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15 septembre 2010 3 15 /09 /septembre /2010 08:57

Stabat Mater, de Palestrina

Comme Marie près de la croix

Hébreux 5, 7-9 ; Jean, 19,25-27

La liturgie insiste parfois, pour nous donner le temps d’assimiler une nourriture copieuse ou difficile. Nous fêtions hier la Croix glorieuse, nous célébrons aujourd’hui Notre Dame des Douleurs. Sans doute  pouvons-nous voir là une forme de pédagogie qui nous aide à ne pas nous détourner trop vite de ce qui au fond n’est pas très agréable, ou du moins n’est pas facile.

Nous pourrions être tentés de considérer que nous sommes indemnes de la souffrance du Christ, tout en la vénérant et en la trouvant admirable.

La lettre aux Hébreux nous rappelle ce qu’a vécu Jésus de Nazareth, le Messie de Dieu. C’est dans la remise totale de sa vie entre les mains des hommes, conformément à la volonté du Père, qu’ « il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel ». L’auteur de la lettre aux Hébreux insiste sur la réalité et presque la matérialité des souffrances, en évoquant « un grand cri » et « les larmes ».

Nous aurions sans doute tendance à euphémiser ou à symboliser tout cela. Nous sommes invité à en prendre la mesure de la densité humaine, tandis qu’il nous est ainsi demandé : « Viendras-tu jusque là ? »

La liturgie propose de lire soit le bref passage de la passion selon saint Jean, qui montre Marie au pied de la croix, soit dans l’évangile de Luc, la prophétie de Syméon qui dit à Marie : « Et toi-même, ton cœur sera transpercé par une épée. » La souffrance de Jésus, sa passion, n’est pas une bulle dont l’homme serait indemne. La présence de Marie, de quelques autres femmes qui suivait le Nazaréen, et du disciple que Jésus aimait au pied de la croix, en témoigne. Marie ne s’est pas dérobée à cette épreuve, elle a accompagné son fils et elle en a elle-même souffert très profondément. Et si Jésus confie sa mère au disciple qu’il aime, il nous confie pareillement mutuellement les uns aux autres, afin que nous nous portions dans l’épreuve, au moment même où nous éprouvons le sentiment d’une impuissance totale.

A qui irions-nous ?

Une seule chose nous est demandée : être présent, aimer en étant présent. Ce n’est pas le plus simple, et parfois nous ne nous en sentons pas la force. Méditons alors la parole de Pierre : « Seigneur, à qui irions-nous ? », et demandons à Marie de nous aider, de nous soutenir, de se tenir là avec nous.

Je sais bien que tout cela pourrait n’être que des « paroles verbales ». Une forme d’autosuggestion. Une manière de se gargariser d’un  discours spirituel… Ne mettons pas cela à toutes les sauces, mais lorsque nous-mêmes ou l’un de nos proches traversons une véritable épreuve, souvenons-nous de Marie au pied de la croix, et essayons le plus simplement du monde de ne pas nous dérober en demandant à l’Esprit la grâce de découvrir comment « être présent »…

D.E.

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14 septembre 2010 2 14 /09 /septembre /2010 07:02

 

Jean-Sébastien Bach, Prélude et Fugue en ré mineur 

 

Fête de la Croix glorieuse 

Philippiens 2, 6-11 ; Jean 3, 13-17 

Devant les textes de la liturgie de la fête de la Croix Glorieuse, que nous célébrons aujourd’hui, on éprouve tout d’abord le désir de rester silencieux, de s’incliner devant celui qui donne librement sa vie, en mesurant à quel point nous sommes nous-mêmes éloignés d’une telle attitude. Rien n’est moins naturel que ce don, rien ne contredit plus l’instinct de survie et le désir de jouissance qui sont en nous, que cette perte de soi consentie pour les autres. Il ne s’agit pas d’adorer une toute puissance effrayante, dominatrice, mais une liberté si grande qu’elle va jusqu’à être en quelque sorte libre d’elle-même, capable de s’anéantir, par amour. « Lui qui était de condition divine n’a pas revendiqué son droit d’être traité à l’égal de Dieu. » Non seulement le Christ prend la condition de serviteur, mais encore cette obéissance le conduit jusqu’à la mort sur la croix.

