettre

Ce qui est visible, ce sont les artisans de ce passage. Ici les deux comparaisons sont conjointes. La première met en scène un homme, la seconde une femme. Hommes et femmes (l’humanité au complet, et pas seulement une moitié !) sont nécessaires pour que l’œuvre de Dieu s’accomplisse. Le geste est modeste : semer, enfouir. Déposer. Transmettre. Mais la croissance de ce qui est transmis n’appartient pas à l’homme ni à la femme, elle relève du principe du Règne. Mais sans eux, sans leur participation, il n’y a ni l’arbre protecteur, ni le pain en abondance… Sans eux, le règne est impuissant !

Qui veut bien se mettre au service du Royaume en semant, en enfouissant, en transmettant quelque chose de presque imperceptible, sans proportion avec les résultats attendus, en croyant cependant que la croissance suivra ? On est évidemment aux antipodes d’une « stratégie », mais dans l’ordre non seulement de la foi, mais de l’observation de la manière dont la vie se développe effectivement, à partir de presque rien…

D.E.

PS. Pour plus de détail, voir Roland Meynet, L’Évangile de Luc, Lethielleux.

 

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26 octobre 2010 2 26 /10 /octobre /2010 20:55

Jean Gilles, Première lamentation pour le mercredi saint, au soir

Savons-nous que nous sommes guéris ?

Luc 13, 10-17

Le récit de guérison que nous lisons aujourd’hui mérite que nous y prêtions une attention particulière. Tout d’abord, contrairement à la plupart des autres récits de miracles, la personne guérie n’est pas présentée comme ayant fait une démarche personnelle, ni comme étant représentée par un autre. Cette femme infirme depuis dix-huit ans semble n’avoir rien demandé. Pourtant Jésus la guérit. C’est lui qui s’adresse à elle, et non l’inverse. Comme s’il ne supportait pas de la voir ainsi.

Luc nous dit que cette femme n’avait absolument pas été capable de se redresser. Le texte, si on s’en tient à la traduction littérale précise sa situation dans ces termes : c’était une femme « ayant un esprit d’infirmité depuis dix-huit ans ». Ce qui s’entend un peu différemment de la traduction liturgique qui nous dit qu’elle était « possédée par un esprit mauvais qui la rendait infirme », comme si cet esprit était un « agent étranger ». On peut comprendre que cette femme s’était enfermée dans son infirmité, et qu’elle n’était plus capable d’en sortir par elle-même. C’est en fait une situation assez courante… Que personne n’intervienne à son sujet peut laisser penser que tout le monde en avait pris son parti. Pas Jésus.

Jésus, en la voyant, ne considère pas qu’il n’y a rien à faire ni à dire. Et il lui déclare qu’elle peut sortir de son enfermement : « Femme, tu as été libérée de ton infirmité ! » Il n’annonce pas une chose à venir, mais une réalité déjà accomplie, dont elle n’a pas connaissance. La guérison, elle-même, n’est pas le résultat de l’imposition des mains qui suit cette parole. Celle-ci n’a pour effet que de permettre à la femme d’en prendre acte. Jésus ne guérit pas, il manifeste la guérison opérée par Dieu. Et la femme peut alors glorifier Dieu.

Pourquoi cette scène a-t-elle lieu le jour du sabbat,  ce qui choque le chef de la synagogue, à « l’esprit faux » (dixit Jésus) ? Si l’on regarde attentivement le texte, on s’aperçoit que Jésus ne se présente pas comme le maître du sabbat, comme il l’affirme en d’autres circonstances. Il explique autre chose : « Ne fallait-il pas qu’elle soit déliée de ce lien le jour du sabbat ? » Ce n’est pas une question d’opportunité, mais de nécessité. Cette libération devait avoir lieu ce jour-là, semble dire Jésus. Il le fallait, pour que cette femme puisse rendre gloire à Dieu de l’avoir guérie.

