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6 octobre 2010 3 06 /10 /octobre /2010 09:01

Sonate à Kreutzer, Mouvement n°II.

De l’importance de la communion

Galates 2, 1-2. 7-14 ; Luc, 11, 1-4

Il y a beaucoup de choses dans le passage de la lettre aux Galates que nous lisons aujourd’hui. Je voudrais m’arrêter seulement sur le début. Paul y explique aux destinataires de cette lettre qu’il est « de nouveau monté à Jérusalem au bout de quatorze ans ». Cette indication de temps est importante, elle nous donne la mesure de la première mission de Paul, qu’il a conduite avec Barnabé en partant d’Antioche. Quand on lit le récit de Luc dans les actes des apôtres, on peut avoir l’impression que les choses vont beaucoup plus vite. Ces quatorze ans nous invitent à méditer sur la durée nécessaire d’un enracinement, alors que nous vivons dans une époque où la vitesse, l’immédiateté s’imposent. Le temps de l’annonce de l’Évangile est un temps long. Celui de nos conversions aussi, même s’il y a des moments forts, des instants repères qui datent une découverte un retournement. Il faut ensuite le temps d’un murissement.

Paul dit encore autre chose : s’il monte à Jérusalem, c’est pour y rencontrer les responsables de la communauté, notamment Pierre, Jacques et Jean. Car il ne voulait pas, écrit-il, « risquer de courir pour rien ». Quand bien même il est habité par la certitude intérieure de sa mission, fort de la grâce qu’il avait reçu, Paul éprouve le besoin d’une confirmation ecclésiale. Ces quatorze années de mission qu’il vient d’accomplir, il les remet à l’Église. Comme la suite le montre, cette démarche d’humilité ne le rend pas servile. Bien au contraire, c’est parce qu’il aura été confirmé dans la grâce reçue qu’il osera s’opposer à Pierre quand il le jugera nécessaire, non pas pour défendre ses intérêts, mais par fidélité à la grâce reçue.

Source

Cette humilité de Paul a une origine, celle des disciples eux-mêmes, qui vont eux aussi à la source, pour pouvoir vivre ce à quoi ils sont appelés. Ils ne se contentent pas de calquer leur comportement sur celui de Jésus. Chacun, voyant Jésus prier, aurait pu se dire simplement qu’il suffisait de prier à son tour. La prière n’était pas une chose étrangère à la culture juive à laquelle ils appartenaient. Ayant fréquenté la synagogue et le Temple, ils pouvaient en avoir une idée assez précise. Mais ils éprouvent, au moins l’un d’entre eux, le besoin d’apprendre à prier, et d’avoir Jésus comme maître de prière. Il y a donc plus dans le « Notre Père » qu’une suite de parole doctement organisée que l’on va pouvoir répéter sans se tromper. Il s’agit d’être, en priant, en communion avec le Fils qui prie le Père.

Pour conclure, ce que nous pouvons retenir, c’est cette nécessité de rechercher cette communion qui consacre la vérité de nos engagements. Faute de quoi nous risquerions, nous aussi, de courir pour rien.

D.E.

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5 octobre 2010 2 05 /10 /octobre /2010 08:30

De Paul à Marthe et Marie

Galates 1, 13-24 ; Luc 18, 38-42

Comment lire l’apologie que Paul fait de lui-même dans ce début de la lettre aux Galates ? Sans doute ne faut-il pas oublier qu’il répond à des attaques qui mettent en cause l’annonce qu’il a faite du Christ. Ce n’est donc pas tant lui-même qu’il défend que ce qui est passé par lui. Ce qu’il veut montrer, c’est que cette annonce n’est pas le fait de « petits arrangements » humains, mais que la part de Dieu y est décisive. Ce qu’il est devenu est d’abord le fait de Dieu lui-même.