Lequel d’entre nous peut dire qu’il est disposé, de ses propres forces, par sa propre nature, à suivre ce chemin ?

Le film Des Hommes et des Dieux, qui relate le drame du monastère de Tibhirine, illustre parfaitement le combat intérieur qui se déroule en celui qui se trouve devant cette éventualité. Nul ne le vit de la même façon, et chacun se trouve confronté à sa liberté. Certains répondront peut-être plus facilement que d’autres, sans doute en raison de ce qu’ils ont déjà commencé à vivre, mais nul n’est à ce titre « meilleur » que l’autre. La question qui est posée à chacun, c’est celle de consentir ou non à laisser le Christ lui-même répondre en nous. Ce n’est pas une affaire de force morale, mais d’humilité.

Tous, nous savons que nous allons mourir. Nul d’entre nous n’y échappera. Laisserons-nous le Christ venir en nous se donner aux hommes pour leur faire connaître tout l’amour dont Dieu est capable à l’égard de ses enfants ?

C’est bien ce que l’évangile de Jean fait dire à Jésus : « Dieu à tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique… Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde non pas pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé. »

Contemplation

Si nous faisons silence et prenons le temps de laisser raisonner en nous ce qu’écrit Paul aux Philippiens, ce que nous transmet l’Évangile de Jean, si nous essayons de considérer ce que vit Jésus en livrant sa vie, en laissant les hommes la lui prendre, nous ne pouvons qu’être bouleversés. Peut-être alors cette contemplation ouvrira-t-elle en nous un chemin pour que le Christ lui-même vienne en nous et nous conduise vers le don de notre propre vie, en commençant par des gestes simples, par l’accueil de l’autre, par l’attention à lui, par le respect de sa personne au-delà des apparences…

C’est tout ce que je nous souhaite en cette fête de la Croix glorieuse.

D.E.

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13 septembre 2010 1 13 /09 /septembre /2010 22:10

La Passion selon saint Jean, de Scarlatti (extrait)

A la source de la morale ou de l’éthique

1 Corinthiens 11, 17-26 ; Luc 7, 1-10

Lorsqu’on lit ce que Paul écrit aux Corinthiens, on se dit qu’il n’y va pas avec le dos de la cuillère. L’apôtre ne laisse rien passer, et il ne se gène pas pour leur faire la leçon. Cependant, il faut éviter de se laisser obnubiler par cette virulence. On risque en effet de ne pas voir l’essentiel de son propos. Ce qui importe, en effet, ce ne sont pas les erreurs, les égarements ou les défauts des Corinthiens, mais ce que Paul leur rappelle quant au Christ.

Si l’apôtre s’insurge contre ces chrétiens qui ne se comportent pas en « frères », en s’opposant les uns aux autres, en humiliant les pauvres, ce n’est pas au nom d’une morale qui existerait par elle-même, mais au regard du don que Jésus a fait de sa vie.

C'est-à-dire que si l’on peut parler d’une morale chrétienne, si l’on peut exiger des chrétiens un comportement éthique, cette morale ou cette éthique trouvent leur origine en la personne du Christ lui-même, dans le don que Jésus fait de sa vie. Et ce don n’est qu’une conséquence du don du Père lui-même.

C’est pourquoi nous sommes devant cette situation « littéraire » paradoxale : c’est à propos de questions qui peuvent sembler secondes – celles du « bon ordre » de la vie communautaire – que nous parvient un témoignage central pour notre foi, celui de ce que nous appelons, en  langage théologique, « le récit de l’institution ». Paul écrit aux Corinthiens avant que les évangiles ne soient eux-mêmes écrits. Il est le premier, alors qu’il n’est pas un témoin direct, à raconter le dernier repas de Jésus, qui est la source de la célébration de l’Eucharistie. L’apôtre dit pour nous l’institution de l’Alliance renouvelée.

