Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 09:20

En écoutant Roland de Lassus

De David à Jésus

1 Corinthiens 4, 9-15 ; Luc 6, 1-5

Quand les pharisiens interrogent Jésus parce que ses disciples arrachent et froissent des épis le jour de shabbat, faisant ainsi un « travail » contrairement à ce que prescrit la loi, Jésus les renvoie à l’histoire de David et ses compagnons qui avaient mangé les pains consacrés, au temple de Nob. Ce faisant, il fait plus que raconter une simple anecdote qui justifierait le geste de ses disciples. Il établit une comparaison entre lui et David, l’élu de Dieu. David et ses compagnons fuyaient devant Saül qui le poursuivait d’une jalousie meurtrière.

On peut entendre dans ce propos que le nouveau David c’est lui, et que ceux qui s’en prennent à lui sont animés par la jalousie. Pourtant, si David s’est défendu pour sauver sa vie, le livre de Samuel raconte que jamais il n’a attenté à la vie de son persécuteur, quand bien même, à deux reprises, il en eu l’occasion. Telle est la grandeur de David, qui ne veut pas faire de mal à celui qui, comme il l’affirme lui-même, a reçu l’onction de Dieu, quand bien même il ne s’en est pas montré digne. Cette maîtrise, car c’en est une, Jésus la revendique. C’est celle du service de la vie. Là est tout le sens de la loi.

Aussi, quand il affirme sa liberté par rapport à la loi – « le Fils de l’homme est maître du shabbat » – il ne dit pas que ses disciples ont eu raison d’enfreindre la loi, et il dit encore moins qu’il dispose de la loi pour agir selon ses « caprices » ou ceux de ses amis. Il manifeste qu’il s’inscrit dans la continuité de David qui croit fondamentalement au don de Dieu. Et c’est ce don qui importe.

On retrouve dans le texte de Paul des indications d’un comportement semblable à celui de David, lorsqu’il écrit : « Les gens nous insultent, nous les bénissons. Ils nous persécutent, nous supportons. Ils nous calomnient, nous avons des paroles d'apaisement. »

Cette grandeur, cette maîtrise, vaut à Paul et aux apôtres, non pas d’être considérés, mais d’être méprisés. Cela semble, aux yeux des hommes, un aveu de faiblesse, un signe de folie. Plus encore, ils sont en situation d’immense fragilité : « Nous sommes, pour ainsi dire, les balayures du monde. »

Don irrévocable

C’était exactement la situation de David, lorsqu’il arrive à Nob, quand bien même il avait vaincu Goliath… Pourtant David n’a pas douté de la parole de Dieu, et il lui est resté fidèle. C’est à cette parole que Paul finalement nous ramène en rappelant que c’est elle et elle seule qui l’a mobilisée, elle qu’il a annoncée. Et en cela, quelle que soit sa situation, quelles que soient les apparences, il est le père de ceux qui ont reçu de lui cette parole. Rien ne peut être fait contre cela.

La conclusion est double. D’une part, nous sommes invités à vivre dans cette même liberté, qui est la véritable maîtrise, par rapport aux apparences dans lesquelles nous nous trouvons, en servant toujours la vie. De l’autre, nous pouvons nous rappeler que la parole qui fait naître en nous cette liberté, nous l’avons reçue de nos pères dans la foi, quand bien même ils peuvent être aujourd’hui méprisés, rejetés, dans la difficulté. Le don qu’ils nous ont fait, par la grâce de l’Esprit, est irrévocable.

D.E.

Repost 0
Published by Desiderius Erasme
commenter cet article
3 septembre 2010 5 03 /09 /septembre /2010 07:57

 

Glen Gould...

Laissons le bon grandir et mûrir…

1 Corinthiens 4, 1-5 ; Luc 5, 33-39

« Ne portez pas de jugement prématuré » écrit Paul aux Corinthiens, tandis que Jésus, que l’on interroge sur le comportement de ses disciples explique qu’il n’est pas étonnant qu’ils n’agissent pas comme ceux de Jean ou ceux des pharisiens, il est dans la nature des choses qu’il y ait du dissensus… Et Jésus par ses deux rapides parabole sur le vieux et le neuf affirme qu’en voulant à tout prix réduire ou ignorer ce dissensus, on va perdre et le vieux et le neuf… Il est normal qu’il y ait des différences, ne les niez pas, ne prétendez pas les faires disparaître, sinon vous n’obtiendrez que des catastrophes, nous fait-il comprendre. Mais surtout, comme l’indique la seconde parabole sur le vin, laissez le temps au temps : il faut du temps pour que le vin vieillisse et délivre toute ses qualités…

