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25 août 2010 3 25 /08 /août /2010 08:51

 

Pour une foi responsable

2 Thessaloniciens 3, 6-10. 16-8 ; Matthieu 23, 27 32

« Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus. »  Pour que Paul éprouve le besoin de mettre ainsi les points sur les i, sans ménagement, c’est qu’il y avait dans la communauté chrétienne des gens qui pensaient non seulement que la foi permettaient d’échapper aux contingences de la vie humaine, mais sans doute aussi que tout leur était dû. Forts de leur « sainteté », ils aspiraient sans doute à se faire entretenir par leurs frères, sinon par Dieu.

Pas de ça Lisette ! tonne Paul. Et qu’on n’aille pas lui dire que Jésus avait dit qu’il ne fallait pas s’inquiéter de ce qu’on allait boire et manger, puisque Dieu revêtait les liserons des plus beaux atours, ni qu’il avait recommandé aux Douze qu’il envoyait en mission de partir sans rien parce que « tout ouvrier mérite son salaire ». Si la foi est une invitation à ne pas nous laisser arrêter par nos inquiétudes, elle n’est pas une démission de responsabilités. Et ce que Paul dit du travail vaut pour bien d’autres domaines, notamment dans la vie familiale, sociale ou politique.

D’aucuns aimeraient bien que les chrétiens se contentent de s’occuper des questions d’Église, et qu’ils ne se mêlent pas des affaires publiques, qu’ils ne se soucient pas de justice ni d’éthique. Ils préféreraient avoir affaire à des croyants confinés en religion, aveugles sur le sort du monde. Reconnaissons-le,  nous sommes parfois tentés de nous en tenir là, c’est tellement plus tranquille.

Cependant, les vigoureuses paroles de Jésus à l’encontre des pharisiens nous réveillent. Deviendrons-nous ces « tombeaux blanchis à la chaux », de belles apparences extérieures, mains propres et aubes blanches des « petits saints », mais « plein d’hypocrisie et de mal » à l’intérieur ? L’accusation que lance Jésus de « bâtir des tombeaux pour les prophètes », c'est-à-dire de les encenser pour mieux anesthésier –  j’allais écrire : pour mieux « euthanasier » –, leur parole, se comprend si nous nous rappelons que les prophètes pourfendaient l’injustice et l’infidélité, exigeaient que l’on fasse droit aux humbles, aux pauvres, aux faibles, aux veuves, aux étrangers, que l’on cesse de fausser les balances, etc. Sinon, disaient-il, vous courez à la catastrophe !

Ne pas renier le Fils de l’homme

Ainsi se dessinent en creux nos responsabilités, celles auxquelles nous ne pouvons renoncer sous peine de travestir la foi en une pure mascarade. Et lorsque Jésus dit aux pharisiens : « Vous êtes bien les fils de ceux qui ont assassiné les prophètes. Eh bien vous, achevez donc ce que vos pères ont commencé ! », il affirme tout simplement que refuser d’entendre les prophètes et l’exigence de justice et d’éthique dont ils sont les témoins de la part de Dieu, c’est s’en prendre au Fils de l’homme lui-même.

Voilà pourquoi, malgré toutes ses lourdeurs et ses compromissions, l’Église  parfois dit non, pourquoi elle s’ébranle pour protester contre des conduites et des logiques qui mettent à mal la fraternité et la dignité humaine. Elle ne peut tout simplement pas renier celui qui la fonde.

D.E.  

Henrich Schütz
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24 août 2010 2 24 /08 /août /2010 08:48

Que voyons-nous, au juste, de la réalité du monde ?

  Apocalypse 21, 9b-14 ; Jean 1, 45-51

Pour la fête de saint Barthélémy – que l’on associe au Nathanaël de l’évangile de Jean –, nous sommes invités à lire un passage de l’Apocalypse. Nous retrouvons un genre littéraire que pratiquait volontiers le prophète Ézéchiel, et qui, reconnaissons-le nous déroute. Comment interpréter ce qui nous paraît être un discours symbolique, codé ? Comment comprendre ces « visions » ?

