Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
15 août 2010 7 15 /08 /août /2010 10:25

 

 

 

Le duo du Stabat Mater de Dvorak - moins connu que celui de Pergolèse ou de Vivaldi, par l'ensemble Accentus, de Laurence Equilbey.

Bonne fête

Repost 0
Published by Desiderius Erasme
commenter cet article
14 août 2010 6 14 /08 /août /2010 06:44

 

 

  

A chacun ses responsabilités

 

 

Ézéchiel 18, 1-10. 13b. 30-32 ;  Matthieu 19, 13-15

On connait le proverbe que cite le prophète : « Ce sont les pères qui ont mangé du raisin vert, ce sont les fils qui ont les dents agacées. » L’idée qui en ressort, c’est que les fils paient pour les fautes de leurs pères. On en retrouve trace, dans l’évangile dans le récit de l’aveugle né, lorsqu’on demande à son sujet qui à péché, lui ou ses parents.

Ézéchiel déjà conteste cette interprétation de la réalité, qui peut être une manière, pour une génération, de se décharger de ses propres responsabilités, en imputant à la précédente ses malheurs. C’est une pratique assez courante.

Certes, nous pouvons reconnaître que notre personnalité a été forgée par les circonstances de notre enfance, voire par des événements familiaux dont nous n’avons pas toujours eu consciemment connaissance, par la personnalité de nos parents. Mais cela annule-t-il pour autant notre responsabilité ? Cela fait-il disparaître notre capacité de choisir ce que nous voulons, de décider de nos actes. Cela nous interdit-il de mener une vie droite et juste, telle que la décrit Ézéchiel ?

A chacun ses responsabilités, dit Dieu. Et chacun sera « jugé » selon ses actes, selon sa conduite. Chacun se trouve devant le choix qui fut énoncé par Moïse au chapitre 30 du livre du Deutéronome : « Je mets devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction, tu choisiras la vie, pour toi et tes enfants… »

C’est le sens de la finale d’Ézéchiel : « Pourquoi vouloir mourir, maison d’Israël ? Je ne prends plaisir à la mort de personne, déclare le Seigneur » Nous voilà inviter à un discernement : qu’est-ce qui conduit à la vie ? Qu’est-ce qui est habité par la pulsion de mort ? Ne sommes nous pas conduits, souvent, secrètement par un désir d’échapper à une vie que nous trouvons trop dure, trop lourde ?

Appel à la confiance

C’est alors que nous pouvons méditer sur la parole de Jésus à propos des enfants : « Laissez les enfants, ne les empêchez pas de venir à moi, car le Royaume des cieux est à ceux qui leur ressemblent… » Ce n’est pas temps un appel à l’humilité que lance Jésus, en disant, soyez petits comme des enfants, mais plutôt une invitation à la confiance. L’enfant, s’il n’a pas été traumatisé dès sa naissance, a fondamentalement envie de vivre et confiance dans la vie. Et cette confiance, cette foi est fondamentale, et fondatrice.

Sortons d’une attitude qui nous incline à penser que le monde que nous habitons est « pourri », qu’il a été définitivement « gâté » par nos prédécesseurs, et que nous ne pouvons rien en tirer, sinon quelques satisfactions fugaces. Nous sommes responsables de la manière dont nous le considérons, dont nous l’habitons, dont nous le transformons. Ayons confiance dans la puissance de la vie, dans l’amour du Père, pour y prendre notre part, même si elle est difficile. Croyons en la vie et recherchons là,  dans l’amour et la justice.

D.E.

Repost 0
Published by Desiderius Erasme
commenter cet article
13 août 2010 5 13 /08 /août /2010 09:07

Un amour qui ne possède rien ni personne

Ézéchiel 16, 1-15. 59-60. 63 ; Matthieu 19, 3-12

Le prophète Ézéchiel est un génie littéraire, le texte que nous lisons aujourd’hui en est une démonstration éclatante. Quelle superbe manière de relire l’histoire d’Israël, autrement que sous la figure des patriarches et de l’exode. Ce qui s’exprime, c’est la volonté de Dieu que vive le plus petit, le rejeté, l’oublié, celui dont nul ne voulait. Mais Dieu ne se contente pas de cela. Il s’engage, il s’allie avec celui qu’il a sauvé.

Ézéchiel a choisi de parler d’Israël à travers la figure de Jérusalem. Le personnage collectif qu’il met au centre de son récit est donc une jeune fille, dont il nous dit que Dieu fait une princesse splendide, à laquelle il laisse toute liberté.