Notez au passage que les deux paraboles présentent de façon inversée le vieux et le neuf. Dans la première, le vieux est ce qui est usé, dans la seconde le vieux est ce qui a bonifié. Par conséquent, vieux et neuf ne sont pas des catégories qui permettent de qualifier un jugement…

Cette manie du jugement hâtif est une des maladies les plus répandues. Et plus largement, celle de juger. Dans l’évangile, Jésus, à plusieurs reprises, met en garde contre la tentation de juger. Certes il invite à « juger les signe des temps », c'est-à-dire à discerner l’œuvre de Dieu dans le monde, et c’est tout autre chose.

Louange

Paul le dit, le vrai jugement revient à Dieu. Mais ne faisons pas de Dieu une sorte de souverain qui rendrait la justice sous son chêne. Lorsque Paul nous dit que le jugement appartient à Dieu, il nous invite à accueillir, dans ce que nous sommes tentés de juger, le don même de Dieu, ce qu’il œuvre à travers celui ou celle sur lequel nous sommes tentés de porter un jugement. Rappelons-nous la parabole du bon grain et de l’ivraie : le bon et le mauvais sont mêlés, vouloir extirper le mauvais – ou que nous voyons comme tel – c’est prendre le risque d’arracher le bon avant qu’il ait porté son fruit…

La finale du texte de Paul est d’ailleurs significative : le jugement de Dieu, l’apôtre le qualifie de louange. Une célébration du bon, bien plus qu’une condamnation du mauvais. Si nous ne pouvons nous garder de la tentation de juger, que notre jugement soit à l’image de celui de Dieu : une célébration du bon. Cela demande sans doute plus de courage et de patience que la précipitation dans la sanction du « mauvais ».

D.E.

Repost 0
Published by Desiderius Erasme
commenter cet article
2 septembre 2010 4 02 /09 /septembre /2010 08:24

 

Pour se mettre dans l'ambiance, Maple Leaf Rag, par Marielle et Katia Labèque

La pêche miraculeuse comme on ne nous l’a pas racontée

1 Corinthiens 3, 18-23 ; Luc 5, 1-11

Voici le récit dit « de la pêche miraculeuse ». Je dois vous faire un aveu. Sa lecture me laisse perplexe. A moins que Luc ne manie l’humour – hypothèse qui n’est pas à écarter. Que l’envoyé de Dieu se manifeste comme un sonar de pêche capable de détecter les bancs de poissons mieux que les professionnels, me paraît une bien étrange révélation. Que de surcroit, le fruit de cette opération soit des filets pleins à craquer qu’on abandonne aussitôt sur le rivage, quel gaspillage ! Enfin que le Messie « attrape » lui-même les hommes de cette façon en « appâtant » comme un pêcheur – c’est à quoi sert cette fameuse pêche miraculeuse –, me semble peu respectueux des hommes et indigne de l’amour de Dieu pour ses enfants. C’est vraiment prendre les gens pour des billes (et je reste poli).

Si Dieu s’accommode de cela, si le Fils de Dieu s’y prend ainsi, c’est qu’il sort en direct des « contes et légendes ». Tout cela ressemble fort à de la mythologie païenne ! Cherchez l’erreur !

Je sens qu’on va me dire, Desiderius cette fois-ci, tu vas trop loin. Il faut tout de même lire ce récit avec foi. Si Jésus est le fils de Dieu, il peut tout faire.

Mais justement, il ne fait pas tout. C’est ce qu’il vient manifester, en refusant la solution du miracle sur la croix, en ne descendant pas du bois du supplice comme le lui serinent ceux qui l’y ont cloué, prétendant qu’alors ils croiront. Pourquoi Jésus agirait-il différemment avec Simon-Pierre et ses compagnons. N’a-t-il pas explicitement annoncé qu’il n’y aurait pas d’autre signe que le signe de Jonas…

Jonas ? C’est un indice. Le livre de Jonas, si court, est un chef d’œuvre littéraire, et en rien une vérité historique. Et si nous lisions le récit de Luc comme nous lisons le livre de Jonas ?