C’est donc la grandeur du don de Dieu – la manifestation de ce don en Jésus et par Jésus – qui fonde l’exigence d’une vie morale, éthique. C’est parce que Jésus, dans ce geste eucharistique qui préfigure le don de sa propre vie, se livre totalement que nous pouvons à notre tour, non seulement « vouloir bien nous comporter », mais comprendre que l’amour de nos frères passe d’une certaine façon, qui se précise pour chacun selon sa vie propre, par le don de soi à l’autre.

A qui s’adresse-t-on ?

Dans le récit de Luc qui met en scène la demande adressée indirectement à Jésus par un centurion romain à propos de son esclave malade, ce qui est mis en avant, c’est la perception aiguë que ce païen a de la personne de Jésus. Cet homme qui aime le peuple juif et sa foi au point de construire une synagogue – ce qui signifie qu’il a au moins entrevu la pertinence de l’Alliance – ne se sent pas digne d’approcher le Christ, alors qu’il a lui-même le souci du plus misérable – un esclave malade.

 La pointe du récit, c’est donc la conscience que nous avons – ou n’avons pas – de celui qui nous donne sa vie. Tel est le sens  de la remarque de Jésus : « Même en Israël, je n’ai pas trouvé une telle foi ! » Dès lors, le lecteur de l’évangile se trouve invité à se demander qui est celui qui est l’objet de cette foi ? Qui est celui devant lequel ce païen, qui a l’habitude de se commander, s’incline ?

C’est à partir de cette conscience, illustrée par le centurion, que nous sommes invités à régler notre comportement. La mesure des choses, c’est le Christ…

D.E.

 

 

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11 septembre 2010 6 11 /09 /septembre /2010 08:43

 

L'apprenti sorcier, de Paul Dukas. Sur ce sujet, cela s'impose.

 

Comment combattre les idoles

1 Corinthiens 10, 14-22 ; Luc 6, 43-49

Le culte rendu aux idoles est une des choses que Paul a combattues tout au long de sa prédication. C’est une des grandes continuités de la foi chrétienne par rapport à la tradition reçue d’Israël. Dans le passage que nous lisons, Paul s’attache à expliquer aux Corinthiens qu’ils ne peuvent en même temps se réclamer de Jésus-Christ et continuer à participer aux cultes idolâtriques. C’est qu’en effet, certains voulaient sans doute ne pas mettre tous leurs œufs dans le même panier, peut-être simplement pour des raisons sociales, afin de ne pas se couper d’une partie de leurs relations, peut-être aussi parce que demeurait pour eux un doute et qu’ils se disaient qu’ils auraient une sorte de « seconde chance », au cas où le christianisme serait un leurre.

Il n’est pas si simple de faire admettre la rupture avec les cultes idolâtriques. L’argument monothéiste, par lequel on combat l’idolâtrie, consiste en effet à dire qu’il n’y a qu’un seul Dieu, et que les idoles ne sont rien. Mais si elles ne sont rien, pourquoi s’en inquiéter ? C’est qu’il y a autre chose, d’une autre nature, ce que Paul appelle « les esprits mauvais ». Gardons-nous cependant d’en faire dans notre propre esprit d’autres dieux, des forces extérieures à l’homme.

Sur ce point l’évangile de Luc est éclairant. Nous y lisons ces paroles de Jésus : « L’homme bon tire le bien du trésor de son cœur qui est bon ; et l’homme mauvais tire le mal de son cœur qui est mauvais ; car ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur. »

C’est donc du cœur de l’homme que sort ce qui est mauvais. La pensée, les idées, les représentations, qu’elles soient bonnes ou mauvaises, sont contagieuses. Ce ne sont pas des choses matérielles ou charnelles, mais des créations de l’esprit. Elles acquièrent en circulant une certaine autonomie, comme c’est le cas, par exemple d’une rumeur. On peut, en l’espèce, parler d’esprit bon ou mauvais.