Le récit de la vocation de Nathanaël peut nous aider. Lorsque Philippe lui annonce que lui et ses amis ont trouvé le messie en la personne d’un habitant de Nazareth,  Nathanaël répond comme celui à qui on ne raconte pas d’histoire : « Que peut-il sortir de bon de Nazareth ? » Il a vu et sait à quoi s’en tenir.  L’affaire est entendue, il faut être « réaliste ». Philippe ne se démonte pas et lui suggère de venir voir par lui-même de quoi il retourne. De ne pas se fier à ce qu’il croit connaître. Acceptera-t-il de se laisser étonner ? Consentira-t-il à voir ce que jusqu’à présent il n’avait pas vu ? Nathanaël ne refuse pas l’invitation de Philippe.

Le premier à voir, dans la suite du récit, c’est Jésus. Il ne voit pas un « aveugle » qui ne veut pas voir, il voit un homme dans lequel il discerne une exigence de vérité. Et il la révèle à Nathanël. Lorsque celui-ci s’étonne et demande comment son interlocuteur sait cela, Jésus répond simplement : « Je t’ai vu. » Cette exigence de vérité met en fait Nathanaël au pied du mur : sera-t-il fidèle à ce qu’il est ? Acceptera-t-il de mettre en doute sa première – mauvaise – impression ? Cela lui suffit pour comprendre qu’il peut voir ce qu’il ne voyait pas, qu’il peut accueillir ce qu’il pensait ne pas pouvoir trouver à Nazareth : quelque chose de bon. Rappelons ce que dira Jésus plus tard : Dieu seul est bon. Le bon, c’est la manifestation de Dieu…

Du coup, Nathanaël peut reconnaître en Jésus « le Fils de Dieu, le Roi d’Israël ». Voilà la « vision ». Et Jésus peut annoncer que ceux qui le suivront verront ce qui semblait invisible, indiscernable : « les cieux ouverts, les anges de Dieu qui monte et descendent au dessus du Fils de l’homme ». N’imaginons pas là ce que les peintres des coupoles des plus belles églises baroques ont voulu représenter, des angelots joufflus entourant un Jésus majestueux…  Jésus ne nous promet pas une vision en technicolor, il nous dit simplement que la foi nous permet de discerner dans le monde le mouvement de la vie que Dieu donne, ce mouvement que nous ne voyons pas lorsque nous regardons le monde avec les yeux de Nathanaël lorsqu’il considère Nazareth en disant que rien de bon ne peut sortir.

Dévoilement

Ainsi, l’Apocalyse ne nous annonce-t-elle pas un autre monde caché, codé, réservé aux initiés. Elle est, au sens littéral du mot, le dévoilement de la réalité. Notre monde est beaucoup plus riche et plus beau que nous ne voulons vraiment le voir. Il est dès à présent habité par la gloire de Dieu, qui ne lui est pas extérieure, étrangère.

Il ne s’agit pas de se raconter des histoires, de se peindre de nouvelles « coupoles », mais de mettre en doute notre vision fermée, aveugle, désespérante du monde. Tant que nous en resterons là, tant que nous considérerons qu’ « il ne peut rien sortir de bon de Nazareth », alors nous ne pourrons pas accueillir celui qui vient à nous. Nous ne pourrons pas vivre de la foi. Or combien de fois n’avons-nous pas dit, face à certaines personnes ou certaines situations qu’il n’y avait rien à espérer ? Il est temps de voir enfin autrement. Le réalisme véritable, c’est d’être visionnaire !

D.E.

 

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23 août 2010 1 23 /08 /août /2010 08:53

Désertion et fermeture vont de pair

 

2 Thessaloniciens 1, 1-5. 11 b-12 ; Matthieu 23, 13-22

En les accusant de contre-témoignage, c’est une véritable charge que lance Jésus contre les scribes et les pharisiens, lui qui disait un peu plus tôt : «Prenez-sur vous mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur » (Mt 11, 28). Cette douceur a cédé la place à des paroles de colère. Il est tentant de considérer que ces paroles ne concernent que les interlocuteurs de Jésus. Les chrétiens ont eu longtemps le réflexe de penser que ce procès, car c’en est un, s’étendait à tous les juifs, et à eux seuls.