De quoi est-il question ? Tout d’abord du besoin de prendre de la distance pour parler, pour se faire entendre. C’est ce que nous venons de faire. Il y une forme de promiscuité « spirituelle » qui rend sourd et aveugle. Pour celui qui lit, il faut d’abord reconnaître qu’il n’est pas possible de mettre la main sur la parole, comme on le fait si souvent, sous prétexte de foi. La parole échappe, et il faut d’abord constater qu’elle échappe… Cela peut être décourageant. Comme une nuit de pêche dont on revient bredouille. Si Simon-Pierre avait tout compris en écoutant Jésus – mais il était sans doute dans la barque, trop près… – il n’y aurait eu nul besoin de la suite du récit. Il aurait suivi, sans hésiter !

Ensuite il est question de remettre le travail sur le métier. Reprendre à l’endroit où l’on s’est découragé. Et cela, nous dit le texte, c’est un « ordre », c’est-à-dire à la fois un commandement et la nature des choses. C’est l’ordre de Dieu : il nous invite à chercher la vie partout, y compris et peut-être surtout là où nous sommes tentés de croire qu’elle n’est pas. C’est comme cela que cela marche la vie. Cela surgit où on ne l’attend pas ! Et avec la Parole de Dieu, il en va bien ainsi, c’est là où nous butons, là où nous faisons – si nous ne nous jouons pas de comédie –, l’expérience que nous ne comprenons pas, que nous renâclons, que se cache la plus grande fécondité, les plus belles découvertes, la plus formidable pêche. C’est là qu’il faut avoir la foi.

Le texte se poursuit en nous parlant d’abondance. Il y a plus alors à trouver, à découvrir là où nous étions découragés –morts de fatigue – que nous ne pouvons même l’assimiler et le porter. Avec ce que nous réserve la Parole, nous n’en aurons jamais fini. Mais cette abondance du don de Dieu, cette découverte de la vérité de la parole nous révèle nos limites. N’étions nous pas découragés, n’avions nous pas baissé les bras, cherché des subterfuges ? C’est le cri de Pierre qui demande – à contretemps, le malheureux – à prendre de la distance. Mais Jésus lui répond que ce n’est plus l’heure. Car comme l’annonce le prophète Isaïe, Dieu met sa parole sur les lèvres et dans le cœur de ceux qu’il appelle.

Dès lors, les poissons n’étaient qu’une image. Le rédacteur invite son lecteur à délaisser l’image, comme Pierre ses barques et ses filets, pour suivre la Parole.

Tout vous appartient

Avouez que ce récit de la pêche miraculeuse, c’est tout de même autre chose qu’un tour de prestidigitation pour attraper les nigauds…

Après cela, entendez cette incroyable provocation de Paul dans sa lettre aux Corinthiens : « Tout vous appartient, Paul et Apollos, et Pierre, le monde, la vie, la mort, le présent et l’avenir, tout est à vous ! » Il y va fort non ? Avec ça quel besoin de miracles ? Rude responsabilité. Cela mérite qu’on y réfléchisse plus d’une minute. « Mais vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu ». Autrement dit cette responsabilité se vit sous « l’ordre » de Dieu. Revenons donc là où nous « ramons » pour y accueillir la vie qui est à nous !

D.E.

 

 

Repost 0
Published by Desiderius Erasme
commenter cet article
1 septembre 2010 3 01 /09 /septembre /2010 08:15

 

Pascal Dusapin : Celo, concerto pour violoncelle et orchestre

Être adulte c’est quoi ?

1 Corinthiens 3, 1-9a ; Luc 38-44

Nous revendiquons tous d’être adultes et voulons être traités comme tel. Mais qu’est-ce à dire ? En écrivant aux Corinthiens Paul leur dit qu’il est obligé de les traiter omme des enfants, et il ne s’agit pas pour lui de les flatter en leur expliquant que l’esprit d’enfance leur ouvre la porte du Royaume des cieux. Ce qu’il leur reproche, car c’est un reproche, c’est leur esprit de chapelle, les manières dont ils s’opposent en prétendant tenir d’un côté ou de l’autre la vérité. Leurs enfantillages consistent à se prendre pour le centre du monde en prétendant posséder la vérité.  Ils s’y prennent de manière « subtile », en disant non pas « J’ai la vérité », mais en se rangeant derrière une bannière : « J’appartiens à Paul, j’appartiens à Apollos ». Certes Paul ou Apollos sont des disciples, mais ils ne sont pas le Royaume…

Si nous regardons bien, ce genre de comportement n’a pas disparu, ni dans la société, ni même dans l’Église.