L’idolâtrie, ce n’est au fond qu’une mauvaise représentation du réel. Si l’idole  est en elle-même impuissante, la représentation qu’elle fixe fausse notre rapport au monde et à l’autre. Voilà l’esprit mauvais avec lequel communie l’idolâtre.  On comprend ainsi que dans le monde moderne, il n’est pas toujours besoin d’amulettes ou de statues pour que fonctionne l’idolâtrie. 

Nombre de nos représentations et de nos attachements participent à fausser notre rapport au réel et à l’autre, en ne les inscrivant  plus dans l’ordre de l’amour, de la justice et de la vérité. En ce sens, les esprits mauvais ne manquent pas, sans qu’il soit besoin d’imaginer une foule de diablotins venant troubler la paix du monde. Nous sommes assez grands pour produire ces esprits et les lâcher dans la nature et dans la société.

Intempéries « spirituelles »

Ils circulent – pour certains de génération en génération – et ce sont les « intempéries » qu’évoque Jésus dans la parabole de la maison bâtie sur le roc ou sur le sable. Nous ne pouvons pas éviter d’être confrontés à ces influences diverses, dont certaines sont potentiellement ravageuses. L’esprit circule et ne connait rien qui puisse l’arrêter, sinon une parole intérieure plus forte.

La parole du Christ, parole reçue du Père, est celle qui peut nous permettre de résister à tous ces vents divers, celle qui peut nous aider à discerner ce qui est susceptible de donner du fruit et ce qui ne l’est pas. Mais pour que nous puissions en avoir l’assurance, il faut en faire l’expérience : seule la mise en pratique de la parole permet d’en éprouver la solidité, d’en goûter les fruits, d’en recevoir les bénéfices (au sens propre du terme : ce qui fait du bien).

D.E.

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10 septembre 2010 5 10 /09 /septembre /2010 08:04

 

L’annonce de l’Évangile a ses exigences

1 Corinthiens 9, 16-19. 22-27 Luc 6, 39-42

Quand Jésus  s’adresse à ses disciples – une foule nous dit Luc – pour leur demander si un aveugle peut guider un autre aveugle, il faut entendre en arrière-plan ce que l’on lit dans le prophète Isaïe : « Ils ont des yeux et ne voient pas, des oreilles et n’entendent pas ». Jésus lui-même reprendra cette déploration. Ce n’est donc pas une parole en l’air, mais une interrogation sur ceux qui guident le peuple. La parabole sur la paille et la poutre vise d’abord ceux qui s’attachent à « corriger » le peuple en pointant ses fautes, ses erreurs, ses aveuglements. Mais ce que dit Jésus, ce n’est pas qu’ils sont illégitimes par définition, mais que s’ils veulent accomplir leur tâche, ils doivent se corriger, travailler sur eux-mêmes.

Mais dès lors que l’on devient disciple de Jésus, et que l’on peut être envoyé par lui pour porter la Bonne Nouvelle, cette même exigence s’impose. C’est parce que nous sommes responsables les uns des autres qu’elle s’impose, et non pour gagner pour nous-mêmes le « ciel ». Elle s’impose dans la logique de ce qui précède ce passage, dans la logique d’un amour qui ne s’adresse pas qu’à nos amis, mais va jusqu’à nos ennemis…

Cette exigence d’un travail sur soi, qui n’est pas une manière de se sauver soi-même, car cela, aucun d’entre nous ne le peut, mais ce que nous devons aux autres, si nous les aimons et si nous voulons leur transmettre l’Évangile, Paul en fait la démonstration aux Corinthiens en prenant la comparaison d’un athlète qui s’entraîne durement pour remporter une compétition.