Une telle affirmation peut s’entendre de deux façons. Elle peut être considérée comme présomptueuse. Qui peut s’autoriser de Dieu ? N’est-il pas facile et parfois dangereux de parer nos actes d’une prétendue bénédiction divine ? Il vaut mieux s’en garder. Mais on peut aussi entendre ce que dit Paul comme une forme d’humilité : ce n’est pas à son propre talent, à ses propres mérites, qu’il attribue le chemin parcouru. Cette lecture est d’autant plus justifiée que Paul ne cache pas qu’il a vécu une conversion radicale, que Dieu l’a retourné, alors qu’il était un adversaire résolu de « l’Église de Dieu ». Paul nous dit qu’en agissant ainsi, il allait à l’encontre de l’appel qui avait été inscrit en lui dès le sein de sa mère. Par ailleurs, Paul, si on le lit bien, ne revendique pour lui-même aucune gloire, ni aucun pouvoir.

Qu’en retenir, sinon que, pour ce qui nous concerne, il n’est peut-être pas inutile, de nous demander ce qui dans nos vies ce qui ne doit rien à nos propres mérites, à nos propres efforts : ce qui résulte d’un don qui a pu passer par différents chemins, et qui nous a faits ce que nous sommes. Nous y trouverons peut-être celui que Paul nomme Dieu…

La rencontre de Jésus avec Marthe et Marie peut-être lue dans cette perspective. Ce qui frappe d’abord, et sur quoi l’on n’insiste pas toujours assez, c’est la simplicité de cette rencontre. Pas de miracle ni de controverse, pas d’enseignement public, ni de parabole… Une visite simple, ordinaire. La réponse sans doute à l’invitation de Marthe. C’est elle qui est actrice et qui, du coup, permet à Marie d’avoir l’occasion de s’entretenir avec Jésus. Ainsi, « la meilleure part » qu’a choisie Marie est-elle d’abord un don qui lui est proposé, et Marthe elle-même n’y est pas pour rien. Mais ce que Jésus répond à Marthe qui s’inquiète du service et voudrait d’une certaine façon remettre en question ce don, c’est que celui-ci est irrévocable. Jésus signifie ainsi, de façon discrète, la fidélité de Dieu.

C’est pourquoi il n’est pas très pertinent d’opposer Marthe et Marie comme on le fait trop souvent, comme l’une, la contemplative, sereine, devait l’emporter sur l’autre, l’active, inquiète… D’ailleurs, si l’on prête attention à la réponse de Jésus à Marthe, on voit qu’elle est pleine d’affection, comme l’indique la double répétition de son nom… Jésus, me semble-t-il, aime pleinement les deux femmes chez qui il est reçu. Cela mériterait que nous y fassions davantage attention.

D.E.

O Jesu du mein Leben, de Samuel Scheidt (1587-1654), par Henri Ledroit

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4 octobre 2010 1 04 /10 /octobre /2010 08:35

Leçon de ténèbres, de De Lalande. "Tombeau de Sainte-Colombe"

Quel est l’évangile que nous avons reçu ?

Galates 1, 6-12 ; Luc 10, 25-37.

Si nous avions une idée idyllique des débuts de l’Église, et si nous rêvions d’un âge d’or où tout allait bien et était clair, où tout le monde s’entendait, la lettre de Paul aux Galates suffit à nous ramener à la réalité. C’est vertement que Paul s’insurge contre ceux qui « jettent le trouble » parmi les Galates, et qui prétendent annoncer un autre Évangile que celui qu’il a prêché. Un évangile qui dit-il ne serait plus la révélation de Jésus Christ.

Pour nous qui lisons ce texte aujourd’hui, c’est une invitation à toujours revenir à l’Évangile que nous avons reçu de l’Église. C’est autour de lui que nous nous rassemblons.

Pour autant, cela ne nous dispense pas que la question de l’interprétation. Cette question est en effet présente dans l’Évangile lui-même, comme nous pouvons le percevoir dans la lecture de Luc, ce matin. Au docteur de la Loi qui l’interroge pour savoir ce qu’il doit faire pour avoir la vie éternelle, Jésus ne répond pas par un énoncé définitif. Il lui demande : « Dans la Torah, qu’y a-t-il écrit ? Que lis-tu ? » La Torah est vaste, on peut y lire beaucoup de choses… Si bien que la réponse de Jésus met en valeur la responsabilité du lecteur.