Or que dit Paul aux Corinthiens ? Qu’en se comportant ainsi, ils perdent Dieu de vue. Ils confondent le doigt et la lune. Être adulte, c’est discerner l’œuvre de Dieu, c’est reconnaître qu’il est celui qui donne la vie et la fait croître. Sans lui, tout le reste n’a pas de sens, pas de contenu. Cela ne veut pas dire qu’il faut attendre comme des oisillons qu’il nous donne la béquée, mais prendre au sérieux tout ce que nous vivons, parce qu’il en est la source.

Dans l’évangile de Luc, lorsque Jésus étant passé à Capharnaum, ayant guéri d’abord la belle-mère de Pierre, puis les malades et infirmes qu’on lui avait amené, se retire à l’écart, les foules lui courent après. « Tu ne vas tout de même pas nous laisser maintenant » lui disent les gens, qui voudraient bien garder avec eux celui qui a le pouvoir de régler leurs problèmes.

Luc précise que Jésus fait taire ceux qui proclament qu’il est le Fils de Dieu. Il écrit que ce sont les démons qui disent cela, ce que l’on peut aussi comprendre comme le fait qu’il y a quelque chose de pervers dans cette désignation d’un Fils de Dieu que l’on voudrait posséder.

Si Dieu règne…

Jésus refuse d’être ainsi la « solution » d’un petit nombre. Ni même d’un grand nombre. Ce n’est pas ce qu’il est venu annoncer. Son propos, ce n’est pas cela. Il vient annoncer « la bonne nouvelle du règne de Dieu ».  Si Dieu règne, nul besoin d’attendre une « solution », nul besoin de posséder chez soi le Fils de Dieu, ou Paul, ou Apollos. Si Dieu règne, il nous revient de vivre en en prenant acte, ce qui est tout différent.

 La solution, s’il faut en expliciter une, c’est nous, qui accueillons ce règne, nous qui le manifestons, nous qui le servons, comme Paul ou Apollos, ou Jésus le servent. Être adulte, c’est prendre cette responsabilité là, dans la réalité d’aujourd’hui.

D.E.  

Repost 0
Published by Desiderius Erasme
commenter cet article
31 août 2010 2 31 /08 /août /2010 08:22

Round Midnight, dans une version très méditative de Dexter Gordon

Entrer dans la pensée de Dieu ?

1 Corinthiens 1, 10b-16 ; Luc 4, 31-37

Depuis le début de sa première lettre aux Corinthiens, Paul pousse son lecteur à s’interroger sur ce qu’il voit, à opérer un discernement, et dans le passage que nous lisons, il insiste encore, pour finir par cet affirmation incroyablement osée : « La pensée du Christ, c’est nous qui l’avons ! »

On a aussitôt envie de demander qu’il expose par le menu cette pensée, afin d’en prendre connaissance. Mais la suite de la lettre ne répond pas à cette attente. Paul ne va pas rédiger un catéchisme, mais intervenir sur un certain nombre de points qui agitent la communauté à laquelle il s’adresse, pour permettre à cette communauté de vivre mieux.

Il faut donc en conclure que « la pensée du Christ » n’est pas une doctrine philosophique ou une science dont on pourrait énoncer les principes, mais plutôt un « point de vue », non pas au sens d’une opinion, mais d’un lieu à partir duquel on regarde. Paul invite les Corinthiens, et nous-mêmes qui le lisons aujourd’hui, à regarder notre vie, la vie du monde, du point de vue… de Dieu, et non pas du point de vue du monde – ce qui est une manière de dire non pas de notre petit point de vue personnel.

Est-ce possible ? A cette question il n’y a qu’une réponse, mais elle n’est pas préalable : c’est celle qui consiste a accepté un décentrement, à tenter de déplacer notre regard, de l’élargir. Il s’agit de commencer par prendre au autre point de vue que celui auquel nous sommes accrochés comme une bernique à son rocher.

Il n’y a pas d’autre recette que celle du déplacement, c’est la condition minimum pour créer une sorte d’appel d’air dans notre regard, appel d’air qui ouvre alors une place à l’œuvre de l’Esprit qui lui seul peut nous faire entrevoir quelque chose du point de vue de Dieu.