En réalité, nous devons entendre ces rudes paroles comme s’adressant à nous, qui, parce que nous avons été baptisés dans l’eau et dans l’Esprit, avons pour tâche d’annoncer à tous les hommes la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu.

Lorsque nous nous inquiétons de voir nos contemporains ne pas croire, vivre dans le matérialisme et le relativisme, je me demande toujours si nous avons vraiment su leur témoigner qu’ils étaient invités à entrer dans le Royaume de Dieu. N’avons-nous pas, par nos discours et par nos actes, « fermé à clé le Royaume des cieux » ? En tenant des propos incompréhensibles, irrecevables,  en préférant un ritualisme suranné, en étant incapables de dire en quoi la foi s’ancre dans la vie réelle, en préférant le surnaturel à la nature, en refusant finalement l’incarnation et en glissant dans une religiosité superstitieuse, n’avons-nous pas rendue la foi « impossible » ?

Mais l’examen de conscience ne s’arrête pas là, car il faut nous demander si nous sommes nous-mêmes entrés dans le Royaume.  La religion à laquelle nous nous sommes attachés n’a-t-elle pas été en réalité un subtil moyen de faire l’économie de la foi, une manière de nous dédouaner, par la fréquentation de la messe, par quelques prières machinales, et quelques autres postures et engagements, de la radicalité de l’évangile qui nous invite à affronter l’épaisseur, l’âpreté et les contradictions de la vie, pour aller, comme le dit Jésus à Pierre, dans la finale de l’évangile de Jean, « là où nous ne voudrions pas aller », pour faire l’expérience qui fut d’abord celle de Jésus, de perdre notre vie par amour, dans le service de la justice et de la vérité. Avons-nous pris le risque d’être sauvé ? N’avons-nous pas déserté en douce tout en empêchant les autres d’occuper la place que nous abandonnions ?

En polémiquant sur les serments, Jésus dit à ses interlocuteurs qu’ils ont oublié l’essentiel, celui qui est la source et la fin de toute chose, Dieu. En oubliant Dieu, on fait de la religion un lieu d’enfermement, de stérilité et de mort. Si nos contemporains s’éloignent du Royaume ou l’ignorent, c’est sans doute qu’ils ne sentent pas chez nous un lien vital, une source de vie.

Fort comme la mort

Mais pour que cela se voie, encore faut-il qu’il soit manifeste que nous vivons d’une flamme incomparable qui nous conduit à passer là où l’homme pense ne pas pouvoir passer par ses seules forces. Encore faut-il, comme ce fut le cas dans les premiers siècles de l’Église, que les chrétiens témoignent d’une liberté forte et désirable.

La seconde lettre de Paul aux Thessaloniciens dit clairement ce qu’il en est : ce témoignage passe par la traversée des épreuves et des contradictions, par la persévérance dans l’amour, alors que tout autour inviterait à douter de l’amour. La « clé » du Royaume, ce n’est pas seulement une doctrine compréhensible, c’est une manière d’être, une vie livrée, risquée par amour. Si nous croyons que Dieu est source de vie, alors manifestons que la vie qu’il donne est plus grande que les peurs qui nous habites, plus grande que les contradictions qui nous opposent, plus grandes que difficultés qui se dressent devant nous. Manifestons que « l’amour est fort comme la mort », comme le dit le Cantique des Cantiques. Dieu s’occupera du reste…

D.E.

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22 août 2010 7 22 /08 /août /2010 07:32

 

Antonio Caldara, interprêté par Gérard Lesnes

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21 août 2010 6 21 /08 /août /2010 08:55

Marin Marais, par Jordi Savall

 

Derrière les mauvaises apparences…

Ézéchiel  43, 1-7a ; Matthieu 23, 1-12

Pour la troisième fois, Ézéchiel voit la gloire de Dieu. La première fois cette gloire s’était manifestée pour appeler le prophète et l’envoyer  s’adresser au peuple de Dieu et les appeler à la conversion. La seconde ce fut au moment où la gloire de Dieu quittait le temple avant la destruction de Jérusalem. Cette fois-ci, c’est pour annoncer la restauration d’Israël.

Trois visions semblables, dont la similitude dit la constance, la permanence, l’éternité de Dieu.