Vient ensuite la parabole dite du bon Samaritain. Elle est suscitée par la question du docteur de la Loi : « Et qui donc est mon prochain ? » C’est une façon de demander : qui est susceptible d’être aimé ? Qui dois-je aimer ? Avec, en arrière plan sans doute cette autre question : qui le mérite ?

C’est une question qu’en fait nous nous posons souvent parce qu’il y a ceux que nous aimons « naturellement », ceux qui nous semblent « aimables », et les autres, ceux que spontanément nous n’aimons pas, qui nous répugnent, qui nous énervent ou nous blessent, ou ceux qui nous sont tout simplement indifférents.

Le Samaritain de la parabole ne se pose pas cette question : il vient au secours de la vie blessée, en danger… Et Jésus invite à se comporter comme lui, qui s’est fait le prochain de la victime.

Mais que signifie dès lors cette parabole à l’égard de la Loi qui vient d’être évoquée ? Dans l’évangile de Matthieu (24, 34-40) Jésus dit que l’amour de Dieu et l’amour du prochain sont deux commandements semblables et que d’eux dépendent toute la Loi et les Prophètes. Dès lors le prochain apparait comme « semblable » à Dieu. Et le Samaritain de la parabole peut aussi être regardé comme une description de l’attitude de Dieu qui vient prendre soin de l’homme blessé – c’est bien le sens de l’Incarnation.

Se faire le prochain de quelqu’un, c’est offrir sa personne à Dieu pour venir en aide à celui qui en a besoin. Mais aimer son prochain, c’est aussi reconnaître en lui quelque chose de la présence de Dieu qui vient au secours de notre faiblesse…

Tel est l’Évangile que nous avons reçu de l’Église : la révélation de l’amour de Dieu pour les hommes  et du fait qu’il passe par nos mains et nos cœurs d’hommes et de femmes. Il n’y en a pas d’autre…

D.E.

 

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3 octobre 2010 7 03 /10 /octobre /2010 22:00

The lady and the Unicorn, John Renbourn

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2 octobre 2010 6 02 /10 /octobre /2010 11:37

Jubilate Deo, d'Heinrich Schütz

A propos des anges

Exode 23, 20-23a ; Matthieu 18, 1-5.10

Nous avons fêté les archanges, il a trois jours, et la liturgie nous propose de célébrer aujourd’hui les anges gardiens. Dans le Livre de l’Exode l’ange de Dieu accompagne le peuple qui sort d’Égypte (cf. par exemple Ex 14, 19) et le protège. Il s’est manifesté à Moïse dans le Buisson ardent, si bien que nous pouvons le considérer comme une forme de la présence de Dieu lui-même. Dans le texte que nous lisons ce matin, qui se situe au moment de la conclusion de l’Alliance au Sinaï, l’ange de Dieu va être celui qui va veiller sur Israël jusqu’à l’entrée en terre promise – « le lieu que je t’ai préparé ».

Il est recommandé à Israël de se comporter à l’égard de l’ange de Dieu, comme à l’égard de Dieu lui-même : respecter sa présence, écouter sa voix, ne pas lui résister… en d’autres termes lui obéir (étymologiquement : prêter l’oreille à quelqu’un, oboedire)

Ainsi, parler d’ange gardien, c’est une manière de parler de la façon dont Dieu veille sur ceux à qui il a donné la vie, et dont il se rend présent à eux. Si le mot d’ange évoque pour nous des créatures célestes, telle que les peintres les ont souvent représentées, le mot hébreu que l’on trouve dans la Bible peut se traduire simplement par « envoyé » ou « messager ». Il renvoie donc à une réalité moins extraordinaire. J’aime entendre cela comme une invitation à ne pas chercher midi à quatorze heure. Ce qui importe, ce n’est pas l’extraordinaire, le surnaturel que constitueraient les anges, mais la présence même de Dieu qui peut se manifester par des « envoyés » très divers, parfois surprenants de simplicité. L’ange n’a de sens que par Dieu et pour Dieu. Évitons de le survaloriser, de l’idolâtrer : ce serait comme dans l’histoire de l’homme qui à qui un savant montre un astre, fixer le regard sur le doigt qui indique la direction, plutôt que sur l’astre lui-même…

