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26 septembre 2010 7 26 /09 /septembre /2010 20:13

Le Magnificat d'Antonio Caldara

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25 septembre 2010 6 25 /09 /septembre /2010 08:12

De Qohelet à la Passion

Ecclésiaste 11, 9-10 ; 12, 1-8 ; Luc 9, 43b-45.

Reconnaissons d’abord le génie littéraire. La fin du propos de Qohélet, marquée par la reprise de l’affirmation qui ouvre et scande son livre – « Vanité des vanités, dit l’Ecclésiaste, tout est vanité » – est un chef d’œuvre de littérature.  Pourquoi l’auteur met-il autant de talent à sembler nous dire que finalement tout passe et que rien n’a d’importance ? La qualité de son œuvre contredit radicalement une telle lecture : C’est œuvre est là, elle demeure, nous la lisons, elle a traversé le temps… Tout est vanité, et pourtant… « Toutes les choses que Dieu a faites sont bonnes en leur temps », écrivait Qohelet au début de son livre.

Je me demande si cet art littéraire n’est pas une invitation à aimer ce qui ne nous semble pas aimable. L’auteur nous dit bien qu’après le temps heureux de la jeunesse – un temps qu’il invite à goûter autant que faire se peut, tout en gardant la conscience de Dieu, tout en s’efforçant de se tenir dans le regard de Dieu sur sa création – vient le temps où la vie décline. De ce temps, précise-t-il, l’homme est enclin à dire « je ne l’aime pas ». Or Qohelet s’y attarde longuement pour le décrire, comme s’il voulait que nous le goûtions lui aussi, tout autant que la jeunesse. Certes, il y a de la tristesse, mais curieusement, cette tristesse est beauté !

Si nous gardons à l’esprit que cette fameuse « vanité » est aussi la vapeur qui abreuve la terre au début du second récit de la création, avant que Dieu mette son souffle dans l’homme qu’il a façonné de la glèbe – et Qohelet, prend soin de conclure en évoquant ce souffle ! –, alors ce temps que nous n’aimons pas spontanément, est aussi celui qui prépare une création nouvelle.

Qohelet nous annonce, comme en passant, que l’homme « s’en va vers sa maison d’éternité », ce n’est  donc pas simplement le retour au début du cycle, mais l’entrée dans une dimension nouvelle.

Passion

Mais tout cela ne se comprend pas si l’homme ne se souvient pas de son Créateur, c’est-à-dire s’il ne considère pas sa vie comme l’objet d’une création qui lui est offerte. Car derrière l’apparent désenchantement de Qohelet, il y a, comme un ostinato qui ne se dément pas, cet appel à rapporter la vie à Dieu, et non pas à la seule perception que nous en avons. Un Dieu dont Qohelet nous dit simplement qu’il est le Créateur. Quant au jugement qui est évoqué, ce n’est assurément pas l’heure des comptes, au sens où Dieu serait un boutiquier des valeurs morales, mais plutôt celui de la mise de la vie dans la lumière de la Création.

Jésus pour sa part, dans le petit passage que nous lisons, réitère de façon particulièrement abrupte, l’annonce de sa passion : « Mettez-vous bien dans la tête ce que je vous dis là ! » Nous retrouvons le même contraste que dans la fin du livre de Qohélet qui oppose le temps de la jeunesse exhubérante et celui du déclin de la vie. Luc met en opposition l’admiration que suscite « tout ce que faisait Jésus », et la Passion qui l’attend. D’un côté une dynamique qui semble irrésistible. De l’autre la mort, aux mains des hommes. Et l’évangéliste de préciser que les disciples ne comprennent pas. Au regard du succès qu’ils ont sous les yeux, il leur est impossible d’envisager l’échec, la mort. Voilà bien ce qui n’est pas aimable. Pouvons-nous alors nous souvenir du Créateur, comme nous y invite l’Ecclésiaste ?

D.E.

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24 septembre 2010 5 24 /09 /septembre /2010 07:12

Caprice n°16 en sol mineur de Paganini, par Itzhak Perlman

Qohelet n’est pas un vieillard désenchanté

Ecclésiaste 3, 1-11 ; Lc 9, 18-22

De Qohélet, l’Ecclésiaste, on dit souvent qu’il est l’homme d’une sagesse  désabusée. « Tout est vanité…  Quel profit le travailleur retire-t-il de toute la peine qu’il prend ? » Permettez-moi d’en douter un peu. Son écriture est d’un tel talent qu’il y a chez lui autre chose qu’un air navré devant une vie désenchantée.