Le premier point de cet entraînement, consiste à reconnaître que l’annonce de l’Évangile nous est confiée, c’est une charge que nous devons accomplir. Ne pas témoigner de la vie qui est donnée par Dieu en Jésus-Christ, c’est laisser le monde dans une ignorance qui le prive d’un bienfait qui lui est destiné. Voilà pourquoi Paul dit : « Malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile ».

Le second point, c’est que pour annoncer l’Évangile, il faut se faire « le serviteur de tous », il faut se faire « tout à tous ». Cette annonce ne peut se faire de l’extérieur, de loin. Il faut partager la vie de l’autre pour reconnaître avec lui la présence de Dieu et le don de la vie. Il ne suffit pas d’être généreux et d’aider, il faut, à l’exemple d’une Mère Teresa, épouser la condition de ceux auxquels on est envoyé.

Pas d’autre salut

Paul nous dit que c’est alors, et alors seulement, que nous bénéficions du salut, parce que c’est ainsi que nous en faisons l’expérience. C’est dans le don de notre vie que nous pourrons voir que la vie nous est redonnée en plénitude, exactement comme Jésus l’a vécu. Il n’est pas d’autre salut que celui-là.

Cela nous ramène au début de notre propos : comment se corriger soi-même, si l’on est aveugle, comme le dit Jésus ? La véritable « correction » ne consiste pas à rechercher d’abord un état de perfection, une forme de possession d’une vérité théorique impeccable, elle consiste à se faire le serviteur de tous : la vie – Dieu – se chargera bien de nous ouvrir les yeux sur ce que nous ne voyions pas.

D.E.

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9 septembre 2010 4 09 /09 /septembre /2010 08:07

Jésus, que ma joie demeure, Choral de Jean-Sébastien Bach, par François-René Duchable

Quand la liberté et la connaissance se soumettent à l’amour

1 Corinthiens 8, 1-7.10-13 ; Luc 6, 27-38

S’il y a des textes de l’Écriture qui nous heurtent, devant lesquels nous renâclons, comme je l’ai parfois noté, il y en a d’autres qui nous laissent pantois et silencieux, devant lesquels on se dit qu’il n’y a rien à rajouter.  C’est le cas aujourd’hui, où mon premier réflexe serait de ne rien écrire.

Mais il y aurait peut-être un risque, celui de se contenter de l’admiration et de tenir les textes à distance. Puisque je me suis fixé cette règle, je vais essayer d’écrire quelque chose.

Paul s’arrête sur la question des viandes sacrifiées aux idoles. C’est un des points qui avait fait partie des conclusions de l’Assemblée de Jérusalem sur les conditions de l’accueil des non-juifs dans la communauté : ils devaient  « s’abstenir des viandes de sacrifices païens » (Actes  21,25). La question qui est posée, c’est de savoir si l’on ne peut pas considérer ces viandes comme n’importe quel autre dès lors que l’on a compris que les idoles ne sont que du vent. Paul ne conteste pas cet argument, car le contester ce serait donner aux idoles et aux sacrifices païens une consistance qu’ils n’ont pas. Il pose autrement la question, en invitant à réfléchir non pas sur l’acte lui-même, mais sur sa réception, sur l’effet qu’il peut produire sur quelqu’un d’autre. Et il dit qu’il y a un risque d’induire en erreur un frère moins averti.

Ce n’est donc pas la liberté qui est mise en question, mais l’usage de cette liberté. Paul nous dit que nous sommes responsables les uns des autres, et qu’il faut donc s’interroger sur les limites que cette responsabilité impose à notre liberté. Ce n’est pas la connaissance qui prime, c’est l’amour. Et la véritable grandeur, ce n’est pas celle du savoir, mais celle de l’humilité de l’amour, qui fait que nous sommes serviteurs les uns des autres.