Dieu vient habiter sa demeure parmi les fils d’Israël, « pour toujours ». Nous ne pouvons pas passer sous silence ce « pour toujours », cette permanence du lien établi entre Dieu et Israël, quelles que soit les vicissitudes de l’histoire, quelles que soient le visage d’Israël lui-même.

Jésus le dit lui-même à ses disciples et à la foule : « Les scribes et les pharisiens enseignent dans la chaire de Moïse. Pratiquez donc et observez tout ce qu’ils peuvent vous dire. »  Comment Jésus peut-il affirmer cela, alors qu’on est à la veille de la Passion, que les motifs de conflits ne manquent pas, et que la suite immédiate de son discours va être une dénonciation en règle de ces mêmes itpharisiens ? Cela ne peut se comprendre que si nous comprenons qu’ils sont, malgré tout, porteurs de la Parole de Dieu, qu’en eux, en dépit de tous les reproches qu’on peut à bon droit leur adresser, se manifeste la permanence de la présence de Dieu – la chaire de Moïse.

Incohérence

Ce qu’il faut apprendre à discerner, c’est la présence du « seul enseignant », du « seul Père », du « seul Maître », la secrète permanence de la présence de Dieu.

Les Rabbis, les Pères, et les Maîtres ne manquent pas, en dépit du conseil de Jésus de ne pas s’octroyer de tels titres. Mais cela ne change rien à la réalité profonde. La source de la vie reste la même. Ne prenons pas le doigt qui montre l’étoile pour l’étoile elle-même. Mais si nous n’oublions pas « l’objectif », alors ceux qui en témoignent, même imparfaitement, peuvent nous être bénéfiques.

L’incohérence entre la parole et les actes que dénonce Jésus est chose courante. Nous pouvons l’observer en permanence autour de nous. Nous en sommes souvent nous-mêmes les premiers porteurs. Mais cela ne doit pas nous faire perdre de vue la permanence de celui qui vient habiter au cœur de son peuple, la permanence de sa Parole source de toute parole. C’est alors que nous pouvons nous présenter, comme Ézéchiel, comme d’humbles témoins de la gloire de Dieu, d’humbles serviteurs de sa Parole.

D.E.

 

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20 août 2010 5 20 /08 /août /2010 08:41

 

 

Extrait de la Symphonie du Nouveau Monde, de Dvorak

 

Retour aux « fondamentaux »

Ézéchiel 37, 1-14 ; Matthieu 22, 34-30

C’est un morceau de bravoure que cette vision des ossements desséchés qui reprennent vie rapportée par Ézéchiel. Le prophète fait preuve, une nouvelle fois d’un superbe talent littéraire qu’il met au service de la conscience aiguë qu’il a de la puissance créatrice de Dieu. C’est d’ailleurs, dit-il, l’esprit du Seigneur qui le transporte…

Cette puissance se manifeste d’abord par la parole, ensuite par le souffle. On retrouve ici les deux récits de la Création dans la Genèse : le monde nait de la parole de Dieu (premier récit), l’homme façonné à partir du sol prend vit par le don du souffle de Dieu (second récit).

La vision d’Ézéchiel nous ramène à ces « fondamentaux », tandis que nous sommes comme le peuple d’Israël, tentés de désespérer, confondus par notre impuissance devant les difficultés qui se dressent devant nous.

Dieu affirme, par le prophète que non seulement il est l’auteur de la Création, mais qu’il est toujours disposé à mettre en œuvre sa puissance de vie même là où la mort semble avoir triomphé. A nous donc de remettre en doute notre vision désespérée du monde, pour accueillir ce renouvellement radical annoncé. Cela suppose que nous revenions à l’écoute de la Parole, que nous nous rendions vraiment disponible à la puissance du souffle, c’est à dire de l’esprit. Et cela ne va pas sans un travail sur nous-mêmes.

Suspendue

Pour ce faire, le court dialogue entre Jésus et un docteur de la loi, sur la question de savoir quel est le plus grand commandement, nous simplifie le travail. La dernière phrase de Jésus nous donne en effet l’ultime critère d’écoute de la Parole. En effet, dit-il, « Tout ce qu’il y a dans l’Écriture – dans la Loi et les Prophètes – dépend de ces deux commandements. » La traduction littérale est frappante : « A ces deux commandements, toute la Loi est suspendue, et les Prophètes » Autrement dit, sans eux, l’Écriture tombe et s’écrase… Elle est au bout de ce fil-là.