Qohélet ne se contente pas de moucher les enthousiasmes béats, d’enlever les lunettes roses de ceux qui ne veulent pas voir le tragique de la vie.  La description qu’il fait, avec des renversements subtils de son balancement – notez qu’il ne passe pas systématiquement du « positif » au « négatif », ni l’inverse – entre une activité humaine et son « contraire », interdit de procéder à un classement en terme de bon et de mauvais. Pourquoi, par exemple, « haïr » se trouve-t-il en même position dans le balancement que « faire la paix » ?

Est-ce simplement pour poser la question : « la vie a-t-elle un sens ? » Qohelet ne se contente pas te tout mettre dans le même sac et d’agiter ce sac, pour nous dire que la vie n’a pas de sens. Ce « désordre » de son énumération n’est pas la sagesse d’un vieillard qui en a trop vu et qui serait revenu du tout. Car s’il en était ainsi, comment l’Ecclésiaste pourrait-il affirmer que « toutes les occupations que Dieu à faites [et que l’auteur vient symboliquement d’énumérer] sont bonnes en leur temps » ? Y compris « mourir » ! Y compris « haïr » !

Nous voilà devant une question brutale, violente : quelle est cette bonté ? Se juge-t-elle au « profit » que l’on tire des choses ? Qohelet nous fait sentir que cette manière de juger est borgne.

Il nous fait sentir l’écart entre l’œuvre de Dieu et celui qui la reçoit. « Dieu a mis toute la durée du temps dans l’esprit de l’homme, et pourtant celui-ci est incapable d’embrasser l’œuvre que Dieu a faite du début à la fin. » Si nous prenons l’ensemble du texte que nous lisons, cette incapacité n’est pas simplement une affaire de dimension. Le problème ne réside pas seulement dans l’ampleur, dans la quantité des choses qu’il faudrait saisir, mais dans notre capacité à en comprendre la qualité… En quoi mourir est-il bon ?

Il y a chez Dieu de l’insondable… Pouvons-nous nous efforcer de sortir de nos systèmes moraux figés, pour tout regarder comme « bon en son temps » ?

Une pilule dure à avaler

Cela parait étrange, dites-vous ? Mais la scène que Luc nous rapporte ne l’est pas moins, et de la même manière. Jésus demande à ses disciples de répondre à la question « Et pour vous ? qui suis-je ? » Il n’a pas manqué de leur demander auparavant ce qui se dit de lui, dans la foule… Pierre prend la parole pour répondre « Le Messie de Dieu ». Et voilà qu’aussitôt Jésus interdit à ses disciples de ne rien dire à personne de cette vérité ! Et de surcroit il annonce que ce Messie va devoir souffrir, qu’il sera rejeté et tué.

Certes, il annonce la résurrection. Néanmoins ce « happy end » n’annule pas la séquence qui le précède. Pourquoi donc le Messie de Dieu doit-il souffrir ? Quelle est donc cette œuvre de Dieu ? Pouvons-nous, sans faire de la résurrection un « truc rassurant » qui fait avaler la pilule, y reconnaître la bonté de Dieu ?

Nous voilà pris à contrepied, à rebrousse-poil. Pourtant, ce qui nous est proposé, c’est d’entrer dans ce mouvement paradoxal, pour vivre au diapason de la « bonté » de Dieu. Avancerons-nous sur ce chemin ?

D.E.

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23 septembre 2010 4 23 /09 /septembre /2010 09:43

 Symphonie Eroica, de Beethoven.

 

Petit éclairage différent sur l’Ecclésiaste

Ecclésiaste 1, 2-11 ; Luc 9, 7-9

N’a-t-on pas tout dit sur ce début du livre de l’Ecclésiaste, « Vanité des Vanités… » ?  Ne peut-on pas écrire à son sujet exactement ce qu’il affirme : « Rien de nouveau sous le soleil » ? Que pouvons-nous faire de ce réalisme désenchanté ?