Vitale louange

La comparaison avec le bétail que l’on délie pour qu’il puisse aller boire, le jour du sabbat, établit un parallélisme entre l’eau indispensable pour la vie, et la louange de Dieu le septième jour. Telle est la fausseté du chef de la synagogue : il ne voit pas que ce qui est en jeu est essentiel. C’est à la fois la manifestation de l’accomplissement (ce qui est l’un des buts du sabbat), et la possibilité pour un être humain de s’abreuver de la louange de Dieu – ce qui signifie que cette louange est vitale… pour l’homme. En ne comprenant pas cela, le chef de la synagogue vide tout simplement le sabbat de son sens, de sa vitalité !

Il faut de surcroit noter la gratuité absolue de la guérison. Elle était déjà là, sans être référée à un mérite quelconque. Mais un esprit faux – le seul qui soit désigné, c’est en fait celui du chef de la synagogue et de l’assistance ! – la rendait imperceptible, irrecevable.

Dieu, nous dit Jésus, a tout accompli. Il n’est qu’accomplissement. Voilà ce qu’il nous faut accueillir. Et il n’est pas inutile de nous libérer mutuellement de ce qui nous empêche en prendre acte. Tel est la mission fondamentale de Jésus et de ses disciples. C’est-à-dire la nôtre.

D.E.

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22 octobre 2010 5 22 /10 /octobre /2010 11:37

Variation Goldberg n°5, par Glen Gould

Sur la nature du témoignage

Éphésiens 4, 1-6 ; Luc 12, 54-59

L’encouragement que Paul adresse aux Éphésiens, afin qu’ils suivent fidèlement l’appel reçu de Dieu est d’autant plus significatif qu’il écrit depuis la prison où il est retenu. On peut imaginer que ce conseil, Paul se l’adresse tout autant à lui-même, privé de liberté. Même dans ces conditions, la fidélité est la ligne de conduite à suivre. Cet appel, Paul le caractérise par quelques mots qui devraient définir les relations à l’intérieur de la communauté chrétienne : humilité, douceur, patience, amour, unité, paix… Voilà bien ce que les chrétiens doivent manifester entre eux. On retrouve ici la parole de Jésus lors de son dernier entretien avec les apôtres, rapportée dans l’évangile de Jean : « Tous vous reconnaîtront pour mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » Il ne s’agit donc pas simplement d’un conseil destiné à favoriser un bon climat dans la communauté, mais d’un témoignage à rendre face au monde.

Dans ce domaine, me semble-t-il, les chrétiens ont encore du pain sur la planche. Et cela ne concerne pas seulement les divisions entres les Églises, mais celles qui existent dans les communautés elles-mêmes, la propension à se dénoncer, à s’exclure mutuellement…

Cette question du témoignage est centrale.  Dans la dernière phrase de Paul, dans le petit passage que nous lisons, un mot devrait retenir tout particulièrement notre attention.  « Il n’y a qu’un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, qui règne au dessus de tous, par tous et en tous. » Ce par indique que tous sont les instruments et l’expression de son règne. Tous, chacun d’entre nous, vous, moi, et encore tel et tel autre… Dieu règne par nous. C’est assez surprenant quand on y pense sérieusement. Le témoignage chrétien, ce n’est donc pas seulement une manière de rapporter ce que l’on a vu, lu, entendu, ce n’est pas un discours sur Dieu ou les hommes, c’est bien plus. C’est la manifestation du règne de Dieu.

Le temps où nous sommes

Voilà ce qui nous revient, ce qui nous est confié. C’est très impressionnant. Et ça l’est d’autant plus que Dieu nous échappe, nous dépasse.

Comme l’écrit Jean : « Personne n’a jamais vu Dieu, mais le Fils unique qui est dans le sein du Père, l’a présenté. » Comme le Fils a rendu présent le Père, ceux qui sont devenus enfants de Dieu en croyant au nom de Jésus, ont pour tâche à leur tour de rendre présent Dieu pour les autres.