Jésus, dans le passage que nous lisons de l’Évangile de Luc, donne si l’on peut dire la couleur de cet amour. Il ne s’agit pas simplement d’un échange de sollicitudes entre ami, ou entre proches. Il ne s’agit pas seulement d’un sentiment que l’on ressentirait envers quelqu’un. Jésus ne dénigre pas cela, bien évidemment, mais il nous apprend qu’il y a dans l’amour un risque de perte de soi pour l’autre, puisqu’il invite à aimer l’ennemi, à donner à celui qui ne rendra pas, à pardonner – ce qui, étymologiquement, va au-delà du don … C’est un amour qui renonce à toute défense, une invitation à se livrer à l’autre sans rien retenir.

Contagion

Nous mesurons immédiatement l’écart qui nous en sépare. C’est l’écart qui nous sépare de Dieu et qui nous rend, à certains égards, Dieu incompréhensible, parce qu’il n’agit pas selon nos logiques humaines. Dieu, nous dit Jésus, est bon pour les ingrats et les méchants. La vie en effet, nous le voyons tous les jours, se donne à tous, quelles que soient les qualités morales de chacun. Ce qui nous est proposé par Jésus, c’est de ne pas mesurer davantage notre don. De ne pas nous poser en juge, mais de croire, comme Dieu lui-même ne cesse de le faire, que l’amour est doué d’une puissance transformante et rédemptrice.

Il s’agit d’aimer en pariant sur la contagion de l’amour. Ce n’est pas une affaire de connaissance, même si la connaissance et l’intelligence peuvent nous être utiles, dès lors qu’elles sont au service de l’amour.

D.E.

Post-scriptum : Je ne saurais trop vous recommander d’aller voir le film Des hommes et des dieux, sur les moines de Tibhirine. Il n’y a pas de plus belle illustration de l’enseignement de Jésus sur l’amour, ni de meilleur témoignage de l’humanité de la foi chrétienne.

 

 

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8 septembre 2010 3 08 /09 /septembre /2010 07:36

Dixit Dominus. Les Vêpres de la Vierge. Monterverdi

Fête de la Nativité de la Vierge

Michée 5, 1-4a ; Romains, 8 28-30 ;  Matthieu 1, 1-16. 18-23

Pour fêter la Nativité de la Vierge Marie, la liturgie nous invite à lire le début de l’évangile de Matthieu et sa longue généalogie de Jésus, qui remonte à d’Abraham. C’est évidemment pour nous rappeler l’ancrage de Jésus dans le peuple juif, tandis que Luc, pour sa part, remonte à Adam pour assumer toute l’humanité.  Lorsqu’on lit ces généalogies, on remarque souvent et on a raison, les noms des femmes, parce qu’ils sont rares, et qu’ils renvoient à des moments singuliers de « l’histoire sainte ».

En général, on subit cette liste de nom sans trop y faire attention, d’autant que si l’on n’est pas un lecteur très attentif de la Bible, on ne les connait pas tous. Sans faire le détail de chacun, ce qui n’est pas possible ici, on peut au moins noter une chose : la plupart ne sont pas de « petits saints » ni de « grand héros ». Beaucoup n’ont pas été fidèles à l’Alliance. L’histoire que recouvre cette généalogie est une histoire conflictuelle, marquée par le péché. Voilà dans quelle histoire s’inscrit Jésus. Même si Matthieu et Luc nous racontent l’histoire « merveilleuse » de la conception de Jésus, une histoire théologique et théologale, ils ne nous masquent pas cette épaisseur humaine de la généalogie de Jésus. Nous ne sommes pas dans l’ordre des mythologies ou des récits édifiants.

Cette épaisseur humaine peut nous paraître déconcertante. C’est la nôtre, avec ses hauts et ses bas, avec ses nuits et ses jours. Lorsque le prophète Michée annonce la venue d’un  « berger », ce n’est pas l’aboutissement d’une marche triomphale. C’est d’abord la traversée d’« un temps de délaissement »… Nous aimerions parfois en faire l’économie. Mais la réalité est là. Cette épaisseur humaine, il faut l’habiter et y attendre la venue de celui qui nous délivre.