Une récente et très belle exposition réunissait dernièrement à Paris des « Vanités », ces peintures et autres œuvres d’art qui invitent le spectateur à considérer sa condition mortelle. Ce n’est pas simplement une invitation à l’humilité, mais une manière de mettre le spectateur devant autre chose que le simple « divertissement » vers lequel nous tendons si souvent.

Pourtant, il est sans doute possible de trouver dans ce texte un peu plus que cette invitation, assez stoïcienne au demeurant, si l’on prête attention au mot qui est traduit par « vanité ». C’est un mot qu’André Chouraqui traduit par « fumée », qui peut aussi être rendu par « haleine » ou « vapeur ». On le trouve au début du second récit de la création dans la Genèse, au verset 6 du chapitre 2 : « Une vapeur monte de la terre, elle abreuve toute la surface du sol. »

C’est à partir de là que Dieu va façonner Adam… Cette vapeur n’est pas la fin de tout, mais le début !

Dans ces conditions, que nous dit l’Ecclésiaste ? Il nous dit que la création reste toujours en chantier, que sans l’œuvre de Dieu, la vie de l’homme est pris dans un cycle de reproduction du même, sans sens, sans direction.

Mais Dieu aurait-il renoncé à être créateur ? Cette vapeur, cette haleine abreuve le sol. Elle le rend façonnable. L’avenir n’est ni clos ni éteint. Nous ne sommes pas voués à la reproduction du même, si nous accueillons la puissance créatrice de Dieu. Nous pouvons, par Dieu, naître à nous-mêmes, rompre le cercle…

Un événement nouveau

Le petit passage de l’évangile de Luc peut se lire dans cette dynamique. Hérode entendant parler de Jésus se demande ce qu’il faut en penser. Ce qu’il est dit du rabbi de Nazareth tend à le ramener à ce que l’on connaît déjà : Jean-Baptiste, qui serait ressuscité, ou Elie qui serait revenu. Comme si tout devait recommencer comme avant, et comme toujours… Or précisément, Jésus vient comme un événement « nouveau ». Il est celui qui vient porter dans le monde, dans sa chair, la Parole créatrice. Toute l’histoire humaine en sera marquée.

Nous voilà donc devant cette simple question : regarderons-nous nos vies comme une vapeur inutile, ou comme ce dont Dieu peut s’emparer pour faire du neuf, pour poursuivre la Création jusqu’à son achèvement ?

D.E.

 

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22 septembre 2010 3 22 /09 /septembre /2010 08:30

Olivier Messiaen: Amen des Anges, des Saints et du chant des oiseaux

Des Proverbes à l’annonce de la Bonne Nouvelle

Proverbes 30, 5-9 ; Luc 9, 1-6.

C’est un modèle d’attitude que nous présente le livre des Proverbes. En quelques mots, tout est dit. Le point d’appui, c’est encore et toujours la Parole de Dieu, à laquelle il est recommandé de ne rien ajouter. N’allons pas confondre notre parole et la Parole créatrice.

Je poursuis néanmoins…

Vient ensuite une double prière.

Tout d’abord la demande d’être gardé du mensonge et de la fausseté. C’est essentiel : si la parole échangée n’est plus fiable, si elle n’est pas au moins sincère, toutes les relations peuvent être mises en doute, et la vie devient un écheveau indémêlable, une carte indéchiffrable, un enfer. Nous avons besoin de pouvoir vivre dans la confiance et la solidarité. La vérité, dans la justice et l’amour, est le seul gage de notre liberté.

Ensuite la demande de ne connaître ni l’abondance ni la misère. Être prémuni de la misère, nous le souhaitons tous. Mais être gardé de l’abondance ? Voilà une demande inattendue. L’auteur des proverbes prêche la modération, afin que nous sachions toujours nous reconnaître redevables du don de Dieu. Il n’en va pas seulement de notre relation à Dieu, mais aussi de nos relations mutuelles : savoir que nous sommes dans les mains de Dieu nous pose, les uns vis-à-vis des autres, dans un rapport d’égalité fondamentale. Nul ne peut se prévaloir de sa richesse, quelle qu’elle soit.