Tel est « le temps où nous sommes », dont parle Jésus dans Luc. Ce temps qui exige que nous soyons lucides sur « ce qui est juste ». Jésus nous y invite fermement, en nous faisant comprendre que si nous ne faisons pas œuvre de justice, si nous ne sommes pas les artisans de la justice, celle-ci s’accomplira finalement, malgré nous et peut-être contre nous. C’est que l’œuvre de Dieu s’accomplit. Voulons-nous être ceux qui la servent, ceux par qui Dieu règne ?

D.E.

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21 octobre 2010 4 21 /10 /octobre /2010 09:11

Sonate en mi mineur, de Scarlatti

Connaître ce qui dépasse toute connaissance

Éphésiens 3-21 ; Luc, 12, 49-53

« … ayant été enracinés dans l’amour, établis dans l’amour, [que le Père vous donne] d’être capables de comprendre avec tous les saints quelle est la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur et de connaître l’amour du Christ qui surpasse tout ce que l’on peut connaître, afin que vous soyez comblés jusqu’à entrer dans la plénitude de Dieu. »

C’est une prière que Paul adresse au Père pour les Éphésiens d’abord, et finalement pour nous ses lecteurs aujourd’hui, et non pas comme pourrait le faire croire une lecture hâtive de la traduction liturgique une injonction : « Restez enracinés… » Il ne s’agit pas tant de faire un effort, mais de recevoir le don que l’Apôtre demande au Père pour nous. Cette prière est, d’ailleurs, soit-dit en passant, l’une des tâches, des pasteurs en faveur de leur peuple…

Que cette connaissance et cette compréhension nous soit accessibles – Paul croit que sa prière sera exaucée – est en soi une révélation et une occasion de rendre grâce, d’autant qu’elles nous conduisent à « la plénitude de Dieu ».

Paul nous place ici au cœur de la contemplation. Il pose les bases de la mystique chrétienne. Et nous pouvons légitimement désirer nous « installer » en ce lieu, comme il nous est raconté que Pierre voulait dresser trois tentes lors de la scène de la Transfiguration.

Au pied du mur

Cependant la liturgie, dans sa sagesse, nous propose de méditer aussi un texte de Luc beaucoup moins irénique. « Pensez-vous que je sois venu mettre la paix dans le monde ? Non, je vous le dis, mais plutôt la division. Car désormais cinq personnes de la même famille seront divisées : trois contre deux et deux contre trois… » L’amour du Christ est paradoxal, puisqu’il ne provoque pas l’unanimité, mais fait éclater les apparentes unités, les fausses solidarités… Si bien qu’il va falloir assumer, encaisser les divisions, les conflits ! C’est au cœur même des contradictions du monde, de ses contradictions les plus violentes, qu’il faut témoigner de l’amour.

 

Cela nous conduit à nous interroger sur la nature même de l’amour. De quoi est-il question ? De quoi Paul parle-t-il lorsqu’il en évoque quatre dimensions, sans même évoquer celle du temps ? Nous percevons bien qu’il y a là quelque chose qui « surpasse toute connaissance ». Nous sommes en quelque sorte au pied du mur de la foi, mis devant le choix d’accueillir ce qui nous dépasse et de croire...

D.E.

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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 09:52

Suites pour Violoncelles, de Bach, par Rostropovitch

De quoi sommes-nous responsables ?

Éphésiens 3, 2-12 ;  Luc 12, 39-48

Chers amis, me voilà de retour après quelques jours dans des contrées septentrionales où je n’avais pas accès à internet.  Veuillez m’excuser de ce silence…

La lettre aux Éphésiens est à mon sens un des textes majeurs du christianisme, que nous devrions toujours avoir à l’esprit.  Paul y pose des affirmations centrales pour la foi chrétienne, et son lien avec l’héritage biblique. Le Christ nous dit-il, rassemble Israël et les païens, les réconcilie, et les réunis en un seul corps. C’est ce que nous lisions hier.

« Les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile », c’est ce que nous lisons aujourd’hui. Et Paul ajoute : « C’est le projet éternel que Dieu a réalisé dans le Christ Jésus notre Seigneur ».