Le texte d’évangile qui nous est proposé est presque le même que celui que nous lisions hier pour la fête de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus. Sans doute faut-il bien nous entrer dans la tête cette leçon sur le fait d’être fils et fille de Dieu. Nous ne nous pensons pas naturellement comme tel…

Un verset cependant y a été ajouté : « Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits, car, je vous le dis, leurs anges dans les cieux voient sans cesse la face de mon Père qui est aux cieux ».

Les versets qui précèdent mettent en garde ceux qui pourraient provoquer la chute « d’un seul de ces enfants qui croient en moi » - ce qui désigne ceux qui sont devenus par la foi enfants de Dieu. Et ceux qui suivent précisent que « le Père ne veut pas qu’un seul de ces petits se perde ». Ainsi, le verset « supplémentaire » que nous lisons manifeste-t-il l’attachement extrême de Dieu à ses enfants, ce que traduit l’image des anges qui voient sans cesse la face du Père...

Méditons donc sur cet attachement si grand de Dieu à ses enfants que traduit l’image des anges gardiens. Et n’oublions pas que le plus grand des envoyés de Dieu s’est fait homme en la personne de Jésus.

D.E.

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1 octobre 2010 5 01 /10 /octobre /2010 08:30

Messe en si mineur, de Mozart. Credo: Et incarnatus est... par Natalie Dessay

Fête de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus

Romains 8, 14-17 ; Matthieu 18, 1-5

Nous fêtons aujourd’hui sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus. Celle que l’on appelle « la petite Thérèse », par opposition à « la grande », Thérèse d’Avila, la réformatrice du Carmel. Il y a autour de la petite Thérèse tout un discours sur l’enfance et l’humilité aussi sirupeux que douteux qui pourrait laisser croire que la foi est pour les chiffes molles. Mais ce discours passe sous silence l’incroyable force de caractère et la passion éclatante de la jeune carmélite qu’avait si bien rendu Alain Cavalier dans le film qu’il lui a consacré. Et si Rome a fait d’elle l’une des trois femmes « docteur de l’Église », ce n’est pas pour la candeur de ses convictions !

L’esprit d’enfance n’a de sens en effet que s’il s’agit d’être fils ou fille de Dieu. C’est ce qu’annonce le prologue de l’évangile de Jean : « A tout ceux qui l’ont reçu [le Verbe], il a donné le pouvoir de devenir enfant de Dieu ». C’est aussi ce que dit Paul dans l’épitre aux Romains : « Frères tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit sont fils de Dieu. L’Esprit ne fait pas de vous des esclaves, des gens qui ont encore peur… » Thérèse avait justement surmonté ses peurs, ses névroses, pour mettre sa fierté dans le Christ.

Mais, me direz-vous, Jésus ne dit-il pas, prenant un petit enfant et le montrant à ses disciples qui voulaient savoir « qui est le plus grand dans le Royaume des cieux » : « Si vous ne changez pas pour devenir comme les petits enfants, vous n’entrerez point dans le Royaume des cieux. » Et il poursuit : « Celui qui accueillera un enfant comme celui-ci en mon nom, c’est moi qu’il accueille. » Plutôt que de nous fixer sur l’image du bambin, il me semble qu’il faut regarder Jésus. Ce qu’il dit est un peu une charade à tiroir. Si accueillir l’enfant, c’est accueillir le Christ, le Fils du Père, alors devenir comme les petits enfants, c’est devenir comme le Fils.

Par conséquent, plutôt que d’utiliser la figure de l’enfant pour y projeter nos propres fantasmes, nos propres représentations, regardons la manière dont Jésus est Fils, et songeons que c’est à cet enfant-là que nous sommes invités à ressembler. Cela devrait nous garder de la mièvrerie, et nous permettre d’avoir l’ambition de Thérèse qui voulait n’être rien de moins que le cœur de l’Église !