La Parole de Dieu ne peut donc être reçue que dans un désir d’amour de Celui qui la prononce, qui la profère, parce que cette parole nous fait littéralement exister, elle fait venir la vie au monde. Et elle n’est vraiment comprise que lorsqu’elle nous conduit à aimer l’autre, notre frère, comme nous-mêmes, c'est-à-dire à avoir pour l’autre le même désir de vie que celui qui nous habite pour nous-mêmes. Telle est l’esprit que Dieu insuffle en l’homme.

Si nous écoutons la Parole à partir de là, et si nous la mettons en pratique, c'est-à-dire si nous lui permettons d’agir en nous et autour de nous, alors la vie ne manquera pas de nous gagner et de se répandre.

D.E.

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19 août 2010 4 19 /08 /août /2010 08:16

 

Robert Charlebois, Félix Leclerc et Gilles Vignault : Quand les hommes vivront d'amour

  

Une sollicitude bouleversante qui peut être rebutée

 

Ézéchiel 36, 23-78 ; Matthieu 22, 1-14

Qu’elle est belle et émouvante cette parole de Dieu dans le livre d’Ézéchiel : « J’irai vous prendre dans toutes les nations ; je vous rassemblerai de tous les pays et je vous ramènerai sur votre terre. Je verserai sur vous une eau pure et vous serez purifiés. De toutes vos souillures, de toutes vos idoles je vous purifierai. Je vous donnerai un esprit nouveau, je mettrai en vous un cœur nouveau. J’enlèverai votre cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrais en vous mon esprit… »

Après les pages terribles d’Ézéchiel qui décrivent avec force les conséquences dramatiques de l’orgueil, de l’infidélité, de l’injustice, et la colère de Dieu qui en résulte, cette sollicitude de Dieu à l’égard de son peuple, de ses enfants, nous bouleverse, si nous consentons à nous laisser toucher.

Le prophète nous annonce que nous allons pouvoir, enfin, connaître Dieu de la façon la plus intime, en étant habités par lui, renouvelés de l’intérieur. Il y a de quoi se réjouir alors que notre expérience la plus commune,  c’est que, même avec la meilleure des volontés du monde, nous peinons à reconnaître Dieu, à l’appréhender. Nous le réduisons à des images dont nous constatons bien quelles sont insuffisantes, déformatrices, qu’elles sont surtout le reflet de nos préoccupations. Nous construisons à son sujet des discours et des récits trop imparfaits pour être vraiment crédibles.

Ézéchiel nous dit que Dieu lui-même vient combler l’abîme qui nous sépare de lui, qu’il vient en nous-mêmes. Sans doute éprouverons nous toujours ce sentiment d’un inatteignable, d’un incompréhensible, d’un incernable… mais au moins pourrons-nous laisser vivre en nous sa présence et nous appuyer sur elle pour vivre d’une manière plus ouverte à la vie même, plus disponible au dépassement de ce qui nous semble être nos limites… Et nous pourrons dire, comme Marie et comme dans la prière que Jésus a enseigné à ses disciples : « Que ta volonté soit faite… », en vivant dans la confiance et la fraternité, en dépit de tout ce qui est source – souvent légitime – d’inquiétude.

Inaccessible

C’est à cela que nous convie la parabole des invités aux noces. Mais le langage de Jésus n’est pas doucereux. Cette invitation, nous dit-il, beaucoup passent à côté, beaucoup la boudent, en pensant avoir mieux à faire que d’entrer dans la plénitude de l’amour de Dieu. Et ce rejet peut être brutal, et source de violences en retour… Pour autant, l’invitation n’est pas annulée, elle s’élargit, sans faire le tri entre les bons et les mauvais ! Ici, il faut noter que si la suite de la parabole fait état d’un invité qui ne porte pas le vêtement de noces, elle ne précise pas que celui-ci était mauvais. Ce qui est en question, ce n’est pas la morale, mais l’accueil de l’amour de Dieu, la foi.