L’évangile de Luc nous montre Jésus au début de sa prédication. Ceux qui le voient et l’entendent sont frappés par son autorité, qui tranche sur les usages, sur les habitudes. Voilà quelqu’un qui ne subit pas les événements, mais qui s’affirme d’une manière différente. Jésus opère un déplacement du regard, de l’écoute. D’où cette question : « Quelle est cette parole ? » D’où vient-elle ? Là non plus, il n’y a pas de réponse sous forme d’un exposé, mais au cœur de la péricope, Luc a placé une scène de libération : un homme possédé, enfermé spirituellement, se trouve délivré de l’esprit qui le tenait comme en captivité.

Visage

Consentir à s’ouvrir au point de vue de Dieu, c’est en fait se rendre disponible à une pareille libération, en étant délivré des manières de voir et de penser qui nous enferment, qui nous obsèdent, qui nous empêchent d’envisager l’avenir – de lui donner un visage de vérité et de justice.

Si nous prenons le risque de cette libération, alors oui, avec Paul nous pourrons dire : la pensée du Christ c’est nous qui l’avons. Non pas que nous connaitrons définitivement toute chose, mais parce que nous serons entrés dans ce mouvement de dilatation du regard qui nous permet d’avoir, comme l’écrit Paul « conscience des dons que Dieu nous fait».

D.E

Repost 0
Published by Desiderius Erasme
commenter cet article
30 août 2010 1 30 /08 /août /2010 08:22

Bill Evans, Never let me go

 L’annonce de l’Évangile n’est pas une marche triomphale

1 Corinthiens 1, 1-5 ; Lc 4, 16-30

« C’est dans la faiblesse, craintif et tout tremblant que je suis arrivé chez vous ». Quand on lit cette phrase de Paul dans l’épître aux Corinthiens, connaissant le caractère de l’apôtre, on peut être tenté d’y voir une figure de rhétorique. Il faut ouvrir le livre des Actes pour voir les circonstances auxquelles Paul fait allusion.

Paul était d’abord passé à Philippes, où il avait été arrêté, avec Silas, et soumis à la bastonnade. Relâchés, ils avaient gagné avec Thessalonique où une émeute avait été déclenchée contre eux. On les avait fait fuir, de nuit à Bérée, mais le répit avait été de courte durée car des Juifs de Thessalonique accoururent pour semer le trouble. On avait aussitôt fait sortir Paul de la ville pour l’envoyer seul à Athènes, où Silas et Timothée devaient le rejoindre. Et dans la cité prestigieuse, Paul qui avait essayé de convertir les philosophes de l’Aréopage avait été la risée de tous… C’est alors qu’il avait gagné Corinthe, et s’était mis à travailler chez des fabricants de tente…

Rien à voir avec une marche triomphale. Paul ne travestit donc pas la réalité. Si la Bonne Nouvelle a été entendue à Corinthe et ailleurs, ce n’est pas en raison d’une belle campagne de communication, ni du profil flatteur de ceux qui la portaient. Ce n’est pas parce qu’elle semblait procurer avantage et talent. Paul y voit simplement de l’œuvre même de Dieu, l’effet la puissance de l’Esprit. C’est évidemment à méditer, lorsque nous sommes tentés de penser que la transmission de la foi dépend de la prestance de nos célébrations, de la tenue des prêtres, des belles apparences religieuses, des soutiens politiques ou médiatiques ou de je ne sais quel autre recette miracle. Non ce n’est pas là que cela se passe. Ce qui est en jeu, en mouvement, c’est la vérité même de la parole qui est annoncée.

Jésus rompt le charme

L’évangile de Luc montre une situation inverse. Jésus arrive à Nazareth auréolé d’une réputation flatteuse : on a entendu parler des miracles accomplis à Capharnaüm. Si bien qu’on le reçoit de manière très honorable à la synagogue : c’est à lui que l’on confie la lecture et le commentaire du livre d’Isaïe. Tout semble aller bien. Chacun est flatté d’être là et se demande quel signe de puissance le « héros » va donner, dont Nazareth pourra ensuite s’enorgueillir. Tout cela n’a en réalité par grand-chose à voir avec la Bonne Nouvelle.