La gloire des héritiers

L’enseignement de Thérèse, ce n’est pas qu’il faille d’abord se considérer comme quantité négligeable et écraser tous les élans de vie qui nous habitent, c’est qu’en toute circonstance, en toute place, y compris la plus humble, il nous est permis d’avoir la plus grande ambition : celle d’être enfant de Dieu, celle de servir la vie de toutes nos forces. En ce sens il n’y a plus de petites et de grandes places : dans l’amour – qui est le cœur de la vie de Thérèse – ces catégories disparaissent pour laisser place à l’œuvre sans limite de Dieu. C’est bien ce que dit Paul : «Puisque nous sommes ses enfants, nous sommes aussi ses héritiers ; héritiers de Dieu [la formule est stupéfiante !], héritiers avec le Christ, si nous souffrons avec lui, pour être avec lui dans la gloire. »

Voilà la vraie destination de l’enfance : être avec lui dans la gloire !

D.E.

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30 septembre 2010 4 30 /09 /septembre /2010 09:32

String quartet n°2, premier mouvement (allegro nervoso), de György Ligeti

D’un envoi en mission à l’autre

Job 19, 21-27a ; Luc 10, 1-12

Luc rapporte dans son évangile deux envois en mission. Celui des Douze, puis celui des soixante-douze que nous lisons ce matin. Le second est plus développé que le premier, mais les ressemblances sont grandes. Les deux textes sont situés de part et d’autre de la première puis de la deuxième annonce de la Passion, de part et d’autre de la confession de foi de Pierre.

Dans le second, Jésus précise : « Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups », et il en dit davantage sur la possibilité que les disciples trouvent mauvais accueil.

On a donc le sentiment d’une accélération – Jésus multiplie le nombre des envoyés, comme si le temps pressait – et d’une dramatisation.

Mais en même temps, Luc met dans la bouche de Jésus cette phrase : « La moisson est abondante… » Ce n’est donc pas que la contradiction, les obstacles, les refus, amoindrissent le fruit de ce qui a été semé. Il semblerait même que cela soit le contraire. C’est une indication à laquelle il faut prêter attention, car nous pourrions être tentés de croire que c’est dans un temps de calme et de sérénité que la propagation de la Bonne Nouvelle est la meilleure.

Pas du tout semble dire Jésus, c’est lorsque le Fils de l’Homme marche vers sa Passion qu’il faut se préparer à une moisson abondante.

Tout proche

A cet égard la confession de foi de Job est remarquable : c’est au moment où ses amis l’accablent et où il les supplie d’avoir pitié de lui qu’il affirme avec puissance sa conviction : « Je sais moi que mon libérateur est vivant et qu’à la fin il se dressera sur la poussière des morts ; avec mon corps, je me tiendrais debout, et de mes yeux de chair je verrai Dieu… » Sans doute Job a-t-il toujours aimé Dieu, mais c’est dans les circonstances tragiques de son épreuve qu’il dit sa foi avec cette force surprenante, comme par un effet de contraste. C’est la contradiction qui opère le dévoilement…

S’il en est ainsi, ne déplorons pas trop que les circonstances soient parfois difficiles. Ne perdons pas de vue l’essentiel que Jésus répète par deux fois : que l’accueil soit bon ou mauvais, le Royaume de Dieu est tout proche…

D.E.

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29 septembre 2010 3 29 /09 /septembre /2010 00:11

Parmi les Vingt regards sur l'enfant Jésus, d'Olivier Messiaen, celui des Anges

Fêtes des anges gardiens, Michel, Gabriel et Raphael,

Apocalypse 12, 7-12a ; Jean 1, 47-51

J’écrivais avant-hier, à propos de Satan, dont il est question dans le livre de Job, qu’il est assez peu présent dans le Premier Testament. Les anges – et notamment l’Ange de Dieu – le sont beaucoup plus. L’image qu’emploie Jésus lors qu’il rencontre Nathanaël est ainsi empruntée au récit du songe de Jacob, dans le livre de la Genèse.