La scène où le roi s’approche de l’homme en question est frappante. Il n’est pas question de reproche, c’est une tentative d’ouvrir une relation : « mon ami, comment es-tu entré ici… » Mais l’homme se mure dans le silence. Il se rend de fait inaccessible à l’amour. Il se noue sur lui-même, se réduisant à l’impuissance, d’où l’image suivante d’un homme jeté dans  les ténèbres pieds et poings liés…

Ainsi donc cette infinie tendresse de Dieu que nous révèle Ézéchiel – qu’on n’aille plus dire que le Dieu de l’Ancien Testament est celui de la rigueur et qu’il ignore l’amour et la miséricorde ! – nous pouvons passer à côté ou même la rejeter. Demandons donc la grâce de pouvoir l’accueillir, de la désirer profondément.

D.E.

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18 août 2010 3 18 /08 /août /2010 08:15

 

  Le combat de la mort et de la vie, par Olivier Maessien

Contre les pillards et les « intéressés »

Ézéchiel 34, 1-11 ;  Matthieu 20, 1-16

Cette fois-ci, c’est aux bergers d’Israël qu’Ézéchiel est prié de dire leur fait : ce sont de mauvais bergers, qui ne prennent pas soin des faibles, qui exploitent le troupeau et ne le défendent pas contre les agresseurs… Le troupeau est mis au pillage et les bergers ne servent qu’eux-mêmes.

Lorsque j’entends ce texte, je ne peux m’empêcher de penser qu’il est d’une criante actualité, qu’il décrit des situations que nous connaissons et que nous observons.

Le prophète nous dit que cela ne peut pas durer. Que Dieu veut autre chose. Mais attendrons-nous que la justice « tombe du ciel », ou seront nous de ceux qui serviront sa volonté et contribuerons à faire en sorte que les choses changent ? Il faut choisir entre la surdité et l’aveuglement, d’une part, et le service de Dieu et sa justice, d’autre part.

Dieu en effet a besoin de nous pour accomplir sa volonté. C’est pourquoi Jésus énonce cette parabole du Royaume de Dieu comparable au maître d’un domaine qui embauche des ouvriers à toute heure du jour pour soigner sa vigne. La vigne dans la Bible, c’est traditionnellement l’image du peuple de Dieu.

Mais pourquoi Jésus éprouve-t-il le besoin de recourir à cette parabole sur la rétribution du service, où il montre à ses disciples que le maître rétribue également tous ses ouvriers quel que soit le moment où ils ont été appelés ?  Pour comprendre, il faut remonter un peu plus haut dans l’évangile de Matthieu, à cette question posée par Pierre : « Nous avons tous laissé pour te suivre, et nous qu’aurons-nous ? » Jésus a répondu : « quiconque aura laissé maison, frères et sœurs, père, mère, enfants ou champs à cause de mon nom recevra beaucoup plus, et en héritage, la vie éternelle. » Pierre pose la question du mérite et de la rétribution. Jésus répond en montrant que le don de Dieu sort de ces catégories.

En effet, cette vie éternelle, qui est « héritée » - ce qui veut dire qu’est alors reconnue la qualité de fils de celui qui est la vie éternelle –, ne se partage pas, elle ne se divise pas proportionnellement au temps du service, ni au mérite de la tâche accomplie. C’est un don tout d’une pièce. C’est ce que nous sommes priés de considérer. C’est le fait même d’être entré au service de Dieu – et non pas la « quantité » du service – qui ouvre accès à ce don.

Gratuité

Jésus nous met en garde, car nous pourrions être tentés de vouloir être rétribués selon nos mérites respectifs. Nous sommes ici dans une autre économie que celle du monde, une économie qui est celle de la vie divine, celle de la gratuité. La vie, notre vie, nous l’avons reçue purement gratuitement. Personne ne nous devait rien. Et nous sommes donc invités à dépasser la vision étroite de nos « intérêts » pour comprendre que le don de Dieu demeure dans cet ordre fondamental de la bonté gratuite.