Il n’est pas question pour Paul que les païens supplantent ou remplacent les juifs. Il n’est pas question de substitution, mais de communion, de réconciliation, de partage... Il n’est pas davantage question d’une promesse nouvelle. Dieu ne change pas de projet, il le révèle à tous, et tous peuvent désormais avoir accès à lui en toute confiance, comme le dit l’apôtre. Prenons la mesure de cette révélation.

Ici, nul n’est détenteur d’une vérité que l’autre devrait admettre pour être accepté ou reconnu. Ce qui est au contraire manifesté, c’est l’infinie libéralité de Dieu qui accueille tous les hommes et leur permet de vivre en frères, tous fils du même Père.

Vivre en frères, le livre de la Genèse, nous en montre abondamment la difficulté. D’abord par l’exemple de Caïn et Abel, puis celui d’Ésaü et Jacob, enfin, par l’histoire de Joseph et des autres fils de Jacob.

La question qui nous est adressée, me semble-t-il, c’est de savoir si nous sommes disposés à être les serviteurs de ce projet de Dieu. Dans la parabole du maître de maison qui tarde à venir, Jésus parle d’un intendant à qui est confiée la charge de ses domestiques, à qui il doit donner en temps voulu leur part de blé… Si ces domestiques sont en réalité des frères… ou appelés à être considéré set traités comme des frères, combien plus l’intendant devrait-il prendre soin d’eux. Voilà donc à mon sens, ce qui nous est confié, dès lors que nous voulons suivre le Christ, qui accomplit le projet de Dieu : servir la mise en œuvre de la fraternité.

D.E.

 

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12 octobre 2010 2 12 /10 /octobre /2010 08:55

Beethoven: Sonate Appasionata

On ne fait pas son salut en respectant le réglement

Galates 5, 1-6 ; Luc 11,37-41

« Vous qui pensez devenir des justes en pratiquant la Loi, vous vous êtes séparés du Christ, vous êtes déchus de la grâce ! » Paul n’y va pas par quatre chemins pour dire aux Galates qu’ils se fourvoient. Mais prenons garde, nous qui lisons ce texte aujourd’hui, à ne pas trop vite nous en dédouaner. La maladie spirituelle que combat l’apôtre, si elle prend, dans la communauté des Galates, la forme d’un repli vers un judaïsme ritualiste et obsédé par une certaine idée de la loi, est en réalité une maladie fort courante, qui consiste à croire que l’on fait son salut soi-même par la pratique des commandements, le respect des lois et règlement, par l’obsession de la morale, par l’attachement obsessionnel aux dogmes… 

Dans cette maladie, la foi n’est plus la foi en Jésus-Christ, mais la foi en la règle… Derrière une apparente soumission à la règle, se cache un orgueil insensé, celui de croire que l’on peut par sa seule force accomplir toute justice. Cela finit en général dans l’hypocrisie, le mensonge et l’ignominie comme des exemples récents le montrent. Pour tout dire, le christianisme en crève…

Paul manifeste quant à lui, une liberté bien plus grande. Après avoir lancé à ses interlocuteurs que « tout homme qui reçoit la circoncision est obligé de mettre en pratique la loi de Moïse toute entière » – ce qui à vrai dire est impossible, stricto sensu – il déclare que « dans le Christ Jésus, peu importe qu’on ait reçu ou non la circoncision : ce qui importe, c’est la foi agissant par l’amour ». Il n’est donc pas interdit de vouloir appliquer la Loi, mais il faut ordonner cette application à l’amour, et surtout se tenir dans une attitude de foi qui reconnaît que la justice est l’œuvre de l’Esprit. Il s’agit moins d’accomplir cette justice selon nos vues, que de consentir à ce qu’elle s’accomplisse selon les vues du Père. Ce qui fut l’attitude de Jésus à Gethsémani…

Donner

Luc nous montre un Jésus peu scrupuleux des rites domestiques de la société juive de son temps, « oubliant » de faire son ablution avant de prendre son repas chez le pharisien qui le recevait. Cet homme est surpris : il a  invité chez lui un « maître », qui ne se comporte pas en modèle… L’hôte ne comprend pas la liberté que Jésus prend avec les obligations rituelles. Celui-ci recentre la question de la purification, qui n’est pas illégitime, sur le lieu essentiel où elle doit s’appliquer : au cœur de chacun.