Notre paix

Paul, dans la lettre aux Romains, nous dit que « quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien ». C'est-à-dire que cette épaisseur humaine, qui nous déconcerte, qui parfois nous accable, peut elle-même contribuer à notre bien. Et de fait, c’est en elle que nous éprouvons le salut. Nous avons souvent du mal à le comprendre, souvent du mal à le vivre.

Pourtant, Michée nous annonce la paix, c’est-à-dire bien plus que la fin des conflits, mais la plénitude de la vie. Comme Paul proclame dans la lettre aux Éphésiens : « Le Christ est notre paix ».

Essayons, même si ce n’est pas facile, d’ouvrir la porte de ce qui peut sembler dans nos vies le plus lourd, le plus sombre, pour y accueillir cette paix.

D.E.

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7 septembre 2010 2 07 /09 /septembre /2010 09:46

 

A propos de la leçon de Paul aux Corinthiens

1 Corinthiens 6, 1-11 ; Luc 6, 12-19

C’est un sévère portrait de la communauté de Corinthe que dresse Paul, en faisant état des dissensions qui la minent et de l’incapacité des Corinthiens de régler leurs différents, au point d’avoir besoin d’aller devant la justice « païenne ».

La communauté des « frères » n’est pas sainte. Elle se comporte comme si elle n’avait pas été justifiée – c'est-à-dire rendue juste – par l’annonce de l’Évangile, par le don de l’Esprit. Cette contradiction qui choque Paul demeure encore aujourd’hui. Paul le dira d’une autre manière, en parlant notamment de sa propre imperfection : nous portons un trésor dans des vases d’argiles.

Faut-il pour autant considérer que les chrétiens ne sont pas redevables de la justice civile, comme on pourrait le conclure des propos de Paul ? L’expérience récente montre qu’il y a un danger pour l’Église à penser qu’elle peut « laver son linge sale en famille », qui est le danger d’un réflexe d’autoprotection qui fait qu’on minimise certaines fautes, et que l’on demande rapidement aux victimes de pardonner, sans qu’il leur soit fait réparation, ni que les fautifs soient sanctionnés comme il le faudrait. Si bien que l’Église considère aujourd’hui que pour ce qui relève non pas de son fonctionnement interne, mais de la vie en société, le recours à la justice civile est non seulement fondé mais nécessaire.

Ces remarques amènent en fait à réfléchir sur le statut de la parole de Paul. Il convient en effet de distinguer ce qui est de l’ordre du conseil et ce qui est de l’ordre de la doctrine. Lorsque Paul réfléchit sur le fonctionnement de la communauté, sur les usages personnels, il ne parle pas de la même façon que lorsqu’il témoigne du mystère de la foi. Cela ne signifie pas que sa parole n’a alors plus d’actualité, mais qu’il faut distinguer d’un côté ce qui est lié aux circonstances et de l’autre la dynamique avec laquelle il examine ces circonstances. Pour le passage qui nous occupe, la dynamique qu’il ne faut pas perdre de vue, c’est le don du Christ et de l’Esprit par lequel nous sommes justifiés. La question, c’est de vivre « à cette hauteur-là ». A nous de voir aujourd’hui ce que cela signifie.

Tout cela conduit à réfléchir à ce qu’est la Tradition. Elle n’est pas un bagage figé, inerte, mais un mouvement d’interprétation hérité de nos prédécesseurs. Nous avons la même responsabilité que les générations précédentes, celle de comprendre et d’actualiser la Parole dans notre monde. Nous devons, non pas nous contenter de reprendre de manière figée et immuable ce que ceux qui nous ont précédé dans la foi, mais agir avec la même intelligence, en nous laissant conduire par l’Esprit, pour trouver comment rendre compte de notre foi devant nos contemporains.