Ne cherchons pas midi à quatorze heures

Cette simplicité vitale, Jésus la recommande à ses apôtres lorsqu’il les envoie en mission. C’est pourquoi il leur recommande de ne pas s’encombrer et de compter sur l’hospitalité qui leur sera accordée. Dans une société aussi complexe et sophistiquée que la nôtre, il n’est pas inutile d’entendre cette invitation. Il ne s’agit pas d’ignorer les réalités et de se comporter en doux rêveurs, mais d’adopter une attitude de liberté intérieure qui nous rendra disponible au don que Dieu nous fera en route. Trop souvent, attachés à nos plans, à nos manières de voir, à nos objectifs, nous ne voyons pas ce qui s’offre à nous, nous n’entendons pas ce que les autres nous demandent…

L’annonce de la Bonne Nouvelle, et la capacité de guérir l’homme de ses souffrances, de le délivrer des « esprits mauvais » – non pas de pseudo-diablotins, mais d’images, de représentations, d’idées, de rumeurs, de manière de penser ou de réagir, d’obsessions qui nous emprisonnent –  passent en effet sans doute par le témoignage de cette simplicité, de cette modération… N’allons pas chercher midi à quatorze heures, mais expérimentons les bienfaits de l’amour, de la vérité et de la justice.

D.E.

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21 septembre 2010 2 21 /09 /septembre /2010 08:44

Variation sur le verbe donner, de Felix Leclerc

Fête de saint Matthieu

Éphésiens 4, 1-7. 11-13 ; Matthieu 9, 9-13.

Qu’est-ce qui a valu à Matthieu, que nous fêtons aujourd’hui, d’être appelé à devenir disciple de Jésus, puis à faire partie des Douze ? Nous ne le savons pas. L’évangile de Matthieu ne nous donne aucune explication. Il se contente de le décrire comme un publicain – un homme sali par le contact avec l’occupant romain. Ceux de Marc et Luc non plus, qui rapportent la même scène, mais avec un nom différent, celui de Lévi, fils d’Alphée. Cependant, tant Marc et Luc donnent le nom de Matthieu dans la liste des Douze. Jean ne décrit pas la scène. Dans la suite des récits évangéliques, Matthieu n’apparaît plus. Son nom est cité dans le groupe des apôtres, au début des Actes…

Si nous nous gardons d’inventer un motif qui justifierait son appel, que peut-on conclure du récit que nous trouvons dans l’évangile ? Une chose essentielle : cet appel a été un signe qui a marqué. En effet, immédiatement après, l’évangéliste nous apprend que « beaucoup de publicains et de pécheurs vinrent prendre place, à table, à la maison, avec lui et ses disciples ». Ces publicains et ces pécheurs, identifié comme tels, ont donc compris qu’ils pouvaient s’approcher, qu’ils ne seraient pas chassés, tenus à distance, mais admis au plus intime : au partage du repas avec Jésus de Nazareth et ses compagnons.

Il y a de quoi être surpris. Dans l’évangile de Matthieu, Jésus commence par une longue prédication par laquelle il invite ses auditeurs à la conversion, et à une vie droite. Il demande d’éviter de prendre « le chemin qui mène à la perdition ». Et voilà qu’il accueille à sa table ceux qui ont notoirement emprunté ce chemin ! On peut comprendre que les Pharisiens s’étonnent. C’est l’occasion pour Jésus de donner le sens de sa mission : « Je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs ».

Dès lors, la raison principale de l’appel de Matthieu ne réside-t-elle pas en ceci : il a été appelé parce qu’il était publicain, pécheur ?

Rappelons-en-nous lorsque nous pensons à l’Église que nous formons. Nous ne sommes jamais indemnes de la tentation de vouloir une Église de purs. Nous ne sommes jamais indemnes de la tentation de nous considérer comme des justes, et de tenir à l’écart ceux qui pour une raison ou une autre ne le seraient pas à nos yeux. La société dans laquelle nous vivons est fortement encline à désigner des coupables, à rejeter ceux qui lui paraissent potentiellement dangereux ou fautifs, même si elle n’aime guère parler de péché. Ce mouvement n’épargne toujours pas nos communautés chrétiennes.