C’est pourquoi Jésus prend l’initiative de rompre le charme, pour dire une vérité plus âpre et décevante. Il défait lui-même l’illusion qui l’accompagne, parce que cette illusion empêche la réception de la Parole. Et du coup, il se met en situation d’extrême fragilité et risque sa vie.

Si le Christ agit ainsi, nul doute que ses disciples doivent faire de même, de façon que l’annonce de la Bonne Nouvelle soit le fait de la puissance même de l’Esprit, et pas l’effet illusoire d’une réputation flatteuse. Cette ligne de conduite va à rebours de la marche du monde, mais, avouons-le, elle va aussi à contrecourant du rêve qui est souvent le nôtre : celui d’une Église qui marcherait de succès en succès…

D.E.   

Repost 0
Published by Desiderius Erasme
commenter cet article
29 août 2010 7 29 /08 /août /2010 11:29

 

Le chant d'Arsmtrong pour accompagner les textes de ce dimanche, sur l'humilité...

Bon dimanche.

D.E.

Repost 0
Published by Desiderius Erasme
commenter cet article
28 août 2010 6 28 /08 /août /2010 10:12

Electric counterpoint, de Steve Reich

La foi, c’est aussi une façon de voir

1 Corinthiens 1, 26-31 ; Matthieu 25, 14-30

« Frères, vous qui avez été appelés par Dieu, regardez-bien ! » Cette injonction que Paul lance aux destinataires de sa lettre consonne assez bien avec la dernière partie de la parabole des talents, qui nous montre le troisième serviteur enfermé dans l’idée qu’il s’est fait de son maître : un homme qui moissonne où il n’a pas semé, qui ramasse le grain où il ne l’a pas répandu.

Cette image est-elle totalement fausse ? Admettons d’abord qu’il nous est difficile d’en juger. Que savons-nous de Dieu ? Ce qu’écrit Paul devrait nous inciter à ne pas rejeter trop vite ce que dit le troisième serviteur. Dieu, nous dit Paul, choisit le plus fou pour confondre les sages, le plus faible pour confondre le plus fort, il n’appelle que rarement les puissants et les gens de haute naissance, il prend le plus faible pur, il prend ce qui est d’origine modeste, ce qui n’est rien pour détruire ce qui est quelque chose… On est dans l’ordre de l’impossible, ou du moins de l’improbable.

Reconnaissons-le, entre la description que fait Paul et les propos du troisième serviteur, il y a des convergences. Mais alors comment comprendre le jugement auquel celui-ci s’expose ?

C’est que les conclusions que tire Paul de cette connaissance de Dieu et celles du troisième serviteur, partant de point de vue convergent sont en fait radicalement opposées.

Que dit Paul ? Qu’invite-il à voir ? L’apôtre demande aux Corinthiens de considérer que Dieu fait, de cette façon, œuvre de salut, puisqu’il a envoyé le Christ Jésus pour être ce qui nous manque : la sagesse, la force, la justice, la sainteté, la rédemption. Dieu manifeste ainsi qu’il est bon, généreux, miséricordieux, et que cette bonté est d’une puissance telle qu’elle outrepasse ce que nous considérons être comme l’ordre des choses.

Pour le troisième serviteur, il en va tout autrement : le maitre, commence-t-il par affirmer est « dur », sa puissance, il ne la voit pas comme libératrice, mais comme signe d’une exigence outrancière.

Grincements de dents

La parabole ne dit pas ce que le maître aurait fait face à un serviteur qui aurait connu « la faillite ». Là n’est pas le problème. Si l’on entend bien Paul, de cette faillite, le serviteur aurait été sauvé par le fils du maître… Ce qui « condamne », c’est le jugement porté par le troisième serviteur sur son maître,  un jugement qui l’a littéralement empêché de vivre.

Prenons donc garde à l’idée que nous nous faisons du maître. Discernons la bonté de Dieu à l’œuvre. Accueillons sa puissance libératrice pour oser vivre. Il est plusieurs fois question dans l’évangile de Matthieu de porte du Royaume qui restent fermées, ou des ténèbres où sont les pleurs et les grincements de dents. Ne nous méprenons pas : ce ne sont pas des menaces du maître, mais l’effet d’un regard qui ne s’est pas ouvert sur le don de Dieu. Faute de voir sa bonté, on s’en prive et dans ces conditions, il y a bien de quoi pleurer.

D.E.