Service

Comme la liturgie est bien faite, le jour où la lecture de Paul nous invite à cette réflexion, nous lisons le récit de l’institution des Douze comme « Apôtres ».  Ce texte ouvre en fait la question de la transmission de l’œuvre de Dieu révélée en Jésus Christ. Les Douze sont ceux qui sont appelés plus particulièrement à en porter la responsabilité. Ils ont en charge cette « intelligence » dont nous venons de parler. Que Luc ait fait suivre la liste des noms des Douze par une scène qui montre la soif de délivrance et de guérison dans le peuple et la manière dont Jésus y répond, dit le sens de la mission des Douze. Ce n’est pas pour eux-mêmes qu’ils sont institués, mais pour ce peuple qui désire vivre. L’intelligence dont les disciples de Jésus doivent faire preuve pour porter l’évangile n’a de sens que pour ce service.

D.E.

 

 

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6 septembre 2010 1 06 /09 /septembre /2010 07:39

Sonate n°1 en Fa majeur, de Beethoven, par Rudolph Serkin et Pablo Casals

La miséricorde n’est pas la complaisance

1 Corinthiens 5, 1-8 ; Luc 6, 6-11

Voilà, avec le passage de la première lettre aux Corinthiens que nous lisons aujourd’hui un de ces textes qui nous laisse avec un malaise. Le langage virulent de Paul – « vous livrerez cet individu au pouvoir de Satan, et son être de chair sera détruit » –, la manière dont il parle de jugement, avec une raideur assumée, ne nous est pas agréable. Mais à vrai dire, la situation qu’il décrit non plus. C’est contre une forme d’inceste que Paul se dresse, et l’inceste est un des tabous fondateur des communautés humaines. C’est pourquoi d’ailleurs l’apôtre précise que la situation qu’il condamne ne serait pas supportée par les païens. Avec l’inceste, et la confusion des générations, c’est en fait la transmission de la vie qui est en cause.

On peut être étonné de voir Paul réagir ainsi, lui qui n’a cessé de dire que ce n’était pas la Loi, mais la foi, qui sauve. En réalité, Paul n’a jamais pensé que la foi dispensait l’homme des exigences éthiques fondamentales que contient la Loi, mais que seule la foi permettait d’y accéder.

On retrouve bien cela dans le texte que nous lisons : Paul se place dans la lumière du Christ, et réaffirme que celui-ci est l’agneau pascal : il a donné sa vie pour nous, et notre vie peut dès lors en être transformée. C’est dans le Christ, et dans le sacrifice eucharistique, que nous pouvons recevoir la force qui nous fait défaut pour vivre dans la plénitude de la vérité.

Paul s’insurge contre la contradiction que représente la situation qu’il dénonce. Peut-on à la fois proclamer qu’on est libéré par le Christ, et s’accommoder d’une forme d’asservissement psychique aussi terrible. Ce n’est pas au refus de la miséricorde que Paul appelle, mais à la vérité. Ce qu’il dénonce, c’est la complaisance qui ne délivre pas.

La liturgie nous propose de lire, parallèlement à Paul, un passage de Luc qui raconte que Jésus guérit un homme à la main paralysé le jour du shabbat. Au cœur de la péricope, une question fondamentale : « Je vous le demande : Est-il permis, le jour du sabbat, de faire le bien, ou de faire le mal ? de sauver une vie, ou de la perdre ? »

Le sens de la loi

Jésus n’abolit pas la loi : il lui donne son sens, son orientation. C’est à la lumière de ce qui est porteur de vie, de ce qui fait un véritable bien, que la loi peut-être mise en œuvre. Remarquons que c’est le souci de Paul, au sujet de celui dont il condamne la conduite : « C'est pour que son esprit soit sauvé au jour du Seigneur », écrit-il.

Que ce critère,  « sauver la vie », soit celui qui nous guide, tandis que nous nous efforçons de vivre en hommes et femmes libérés par le Christ.

D.E.

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5 septembre 2010 7 05 /09 /septembre /2010 09:20

 

Une Partita de Bach, pour bien commencer ce dimanche, avec la question posée par le libre de la sagesse.

Bon dimanche à tous!

D.E.

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