La liturgie nous invite à fêter les « saints archanges », Michel, Gabriel et Raphaël que la peinture nous a habitué à voir comme des être humains dotés d’ailes resplendissantes. Ceux-là, nous ne les voyons qu’en images, mais ces images nous aveuglent sans doute par leur caractère extraordinaire.

Les anges de l’Ancien Testament sont souvent plus ordinaires. Les uns ressemblent à des voyageurs qui s’arrêtent devant le campement d’Abraham. Un autre se bat avec Jacob dans la nuit et refuse de donner son nom. Toute une kyrielle d’entre eux font la navette le long d’une échelle tendue entre la terre et le ciel – ce sont ceux du songe de Jacob –, un autre stoppe l’âne de Balaam qui voulait aller maudire Israël, un autre encore accompagne le jeune Tobie tout au long de son voyage, sans que le jeune héros se doute une seule seconde qu’il a affaire à une créature céleste… Tous manifestent une forme non seulement de présence mais de sollicitude de Dieu à l’égard tel ou tel personne. Ils ont quelque chose de Dieu, sans l’être tout entier – est-ce pour cela qu’ils viennent à trois pour annoncer à Abraham que la vieille Sarah va enfin être enceinte ? l’Apocalypse nous dit qu’ils combattent l’Accusateur et ses acolytes.

Ai-je vu des anges ? A vrai dire je n’en suis pas sûr, car ils ne se font guère reconnaître. La tradition chrétienne les qualifie de créatures spirituelles. Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, les créations de l’esprit circulent largement, il suffit de penser aux rumeurs pour en convenir. Dès lors nous pouvons concevoir que Dieu suscite lui aussi des entités spirituelles qui mettent en mouvement les hommes, séparément ou collectivement, à commencer par des capacités d’être attentif, des élans de compassion, d’amour, des exigences de justice, de vérité… Toutes choses par quoi nous éprouvons la vérité et la simplicité de notre humanité ;

Si nous voulons « voir les anges », cela nécessite peut-être de prêter attention à ce qui nous déplace de nos certitudes « bétonnée », à ce qui nous rassemble, à ce qui nous rend capables de réconciliation, à ce qui nous rend disponibles à l’autre, bref à tout ce qui nous met sur le chemin de l’amour et de la vie. C’est en effet là qu’est vaincu l’Adversaire, celui qui divise et accuse… Et c’est à cette défaite que nous pouvons reconnaître qu’un ange est passé…

Je veux bien appeler « ange » tout cela, pour commencer, en me disant que si je parviens à apprendre à les discerner ainsi, il est probable que mon regard s’élargira encore, parce que ma sensibilité s’aiguisera de manière telle que je percevrai mieux les mouvements de l’esprit.

Alors n’attendons pas de les voir pour croire… Ce n’est pas ainsi qu’ils se révèlent et la foi ne s’impose pas de cette façon-là. Pensons plutôt qu’en avançant dans l’expérience de fois, nous vérifierons la parole de Jésus à Nathanael : « Je te dis que je t’ai vu sous le figuier et pour cela tu crois ! Tu verras des choses plus grandes encore. » C’est choses plus grandes ne sont pas des preuves qui contraignent à la foi – les anges ne se montrent pas ainsi – mais des dons plus grands à laquelle le chemin de foi que nous faisons nous prépare.

D.E.

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28 septembre 2010 2 28 /09 /septembre /2010 08:41
Hot Tuna et Jorma Kaukonen

Death don't have no mercy in this land,

 

Quand la souffrance de l’autre invite au silence

Job 3, 1-3. 11-17. 20-23 ; Luc 9, 51-56

Voilà Job atteint dans sa chair. Il est l’homme torturé, martyrisé, à bout. L’auteur avec une force bouleversante nous communique la détresse de son personnage. Il nous fait entrer dans ce que la condition humaine peut avoir parfois d’insupportable, de révoltant. Dans un passage précédent, que nous n’avons pas lu, l’auteur a précisé une nouvelle fois que Job, malgré les injonctions de son épouse, n’a pas voulu maudire son Créateur, et qu’il considère qu’il faut accueillir le malheur, tout autant que le bonheur, comme un don de Dieu.