Quant au moyen pour y parvenir, Jésus n’en propose qu’un : non pas accomplir des rites supplémentaires, non pas multiplier des prières, non pas acquérir une connaissance parfaite de la Loi, mais donner… Entrer dans le mouvement de Dieu qui est celui du don : « Donnez en aumône ce que vous avez ! » C'est-à-dire faites du bien aux autres en vous libérant de ce que vous possédez  et qui vous possède. De cette façon, on devient serviteur du Père, on entre dans sa dépendance, et dans l’expérience de la foi…

D.E.

 

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11 octobre 2010 1 11 /10 /octobre /2010 09:59

Francis Poulenc. Figure humaine : Liberté

Galates 4, 22-24. 26-27. 31-5,1 ;  Luc 11, 29-32

Le passage de la lettre aux Galates que la liturgie nous propose de méditer ce matin demande d’être lue avec précaution. Paul, mis en cause par des adversaires qui prétendent s’appuyer sur l’Écriture, veut montrer qu’il ne craint personne dans ce domaine. Il se livre donc à un exercice de virtuosité et il innove. L’allégorie des deux alliances qu’il propose n’a semble-t-il aucun précédent, et les auteurs du livre de la Genèse qu’il invoquent n’avaient certainement pas l’intention de dévaloriser l’Alliance conclue au Sinaï en racontant les circonstances de la conception et de la naissance d’Israël. Gardons-nous donc de tirer d’un argument polémique des conclusions fondamentales quant à Israël. Il y a dans les épitres de Paul bien d’autres choses à ce sujet. D’autant que l’Alliance conclue au Sinaï est bien un pacte scellé avec et par Dieu qui arrache son peuple à la servitude de l’Égypte.

Le sens du propos de Paul, c’est de s’opposer à un retour en arrière. « Ne reprenez pas les chaînes de votre ancien esclavage » écrit-il. Le danger, c’est de ne plus croire en la liberté donnée par le Christ. C’est un danger qui nous menace constamment, car cette liberté est parfois vertigineuse et il peut sembler plus rassurant de se « border », d’inscrire notre vie dans des rails, dans des conduites prétendument obligées, dans une tradition considérée avec la plus grande étroitesse de vue...

C’est ici que l’image de Sarah, la femme libre, est parlante. Cette liberté semblait obérée par la stérilité. Sarah illustre toutes ces situations où nous avons le sentiment que nos efforts, notre fidélité, notre engagement sont stériles, parce que le fruit de nos efforts tarde à venir. Nous sommes alors aux prises avec le doute, avec la tentation de revenir en arrière, de chercher des sentiers plus balisés. Or il nous faut apprendre que ce fruit tant attendue est avant tout don gratuit et plénier de Dieu.

Signe d’amour

Paul nous rappelle que Sarah et Abraham ont finalement vu le fruit de la promesse de Dieu, et il nous invite vivre en hommes et femmes vraiment libérés par le Christ.

L’admonestation de Jésus à la foule, à qui il reproche de demander un signe pour croire ramène à la même question, qui est celle de la foi. « Il y a ici bien plus que Salomon… Il y a ici bien plus que Jonas… » Le Fils de l’homme est le signe par excellence, mais en avons-nous vraiment conscience ? Nous n’aurons rien de plus… Mais si nous y réfléchissons bien, pourrait-il y avoir un signe d’amour plus grand que celui d’une vie totalement donnée, jusqu’à en mourir ? Si nous ne croyons pas à cet amour-là, à quoi pourrions-nous croire ?

D.E.