Repost 0
Published by Desiderius Erasme
commenter cet article
27 août 2010 5 27 /08 /août /2010 08:50
Schubert La jeune fille et la mort Andante con motto

 

Quand Paul enfonce le clou de l’Évangile

1 Corinthiens 17-25 ; Matthieu 25, 1-13

En lisant le début de la première lettre aux Corinthiens, on est évidemment saisi par le discours de Paul sur la folie de la croix qui dépasse toute sagesse. Cependant on devrait commencer par être surpris par l’ouverture de ce discours : « Frères, le Christ ne m’a pas envoyé pour baptiser mais pour annoncer l’Évangile… »

Pourquoi Paul oppose-t-il le baptême et l’évangélisation ? Il a pourtant lui-même reçu le baptême à Damas, après avoir été foudroyé intérieurement alors qu’il était en route pour mener une persécution dans la ville syrienne contre les juifs devenus adeptes de la foi en Jésus ressuscité. Et le récit de la Pentecôte ne s’achève-t-il pas par une invitation au baptême ?

De fait, dans le récit que Luc fait des voyages de Paul, il est peu question du baptême, sinon pour constater qu’Apollos, quand il arrive, tout croyant qu’il est, ne connaît que le baptême de Jean, et pas le don de l’Esprit Saint. Et Paul dans le texte qui précède celui que nous lisons dit explicitement : « Je n’ai baptisé aucun d’entre vous » (à trois exceptions près).

Certes, Paul s’exprime ainsi parce qu’il y a des querelles de préséance dans la communauté, qui semblent tenir au fait d’avoir été baptisé par tel ou tel, ce qui dessinerait des clans… Mais l’essentiel n’est pas là. Ce que martèle Paul, c’est que le baptême n’a de sens qu’à partir de la Bonne Nouvelle. Il n’a de sens que lié à la croix du Christ. Il n’est qu’un signe, et il faut se garder de prendre le signe pour le don qu’il signifie. C’est une sagesse trop courte que de s’attacher au signe au risque de perdre le lien avec Jésus mort sur la croix et ressuscité.

Le signe – le baptême ou un autre – on peut s’en accommoder en l’interprétant, en se l’appropriant, alors que le langage de la croix n’est pas accommodable, par sa réalité brutale : celle de l’innocent ignominieusement mis à mort ! On peut retourner les choses dans tous les sens, cela demeure un scandale. Dans l’ordre de la rationalité efficace, dans celui de la jouissance, dans celui de la puissance, le langage de la croix confine à l’absurde et au révoltant.

Lampes inutiles

Il est indispensable que nous ne perdions pas de vue l’inconfort radical de notre foi, pour ne pas nous attacher à des « solutions » accommodantes, qu’elles soient rituelles ou matérielles, voire  philosophiques, des solutions qui pourraient nous laisser croire qu’il est possible de « tenir éloignée cette coupe ». Le salut que nous recherchons n’est pas une manière de fuir la mort qui nous effraie – c’est ainsi que l’on va à sa perte – mais la découverte qu’avec Jésus Christ, en traversant la mort, non seulement nous recevons la vie, mais surtout nous la donnons.

Ce n’est pas seulement de la « théologie ». Regardons autour de nous : bien des blocages, bien des injustices perdurent dans nos sociétés, parce que nous ne consentons pas à prendre le risque de perdre ce que nous croyons posséder, parce que nous n’osons pas prendre le risque de nous démunir pour partager. Parce que nous n’entendons pas la folie de l’Évangile.

On peut comprendre de cette façon quelle est l’huile qui manque aux vierges folles de la parabole.  Une lampe qui ne brûle pas de cette lumière ardente de la croix, de ce désir de communion à celui qui perd sa vie pour la donner à tous, est une lampe inutile dans la nuit.

D.E.

Repost 0
Published by Desiderius Erasme
commenter cet article
26 août 2010 4 26 /08 /août /2010 09:13

La Messe des pauvres d'Erik Satie - le Kyrie. Piano seul.

 Pourquoi il faut se méfier d’un mauvais temps

1 Corinthiens 1, 1-9 ; Matthieu 24, 42-51

Nous connaissons tous le proverbe « ne remets pas à demain ce qui peut être fait aujourd’hui ». En matière de foi, nous avons une forte tendance à l’oublier, en parlant du salut au futur, en le projetant – j’allais écrire : en le rejetant – dans l’au-delà. C’est évidemment une erreur.