Le malheur qui frappe Job semble n’avoir aucune « utilité », aucune justification. Job n’a pas, pour s’en délivrer les ressources d’une parole qui en délivrerai le sens ou l’origine, il n’y a pas de nœuds à défaire, pas de guérison intérieure à opérer. Le livre de Job ne sera pas le récit d’une psychanalyse. On n’y rencontre que de la souffrance sans cause repérable.

Si Job parle, c’est parce que sont venus le voir ses amis, et qu’ils sont eux-mêmes accablés par sa situation.

Ce qui sort, c’est la révolte que provoque cette situation incompréhensible, innommable. C’est peut-être d’abord ce que nous, lecteurs, devons entendre. La parole qui nait de la souffrance n’est ni

douce, ni modérée. Elle explose et dérange. Elle est injuste, excessive. Il ne faut pas nous en étonner. Gardons-nous de vouloir la contenir, au motif qu’elle nous éclabousse et nous blesse. Acceptons qu’elle vienne mettre en doute le sens que nous attachons à l’existence. Comprenons que dans certaines circonstances, le caractère absurde de la souffrance rende enviable l’idée de la mort. Entendons au moins ce que disait dernièrement en public le jeune philosophe Alexandre Jollien, infirme moteur cérébral : « Surtout évitons de donner un sens à la souffrance ! »

La question que pose la situation de Job, à ce point du livre est double : Job va-t-il résister à l’épreuve à laquelle il est soumis ou va-t-il rejeter son Créateur ? Comment ses amis vont-ils le regarder et l’accompagner ? Cette double question est évidemment la nôtre : pouvons-nous, dans la situation qui est la nôtre, continuer à considérer Dieu pour ce qu’il est, ou changeons-nous notre regard au gré de notre satisfaction ou de nos désagréments ? Comment nous comportons-nous devant et avec ceux qui souffrent ?

La péricope évangélique de ce jour ne nous présente ni enseignement ni miracle. Elle nous annonce que Jésus avance courageusement et simplement vers Jérusalem, après avoir annoncé aux apôtres sa passion. Déjà, il est en butte à l’adversité puisqu’un village de Samarie refuse de l’accueillir au motif, précisément, qu’il monte à Jérusalem. Aux disciples indignés, prêts à la vengeance, il impose fermement la retenue, sinon le silence. Ce que l’évangéliste nous montre, entre les lignes, c’est le cheminement du consentement du Fils à la volonté du Père.

L’heure est à la déprise

Jésus et Job sont frères en humanité… Et bien sûr, l’un et l’autre nous font penser à une autre figure, celle du Serviteur, dans le livre d’Isaïe. Face à eux, il n’est sans doute pas nécessaire de vouloir tirer des leçons. Il suffit d’être avec et de se taire. De laisser la parole qui nous les rend présents s’inscrire en nous et germer, sans que nous sachions nécessairement tout ce qu’il faudrait en dire… L’heure est à la déprise… à l’abandon, pour reprendre un des mots d’Alexandre Jollien.

D.E.

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27 septembre 2010 1 27 /09 /septembre /2010 10:16

Haydn, La Création, Ouverture

Un enseignement du livre de Job

Job 1,6-22 ; Luc 9, 46-50

Si les chrétiens ont beaucoup parlé de lui, Satan est presque un inconnu dans le Premier Testament. Dans le livre de la Genèse il n’est question que du serpent… C’est dans le prologue du livre de Job qu’il apparaît comme celui qui tente de faire naître chez Dieu un soupçon à l’encontre d’un homme que le Créateur considère comme le meilleur de ses serviteurs. Job n’est fidèle, prétend Satan, qu’à la mesure du don que lui fait Dieu. Quel mérite a-t-il à aimer celui qui le comble ? Passé le prologue, Satan disparaîtra du livre, mais demeurera le soupçon et la question du mérite. Cette fois-ci, ce seront les amis de Job qui le soupçonneront d’avoir péché – de n’avoir donc pas aimé Dieu, en dépit des apparences – et qui considéreront que la souffrance, châtiment mérité pour un péché caché, n’est que la juste réponse de Dieu à l’offense supposée de Job. Ils seront démentis et par Job, et par Dieu.