Raison de plus pour ne pas nous accommoder des situations d’injustice, d’inégalité, de violences faites aux faibles et aux pauvres, de mépris de la dignité fondamentale des êtres humains. Plutôt que ne nous inquiéter pour nous-mêmes de ce que nous avons reçu, de ce que nous recevons ou recevrons, nous avons-nous aussi à être les témoins et les serviteurs de la bonté gratuite dont nous avons été l’objet de la part de Dieu.

D.E.

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17 août 2010 2 17 /08 /août /2010 08:22

De la nécessité d’être déstabilisé

Ézéchiel 28, 1-10 ; Matthieu 19, 23-30

« Qui donc peut-être sauvé ? » Il faut entendre la question angoissée des disciples à Jésus, et la prendre au sérieux. Après l’entretien avec le jeune homme riche, Jésus vient de dire qu’il était plus difficile à un riche d’entrer dans le Royaume des cieux qu’à un chameau de passer par le trou d’une aiguille.

Mais la richesse, l’abondance, le confort, tout cela ne constitue-t-il pas une forme du bonheur à laquelle nous aspirons, ce qui n’exclut pas la générosité, ni le respect de la loi ? Le jeune homme riche était à cet égard un « modèle ». Mais il avait perçu qu’il n’était pas pour autant arrivés au Royaume de Dieu. Nos aspirations, même si nous ne pouvons pas, pour la plupart d’entre nous, nous prévaloir d’avoir de grands biens, sont assez semblables. En matière de salut, nous aimerions pouvoir jouir d’une vie paisible, heureuse, confortable…

Or Jésus affirme que le salut n’est pas là. Il va même jusqu’à affirmer que ce qui pourrait nous sembler le point d’arrivée du salut est un obstacle. L’oracle du prophète Ézéchiel au roi de Tyr l’illustre bien : insensiblement, la richesse matérielle, mais aussi intellectuelle, la sagesse, le bien-être conduisent celui qui en jouit à se croire autosuffisant, et donc à se placer au centre de sa représentation du monde. Le roi de Tyr se prend pour Dieu et ce faisant, il déchaîne, par la convoitise qu’il suscite, les forces qui vont le détruire.

L’affirmation de Jésus nous déconcerte, comme elle déconcerte les disciples. Si le salut, ce n’est pas la richesse, si ce n’est pas l’abondance et le confort tranquille, alors qu’en est-il du salut ?

Pour connaître la réponse, il faut d’abord commencer par accepter d’être déplacé par rapport à l’idée que l’on s’en fait. Accepter de ne pas savoir, pour que Dieu puisse précisément être en position d’offrir ce salut. Il faut accepter de se retrouver en situation de manque, d’attente, de désir, et donc d’incertitude. Alors richesse ou pas, ce n’est plus le problème, Dieu peut donner ce qu’il veut, comme il veut, et surtout nous pouvons reconnaître son don et l’accueillir.

Inquiétude et reconnaissance

La question de Pierre nous apprend qu’il n’est pas si facile de se laisser ainsi déplacer, déstabiliser : tout en soulignant que les disciples ont tout quitté pour le suivre, il demande sinon des gages, du moins des assurances : « Qu’est-ce qu’il y aura pour nous ? »

Nous serons sans doute toujours tourmentés par cette question. Prenons en acte, elle est au fond assez naturelle. « Vous qui m’avez suivi… », répond Jésus. Vous qui n’avez pas fini de me suivre… Cela passe par la permanence de cette incertitude qui n’est pas seulement une inquiétude mais aussi, dans la foi, la reconnaissance de notre dépendance à l’égard de Dieu.

Cette question ouvre en nous une capacité – presque au sens physique du mot, qui indique une aptitude à recevoir – à accueillir le don de Dieu. Alors oui, le Royaume de Dieu est tout proche, il commence aujourd’hui, dès lors que nous devenons capables d’accueillir en toute chose le salut qui vient – y compris là où nous ne voyons à priori que de l’adversité[1] – en même temps que nous nous préparons à y entrer de façon définitive à l’heure de notre mort, qui n’est alors plus que l’instant où nous accueillerons, paradoxalement, la plénitude du don et de la connaissance de Dieu.

D.E.



[1] C’est pourquoi il y a une manière de vouloir régler les problèmes personnels ou collectifs, par le rejet ou l’exclusion qui est profondément négative, parce qu’elle ne permet pas au don de Dieu de se manifester.