 

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10 octobre 2010 7 10 /10 /octobre /2010 14:59

Extrait du Quatuor à cordes n°3, en la majeur, de Schumann

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9 octobre 2010 6 09 /10 /octobre /2010 11:46

Prélude pour Luth, de Bach

Entre Paul et Jésus…

Galates 3, 22-29 ; Luc 11, 27-28

Lorsque nous lisons dans ce passage de l’épitre aux Galates : « C’est vous qui êtes la descendance d’Abraham, et l’héritage que Dieu lui a promis, c’est à vous qu’il revient », n’oublions jamais les circonstances de l’écriture de cette lettre. Paul réagit de façon virulente à des contradicteurs qui voudrait imposer aux chrétiens venus du paganisme une pratique rituelle de la Loi, et notamment, si l’on consulte ce qu’écrit Luc dans les Actes des Apôtres, la circoncision. Ce qui est en cause, c’est en fait la foi elle-même. Pour Paul, se centrer sur la Loi, c’est courir à l’échec, en constatant que nul homme ne peut être juste. La Loi, dit-il, est un juge, un « surveillant », qui met en évidence l’incapacité de l’homme à correspondre, par lui-même, aux exigences d’une vie juste.

Pour Paul, seul Dieu peut accomplir ce qui est impossible à l’homme et le sauver de cette malédiction. C’est ce que l’apôtre a reconnu en la personne du Christ, après avoir été un adversaire de la foi en Jésus.

Ce que Paul écrit ne doit pas être entendu comme une restriction du don de Dieu à un groupe humain au détriment d’un autre. Il s’agit au contraire d’un dépassement de ce genre de catégories : « Il n’y a plus ni Juif ni païen, il n’y a plus ni esclave, ni homme libre, il n’y a plus ni l’homme ni la femme, vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus. » La foi transcende et dépasse ces catégories humaines. C’est elle qui met l’homme dans la disposition de vivre dans la justice, si bien que comme Paul le dira plus loin, il n’est pas question de se comporter comme si la question d’un comportement juste ne se posait pas, il n’est pas question de se comporter « selon la chair ». Ce serait nier l’œuvre de Dieu.

Contradiction

Cette œuvre de Dieu, Jésus l’a caractérisée au début de sa vie publique, par les Béatitudes : Heureux… Or Luc éprouve le besoin de nous faire réentendre ce mot, après les annonces de la Passion, après que Jésus s’est mis en route vers Jérusalem. A une femme qui s’émerveille de ses paroles et y voit une source, non seulement de fierté, mais de joie pour sa mère, Jésus répond, que la vraie joie nait de l’écoute et de l’observance de la Parole de Dieu. C'est-à-dire de la Loi et des Prophètes…

Y aurait-il une contradiction entre Paul et Luc ? Plus grave, entre Paul et Jésus ? C’est bien de la même Loi qu’il est question de part et d’autre. Jésus ne semble-t-il pas en faire une condition du salut ? Dans la parabole du pauvre nommé Lazare, il est dit au « riche » que si ses frères n’écoutent  pas la Loi et les Prophètes, même si un homme ressuscitait d’entre les morts, ceux-ci ne seraient pas convaincu de la nécessité de se convertir… Enfin Jésus, à plusieurs reprises, dit qu’il n’est pas venu abolir la Loi, mais l’accomplir.

Tout tient en fait dans ce que si nous sommes invités à écouter et à observer la Parole de Dieu, c’est en reconnaissant que c’est, en nous, Jésus qui l’accomplit. Alors nous faisons l’expérience de la foi, telle que Paul la propose.

D.E.

 

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7 octobre 2010 4 07 /10 /octobre /2010 10:07

Jonah and the whale, par Louis Armstrong. Un autre conte...

De la manière de lire

Actes 1, 12-14 ; Luc 1, 26-38

L’Église célèbre aujourd’hui « Notre-Dame du Rosaire », une fête somme toute récente, puisqu’elle fut instaurée à la fin du xvie siècle, pour inviter les fidèles à méditer les « mystères », mais aussi pour se souvenir de la victoire de Lepante, lorsque la « Sainte Ligue » l’emporta, sur mer, contre les Ottomans, le 7 octobre 1571… Comme quoi, derrière des motifs spirituels se trouvent parfois des objectifs politiques, qui laissent des traces dont nous n’avons pas toujours conscience.