Unité

Il nous faut donc entendre comme un conseil précieux à mettre en œuvre la parole de Paul : « Ayez beaucoup d’humilité, de douceur et de patience, supportez-vous les uns les autres avec amour ; ayez à cœur de garder l’unité dans l’Esprit par le lien de la paix. » Cette unité dont l’apôtre nous rappelle qu’elle est l’unité même du Père, il nous faut la garder sans perdre de vue que le Fils de l’homme est venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs. Cette unité, ce n’est pas celle de ceux qui se justifient eux-mêmes, mais celle des pécheurs appelés par le Christ. Voilà le signe dont nous devons être les porteurs, au cœur de notre monde.

D.E.

 

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20 septembre 2010 1 20 /09 /septembre /2010 08:43

Nocturne n°1, d'Erik Satie

Question pratique…

Proverbes 3, 27-34 ; Luc 8, 16-18

La lecture du livre des Proverbes que nous propose la liturgie met l’accent sur la conduite à l’égard des autres. Il y a un côté « petite leçon de morale » qui peut nous déconcerter. N’avons-nous pas, à juste titre, pesté contre une manière de réduire la foi à une forme de moralisme étouffant ? On peut aussi être dubitatif sur la finale de ce petit passage : « La malédiction du Seigneur est sur la maison du méchant, mais il bénit la maison du juste. » On trouve dans l’Écriture de sérieuses mises en question de la vision de la rétribution au mérite que l’on pourrait être tenté d’adopter, à la suite de ce texte. Le livre de Job s’y oppose frontalement. Et Jésus répète que Dieu fait pleuvoir sur les bons et les méchants…

Il n’en reste pas moins que notre foi n’a de sens que si elle transforme notre vie et en particulier notre rapport aux autres. Il ne s’agit pas d’agir pour « faire plaisir à Dieu » et gagner ses bonnes grâces, mais de faire que notre « connaissance » de Dieu informe notre action et la vivifie de l’intérieur. Telle est la grâce accordée aux humbles. Ainsi pouvons-nous entendre cette parole qui retentit dans l’Écriture : « Soyez saints parce que je suis saint ! »

La parabole de la lampe, que nous lisons dans l’évangile de Luc, vient aussitôt après celle du semeur, dont l’explication s’est terminée par une invitation à la persévérance dans l’écoute de la Parole. C’est sur ce même thème de l’écoute que Jésus conclut cette nouvelle parabole. On entend souvent ce petit apologue de la lampe comme une invitation au témoignage, mais pris entre ces deux invitations à l’écoute, on peut aussi comprendre que Jésus dit là quelque chose sur ce qu’il fait lui-même, en disant la parole du Père et en l’expliquant aux disciples.

Celui qui a allumé la lampe

Il vient de leur dévoiler le sens de la parabole du semeur, en ayant rappelé ce qui était affirmé dans le prophète Isaïe : « ils regarderont sans regarder, ils écouteront sans comprendre ». Pourtant, Jésus, est bien le semeur sorti pour semer. Il est donc aussi celui qui a « allumé la lampe » pour donner à voir... Il ne va pas s’arrêter là, bien au contraire. Il dit ainsi que ce qu’il a commencé, c’est la révélation de ce qui restait non vu, non entendu… On peut comprendre cela comme l’annonce de la volonté de Dieu de nous guérir de notre aveuglement et de notre surdité. Il est possible d’entendre et de recevoir la Parole. Il est possible d’en vivre. D’où l’invitation à prendre garde à la manière dont nous écoutons.

La question nous est donc posée : Comment écoutons-nous la Parole ? Comment permettons-nous à cette parole d’être agissante en nous ? Voilà qui nous ramène à la lecture des Proverbes : c’est dans notre rapport à l’autre que nous pouvons manifester une écoute active de cette parole, que nous pouvons en expérimenter les fruits.

D.E.

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19 septembre 2010 7 19 /09 /septembre /2010 17:01

 

 

Un peu de grâce avec Purcell interprété par le grand Alfred Deller

D.E.