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16 août 2010 1 16 /08 /août /2010 08:11

 

 

 

Du découragement à la foi

 

Ézéchiel 24, 15-24, Matthieu 19, 16-22

Disons-le franchement, il y a des jours où en lisant les textes de la liturgie on se demande si Dieu tient vraiment à se faire des amis ! Perdre la femme que l’on aime et vendre tous ses biens, pour donner le produit de la vente aux pauvres, voilà un programme singulièrement austère. Qui donc est Dieu pour nous puissions désirer le connaître à ce prix ?

Ézéchiel se voit même enjoint de ne pas prendre le deuil, de faire comme si de rien n’était ! Et il obtempère sans sourciller. L’interlocuteur de Jésus qui voulait savoir ce qu’il devait faire de bon pour avoir la vie éternelle, et qui semble suivre attentivement la Loi, cale, quant à lui. Jésus ne lui en fera pas reproche… La seule force de sa volonté ne suffit pas pour cela. Ne nous laissons pas trop vite aller à accabler ce « jeune homme riche » en raison de son amour de la richesse. Aurait-on reproché à Ézéchiel d’aimer la beauté de celle qui faisait « la joie de ses yeux » ?

En réalité ce qui différencie Ézéchiel et le jeune homme, c’est que le premier a été appelé, saisi par Dieu lui-même, tandis que le second est encore dans une démarche volontariste qui touche sa limite et rencontre le découragement. C’est la connaissance intime de Dieu qui soutient Ézéchiel, qui lui permet de voir un sens là où la raison humaine ordinaire ne voit qu’un non sens, qui lui permet surtout d’être dans une attitude de remise totale de sa vie à celui qui est la vie même.

Le jeune homme est dans cette attitude si fréquente chez les chrétiens de vouloir faire son salut par lui-même. J’ai le souvenir d’une conversation avec Dom André Louf, qui nous a quittés à la mi juillet : il m’expliquait que le christianisme n’en avait pas finit avec la tentation du pélagianisme, qui est cette idée que nous pouvons faire notre salut à force de volonté. C’est une manière subtile de donner congé à Dieu, sous les apparences d’une conduite pieuse et sainte. Dom Louf me disait que la vie chrétienne ne peut faire l’économie de ces points d’effondrements où l’homme découvre qu’il n’en peut plus s’il n’est pas sauvé par Dieu. Ces moments où nous rendons les armes sont ceux où nous pouvons alors éprouver la grandeur et surtout la tendresse de Dieu.

Le plus grand mystère est que Dieu est lui-même à l’origine de ces effondrements, comme le dit bien le texte d’Ézéchiel. Ce n’est pas tant une sanction contre notre péché, et sûrement pas la vengeance d’un Père jaloux, mais un moyen de nous faire éprouver sa présence aimante, lorsque se dresse entre lui et nous un mur d’opacité qui ne nous permet plus de le reconnaître.

Incommensurable

Alors, peut-être pouvons-nous retourner le sens de notre interrogation initiale. Nous nous demandions : « Qui donc est Dieu pour que nous puissions désirer le connaître à ce prix ? ». La          question portait sur la « hauteur » du prix. N’est-ce pas trop cher payé ? C’est la conclusion du jeune homme. Mais nous pouvons nous dire que la hauteur du prix, incommensurable – quel est le prix de « la joie de mes yeux » ? quel est le prix de tous mes biens ? – nous révèle en miroir la grandeur incommensurable de celui qui nous appelle.

C’est ce que disait André Louf dans un entretien à La Croix en 2005 : «J’étais à genoux dans les stalles de l’abbatiale quand j’ai compris comme une évidence l’amour infini de Dieu pour moi. Ce fut une expérience bouleversante, comme si Dieu avait voulu me montrer son vrai visage. Jusque-là, il faut bien le dire, j'avais une image de Dieu un peu abstraite, marquée par l'approche activiste et volontariste qui était alors celle de la majorité des chrétiens.  À partir de ce jour-là, j’ai compris que Dieu dépasse infiniment ce que l’on peut dire de lui. »

D.E.

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Published by Desiderius Erasme
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