Ce livre biblique, curieusement, ne nous parle pas du peuple juif. Il n’y est question d’aucun des patriarches, d’aucun des rois, d’aucun des prophètes. Job n’est semble-t-il pas juif lui-même. C’est donc une histoire qui se veut universelle, qui interroge le rapport qui se noue entre Dieu et l’homme.

Si nous nous tenons au passage que nous lisons aujourd’hui, Dieu désigne Job comme son serviteur. Un serviteur exemplaire. C’est un homme riche et comblé qui a été présenté dans les tous premiers versets. Mais si riche soit-il, il est serviteur. Il ne se prend pas pour le maître de tout, ni même pour un maître. Pour l’auteur du livre de Job, telle est semble-t-il la condition de l’homme accompli : celle de serviteur du Créateur.

Quel est le service qu’accomplit Job ? Le texte nous dit peu de chose, sinon qu’il intercède pour ses enfants lorsqu’il pense qu’ils auraient pu offenser Dieu, c'est-à-dire perdre le sens de la vie reçue du Créateur. Dieu lui-même précise que Job « craint Dieu et s’écarte du mal ». La crainte n’est pas la frayeur, mais une émotion intérieure, un frémissement du cœur devant le don de la vie. D’ailleurs, lorsque ce don semble faire défaut, après tous les malheurs qui se sont abattus sur Job et les siens, c’est encore ce don auquel Job se réfère : « Le Seigneur avait donné, le Seigneur a repris : Que le nom du Seigneur soit béni. » Voilà la crainte de Dieu. La suite du livre montrera Job atteint dans sa propre intégrité physique, mais Dieu exige que sa vie, dans son principe même, soit préservée. C’est un point central : le don de la vie est irrévocable.

Job est donc serviteur de la vie qu’il a reçue. Tel est un des enseignements, souvent peu souligné, de ce livre qui est un des chefs-d’œuvre de la littérature universelle. La joute entre Satan et Dieu se borne là. Si Dieu consent, pour vaincre celui qui tente d’installer le soupçon entre l’homme et Dieu, à la mise à l’épreuve, ô combien douloureuse, de son serviteur, il pose néanmoins une limite infranchissable : la vie doit être résolument préservée.

Si en Jésus cette limite sera franchie, c’est parce qu’en son fils, Dieu lui-même donnera sa vie. Il ne s’agit plus simplement de montrer que la fidélité du serviteur n’est pas liée à l’avantage qu’il tire de son Dieu, mais de manifester que la fidélité de Dieu ne se dément en aucune circonstance, pas même lorsque l’homme porte atteinte à la vie elle-même. C’est en donnant sa vie que Dieu sauve l’homme de ce qui le voue à la mort…

 

Enfant

Nous pouvons lire le petit passage de l’évangile de Luc que nous propose la liturgie d’aujourd’hui à partir de cet éclairage : l’enfant que Jésus demande d’accueillir, alors que ses disciples se demandent lequel d’entre eux est le plus grand, cet enfant est non seulement le symbole de la petitesse, de la faiblesse, de la dépendance, mais il est surtout le signe de la vie qui continue. C’est cette vie qui grandit qu’il nous est proposé d’accueillir. Lorsque nous l’accueillons, c’est Jésus qui donne sa vie que nous recevons, et c’est celui qui est le Créateur de toute vie, que nous célébrons.

Quant à la seconde partie de la péricope, elle fait allusion à quelqu’un qui « chasse les esprits mauvais au nom de Jésus ». Sans développer davantage, je dirais que nous pouvons voir « les esprits mauvais » comme ce qui instille en nous le soupçon sur le don que Dieu fait à l’homme… Chacun peut les combattre en écoutant la Parole portée par le Christ.

D.E.

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Published by Desiderius Erasme
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