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18 septembre 2010 6 18 /09 /septembre /2010 09:52

Avec Buxtehude et Henri Ledroit

Une métaphore féconde

1 Corinthiens 15, 35-37. 42-49 ; Luc 8, 4-15

La liturgie nous donne à lire ce matin la parabole du semeur et son explication dans l’évangile de Luc. C’est un de ces textes que nous connaissons presque par cœur, et qu’il nous est difficile d’entendre d’une manière nouvelle, tant nous avons entendu ou lu de commentaires à ce sujet. Mais la liturgie nous propose simultanément de poursuivre la lecture de la Première lettre de Paul aux Corinthiens. Or Paul, pour faire comprendre à ses lecteurs que la résurrection n’est pas une sorte de retour en arrière qui ramènerait celui qui est mort à sa vie antérieure prend l’image de la semence. C’est une image que Jésus utilise aussi, presque sur le même registre lorsqu’il dit que si le grain ne meurt, il ne porte pas de fruit…

Commençons par Paul, donc. Pour considérer le fait que nous mourons – j’allais écrire pour envisager, pour donner un visage à notre mort – Paul prend donc cette image de la graine jetée en terre, qui meurt pour donner naissance à une plante nouvelle, à la fois issue de la graine, mais en même temps fort différente. La résurrection est une transformation, on pourrait dire pour conserver la métaphore de Paul, une éclosion. Celui qui est « semé dans la corruptibilité ressuscite dans l’incorruptibilité », à « la misère » succède « la gloire » et  à « la faiblesse » «  la puissance »… Mais cette gloire et cette puissance ne sont pas celles que nous connaissons, celles qui prévalent dans nos rapports humains, sociaux et politiques ordinaires… Paul parle en effet d’un corps « régi par l’Esprit » (traduction littérale) qui n’est plus simplement un corps « régi par soi-même »… Ainsi, celui qui est ressuscité ne s’appartient plus, il est entré dans une autre dimension où il est conduit, animé de l’intérieur par l’Esprit, c'est-à-dire par le mouvement d’amour même qui émane du Père, et qui le fait devenir pleinement lui-même…

Nous ne pouvons que pressentir ce que Paul esquisse ainsi. Puisque c’est une réalité que nous ne pouvons posséder par nous-mêmes. Gardons-nous de vouloir trop la fixer par des images ou de fausses certitudes. Restons humbles à ce sujet, et comprenons que certains puissent se sentir totalement étranger à nos discours à ce sujet. Ce n’est pas une chose que nous pouvons imposer…

Le grain, c’est aussi le Christ

Ceci nous ramène vers la parabole. Jésus explique à ses disciples que le grain, c’est la Parole. Cela n’enlève rien au fait que pour porter du fruit, le grain meurt en terre, pour que la vie resurgisse dans une plante nouvelle. La Parole, c’est à la fois ce que nous lisons dans l’Écriture, la Parole que nous recevons de l’Église et de nos frères. Mais c’est aussi le Christ lui-même, qui meurt sur la croix et ressuscite.

Tout le commentaire de Jésus sur la parabole du semeur consiste à dire que le fruit porté par la Parole dépend de l’accueil qui lui est fait, et de la constance de ceux qui la reçoivent. Ainsi voyons-nous se dessiner la responsabilité qui nous incombe, à l’égard même de la résurrection. Elle ne nous appartient pas, naturellement. Cependant, son déploiement est lié à l’accueil que nous lui faisons.

Car ce qui est en jeu, c’est bien plus qu’une conduite renouvelée, bien plus qu’une morale juste et dynamique, c’est la résurrection elle-même. Il ne s’agit pas d’y croire comme à quelque chose qui adviendrait indépendamment de nous. Il s’agit de comprendre que cette fois nous engage…  Même si les disciples ont eu de mal à croire, c’est bien par eux que la résurrection nous a été annoncée.

D.E.

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17 septembre 2010 5 17 /09 /septembre /2010 08:32

Haendel, Le Messie, extrait.

Le temps de la « délivrance »

1 Corinthiens 15, 15-20 ; Luc 8, 1-3.

Dans ce passage de sa première lettre aux Corinthiens, Paul ne se contente plus d’interroger les comportements, pour inciter ses interlocuteurs à agir et vivre leurs relations d’une manière qui soit fondée par la foi qu’ils ont reçue. C’est cette foi qu’il vise directement.

Qu’a transmis Paul. Il l’a écrit quelques lignes plus haut : « Le Christ est mort pour nos péchés conformément aux Écritures et il a été mis au tombeau ; il est ressuscité le troisième jour conformément aux Écritures, et il est apparu à Pierre, puis aux Douze… » L’insistance sur les Écritures inscrit cette proclamation dans la ligne de la tradition reçue de la Loi et des Prophètes. Comme le fruit de la Promesse.