La méditation des « mystères » a été incontestablement un outil de transmission de la foi. Une forme de catéchisme spirituel en résumé.  Avec sans doute un inconvénient : celui de fixer des images parfois détachées de la fréquentation du texte évangélique lui-même, avec le risque de ne plus faire attention aux genres littéraires différents qui portent les différents « mystères »

Si l’on s’arrête sur le texte de Luc que la liturgie nous propose pour cette fête, on peut s’interroger sur son genre littéraire. Il ressemble, à quelques égards, au livre de Tobie,où un autre ange, Raphaël, veille sur les destinées d’une famille, et notamment sur le mariage de Tobie et Sarah… Aucun lecteur sérieux de la Bible ne prendrait cette histoire pour une vérité historique : il s’agit d’un conte  « théologique » et moral, qui nous enseigne des choses importantes du rapport de l’homme à Dieu, à la justice, à l’amour, à la vérité et aux autres hommes… La fiction a pour effet de donner une « image » du vrai, pour aider à le percevoir et à le comprendre, tout en sachant que ce n’est qu’une image !

De toute évidence, Luc, quand il écrit cette partie de son évangile, s’inscrit dans cette veine. Évidemment, les choses sont un peu plus complexes, parce que Marie n’est pas un personnage de fiction. Néanmoins, cela n’empêche pas que pour parler d’elle et de son rapport à Dieu, Luc utilise ici des ressources littéraires fictionnelles – courantes à son époque, et qui le resteront, au moins jusqu’à la Renaissance, sinon jusqu’au xixe siècle et son obsession scientiste, …

Cela a pour conséquence que lorsque nous lisons ce texte, il nous faut le considérer pour ce qu’il est, et y chercher d’abord le contenu théologique, sans le prendre pour un récit « journalistique » ou strictement historique. D’ailleurs la scène n’a pas eu de témoins. L’argument selon lequel Marie aurait raconté la scène est non seulement invérifiable, mais peu plausible, car on sent trop le travail littéraire dans les propos prêtés aux personnages. S’il y a une scène originelle derrière ce récit, il faut bien admettre que nous n’y avons pas accès.

Le choix de la foi

Cela ne nous empêche pas de méditer sur le désir de Dieu de faire grâce (« comblée de grâce » renvoie au nom du Baptiste : Yohanan, qui signifie « Dieu fait grâce ». Le jeu littéraire est évident. Ni non plus de méditer sur la disponibilité de Marie à l’œuvre de l’Esprit. Mais là encore, prenons garde à notre manière de lire. L’Esprit reste l’Esprit et ne l’imaginons pas se substituant au mâle… Il nous est simplement dit que dans la conception d’un enfant, acte éminemment charnel dont il n’est absolument pas précisé qu’il « s’évapore » disparait, Dieu engage sa puissance, et prend tout « sous son ombre », sous sa responsabilité. Une fois de plus, il nous faut admettre que nous n’avons tout simplement pas accès à ce qui se passe « concrètement », et nous devons donc  nous garder d’en conclure quoi que ce soit.

Ce qui nous reste, au fond, devant ce texte, c’est le choix de la foi. Non pas pour dire cela s’est passé comme ceci ou cela, mais pour considérer à notre tour que Dieu nous propose de placer notre vie « sous son ombre », dans le mouvement de son Esprit… A chacun de découvrir de quoi il en retourne alors. A chacun de voir comment ce « conte » n’est pas à dormir debout.

D.E.

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  • Desiderius Erasme
  • La liberté de l'Evangile est la plus belle chose que l'on puisse partager. Elle est à la fois critique et aimante, source de joie et soutien dans l'épreuve. Elle invite à toujours plus d'humanité...
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