Le malheur c’est que, parfois, l’Église elle-même nous y pousse. Comme dans la traduction liturgie du passage de Matthieu dans lequel Jésus demande à ses disciples de se tenir prêt pour la venue du Fils de l’homme. Le texte que nous entendons dans la liturgie nous met en garde : « C’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra ». En réalité, le texte doit se lire au présent[1] : « C’est à l’heure où vous n’y pensez pas que le Fils de l’homme vient. » (ou, comme le traduit sœur Jeanne d’Arc, insistant sur la foi : « C’est à l’heure que vous ne croyez pas… »). De même au début : « Veillez, car vous ne savez pas quel jour le Seigneur vient » et non « viendra ».

C’est au présent, tout simplement parce que le Fils de l’homme est déjà là. C’est lui qui parle. La question n’est pas d’attendre le moment fatal à venir, comme le héros du Désert des Tartares, mais d’accueillir celui qui est déjà là.

C’est donc une question de discernement. On le voit bien à une autre erreur de traduction. Dans la première parabole de ce petit passage qui en contient deux, il est question d’un « maître de maison » qui laisse le voleur entrer par effraction chez lui, parce qu’il ne sait pas à quelle heure le voleur vient. Dans la seconde, la traduction liturgie reprend la même dénomination de « maître de maison », pour parler de celui qui confie la charge du personnel à un de ses serviteurs, alors qu’il s’absente. S’agirait-il du même, ou d’un personnage comparable ? Pas du tout, car dans le texte original, on trouve deux mots différents : le premier désigne bien littéralement un « maitre de maison », le second est celui de « seigneur », le mot même que nous employons dans le « Kyrie », pour désigner Dieu…

La question est donc de savoir qui voyons-nous venir ? Qui voyons-nous présent ? Qui servons-nous ?

Veillez, ce n’est pas attendre le jour meilleur qui viendra, c’est voir ce qui est déjà présent. Jésus le dit maintes fois : « J’avais faim, et vous ne m’avez pas nourri… », « Ce que vous faites au plus petit c’est à moi que vous le faites… »

La finale du texte met précisément l’accent là-dessus : le seigneur se sépare du « mauvais serviteur » et le met « avec les hypocrites » - c’est-à-dire littéralement avec « ceux qui ont la vue basse », qui ne voient pas l’enjeu, dont le regard n’est pas à la hauteur de celui qui vient… La faute, c’est de n’avoir pas su ni voulu discerner…

Veillez, ce n’est pas simplement attendre le futur, c’est discerner le présent. L’avenir – celui qui vient – commence aujourd’hui

Équipés pour veiller

En s’adressant aux Corinthiens, Paul affirme qu’ils ont reçu tout ce dont ils avaient besoin pour cela : « En Jésus Christ, vous avez reçu toutes les richesses, toutes celles de la Parole  et toutes celles de la connaissance de Dieu… Aucun don spirituel ne vous manque… C’est lui qui vous fera tenir jusqu’au bout… » Comme les Corinthiens, nous sommes équipés pour veiller, pour reconnaître chaque jour celui qui vient, jusqu’à sa pleine révélation.

Cette révélation n’est pas tant une condensation de la vision dans un moment du futur, que l’entrée, par notre attention quotidienne à sa présence, dans la dimension « éternelle » de celle-ci, c’est-à-dire qui dépasse le temps, qui s’accomplit totalement dans toute l’épaisseur du temps et par delà le temps. Veiller, c’est entrer dans l’accomplissement même de Dieu.

D.E.



[1] Voir par exemple « le Nouveau Testament, interlinéaire grec/français » de Maurice Carrez, qui donne le mot à mot..

Repost 0
Published by Desiderius Erasme
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de Desiderius Erasme
  • Le blog de Desiderius Erasme
  • : Lire la Bible sans mourir idiot, intégriste ou ayatollah de la laïcité. Avec de l'humour, de l'esprit, de la curiosité, et sans préjugés...
  • Contact

Profil

  • Desiderius Erasme
  • La liberté de l'Evangile est la plus belle chose que l'on puisse partager. Elle est à la fois critique et aimante, source de joie et soutien dans l'épreuve. Elle invite à toujours plus d'humanité...
  • La liberté de l'Evangile est la plus belle chose que l'on puisse partager. Elle est à la fois critique et aimante, source de joie et soutien dans l'épreuve. Elle invite à toujours plus d'humanité...

Liens