Paul demande ensuite : « Comment certains d’entre vous peuvent-il affirmer qu’il n’y a pas de résurrection des morts ? »

C’est là, en effet, où notre foi n’est pas simplement une confiance dans le vaste mouvement de la vie, où Dieu n’est pas simplement un mot qui traduirait cette poussée profonde de la vie et de la nature. « Deus sive natura », écrit Spinozza. Notre foi n’est pas un panthéisme réaménagé sous la forme d’une sorte de monothéisme trinitaire un peu biscornu. Certes, la foi dans la vie, dans une vie infiniment plus grande que notre petite personne, ne nous est pas étrangère. Le livre de la Sagesse nous rappelle que si nous observons le monde, la nature, nous pouvons avoir accès à une certaine conscience de Dieu.

La mort et la résurrection du Christ sont un événement qui nous emmène au-delà de cette foi dans l’immanence de Dieu. Ce n’est plus une présence diffuse, mais incarnée et personnelle, ce qui signifie relation et langage. Parole. En la personne de Jésus, la Parole de Dieu se donne un corps, et ce corps affronte la dimension la plus commune de la vie dans la nature : la mort. La vie n’est qu’un souffle qui passe, les psaumes le répètent abondamment. Pourtant, Jésus, par sa fidélité à la Parole, nous révèle que ce souffle si fragile, s’il se laisse animer par la Parole, peut vaincre la mort. Non pas l’éviter, mais la traverser. Voilà ce dont nous vivons aujourd’hui si nous sommes chrétiens, de la Parole de Dieu donnée par Jésus. Cette Parole ne s’est pas éteinte avec la mort d’un homme sur une croix, elle s’est au contraire manifestée dans une vigueur renouvelée, dans ce que Paul appelle lui-même un « corps glorieux », ce qui est une manière de nous dire que la résurrection n’est pas la simple réanimation d’un cadavre… Jésus ressuscité n’est pas une sorte de zombie.

Disons-le franchement, nous n’avons pas les mots pour décrire cela, puisque nous sommes sinon dans une absence, du moins dans une distance, que Jésus nous a révélée comme nécessaire – il le dit à plusieurs reprises après Pâques –, pour qu’à notre tour nous vivions de la Parole, pour qu’à notre tour nous entrions dans la foi et expérimentions la puissance de cette Parole contre la mort. C’est ainsi en effet que nous sommes délivrés du péché et de ses liens. Nous pouvons, comme l’écrit ailleurs Paul, mourir au péché, pour vivre.

Délivrance

Nous n’avons pas les mots pour décrire cela d’une manière qui nous éviterait de faire l’expérience de la foi. Mais cette expérience est possible. C’est ce que nous dit très simplement l’évangile de Luc que nous lisons aujourd’hui. Luc ne prouve rien, il offre son témoignage, et il est simple : « Jésus a proclamé la Bonne Nouvelle du règne de Dieu dans les villes et village. Les Douze l’accompagnaient, ainsi que des femmes qu’il avait délivrées d’esprit mauvais et guéries de leurs maladies. »

La liturgie ne nous donne ce matin rien de plus à lire que cette indication de la présence des femmes, de celles qui, comme l’on dit, « donnent la vie », la porte et la donnent. Nous sommes tous nés d’une femme, dans un moment que l’on appelle « la délivrance ». L’expression est forte. Celles qui délivrent la vie qu’elles portent en elle-même, par un acte d’une grande intensité physique et dramatique, celles-là suivent Jésus, nous dit l’évangile de Luc, en précisant qu’elles ont été guéries ou délivrées. Ce n’est pas une manière subtile de dire qu’elles seraient inférieures de nature au Douze, mais plutôt, me semble-t-il, de nous faire sentir qu’elles ont été les premières à éprouver la puissance libérante de la Parole du Christ. Ne seront-elles pas les premiers témoins du tombeau vide ? Marie Madeleine ne sera-t-elle pas la première à connaître le ressuscité ?

Si nous n’avons pas les mots pour décrire la résurrection, nous pouvons cependant accompagner ces femmes, pour découvrir dans notre vie, la manifestation de cette « délivrance ».

D.E.

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