Le don de Dieu lui-même est enivrant, si bien que la princesse en vient à oublier celui à qui elle doit tout, fascinée par ce qu’elle est devenue, et par l’effet qu’elle produit autour d’elle. On peut aussi y voir l’effet du traumatisme des origines. Quoi qu’il en soit, Ézéchiel nous montre que Dieu ne renonce pas au don qu’il a fait, à l’Alliance qu’il a conclu : il va renouveler son don, refonder son Alliance en lui donnant un caractère éternel. Le don devient pardon, vie redonnée, liberté rendue, dignité restaurée…

Il y a beaucoup à méditer, pour intérioriser cette manière dont Dieu veut nous être présent, et relire le parcours qu’il a fait avec chacun de nous, et avec nous tous. Cette fascination exercée par le don que nous avons reçu au point de nous rendre aveugle sur son origine est une chose largement partagée aujourd’hui, mais nous pouvons entendre ce texte comme l’assurance que Dieu n’abandonne pas ceux qu’il a aimés. Son amour continue de s’offrir à tous, y compris à ceux qui ne le reconnaissent pas ou plus. Cela devrait nous préserver de « maudire » ce monde, et nous inciter à lui annoncer la bonne nouvelle de la permanence de l’amour de Dieu.

Parabole

L’évangile de Matthieu est lui aussi centré sur la question de la permanence de l’Alliance, à travers la figure du mariage. Il faut lire attentivement le texte pour en saisir l’enjeu, et avoir en tête la situation d’infériorité de la femme à l’époque de Jésus. Elle transparait dans la question qui lui est posée : « Est-il permis de renvoyer sa femme pour n’importe quel motif ? » On sent bien qu’il s’agit de savoir si on peut s’en débarrasser « légèrement ». On retrouve cela dans la remarque des apôtres : « Si telle est la situation de l’homme par rapport à sa femme, il n’y a pas intérêt à se marier. »

Jésus instaure un autre rapport que celui de l’usage et de la possession, envisagé par ses interlocuteurs. C’est me semble-t-il en ce sens qu’il faut entendre la suite de ses propos, lorsqu’il utilise, comme une parabole, la figure de l’eunuque (mot qu’hélas la traduction liturgique fait disparaître[1]) : il s’agit de se situer dans l’ordre du service, voire de l’admiration, et non dans l’ordre de la jouissance. Il n’est peut-être pas tant question de « célibat », comme les clercs d’aujourd’hui veulent bien l’entendre, mais d’un rapport à l’autre qui considère que l’autre ne nous appartient pas – ce qui est la situation de l’eunuque à l’égard de celle qu’il sert pour son roi. Ce que propose Jésus, c’est un service amoureux.

Tout cela se comprend si l’on reprend la logique du texte d’Ézéchiel : Dieu n’a pas sauvé l’enfant trouvé pour en jouir, mais pour qu’elle vive. Dieu n’a pas fait de Jérusalem ou d’Israël sa chose. Et son amour, son Alliance n’est pas altérée par le fait que celle ou celui qu’il aime ne se comporte pas comme il l’aurait espéré. Le Créateur s’est définitivement fait serviteur amoureux…

D.E.



[1] Faut-il y voir une manière de « châtrer » le texte ? Jésus ne dit pas que certains « renoncent à se marier », mais qu’ « ils se font eunuques à cause du Royaume des cieux », ce qui est une image parabolique et non une apologie du célibat.

Repost 0
Published by Desiderius Erasme
commenter cet article
12 août 2010 4 12 /08 /août /2010 08:26

Disproportion radicale

Ézéchiel 12, 1-12 ; Matthieu 18, 21 – 19, 1

Voilà bien une question « éternelle » : quelles sont les limites du pardon ? A quel moment peut-on dire, en toute tranquillité d’esprit, « ça suffit ! » et faire tomber une sanction ? Notre société semble aujourd’hui plus encline à croire aux vertus de la sanction qu’à celle du pardon.

Sollicité par Pierre, pour répondre à cette question, Jésus déplace le point de vue. L’efficacité immédiate semble être le cadet de ses soucis. La parabole qu’il énonce met en lumière une toute autre interrogation, celle qu’ouvre la disproportion entre ce que nous avons parfois à reprocher à notre frère, et ce que nous « devons » à Dieu.

La dette du premier serviteur est astronomique. C’est une manière de dire que cet homme doit tout à son maître, à son roi. Et jamais il ne pourra rembourser. Et de fait, qu’avons-nous que nous n’avons pas reçu, à commencer par la vie ? Et que pouvons-nous offrir en contrepartie, sinon notre propre vie ? Pourtant cette dette formidable, il faut bien reconnaître que nous n’en avons pas conscience, et que nous vivons le plus souvent comme si elle n’existait pas. Comme si nous pouvions consommer la vie en toute insouciance… Notre irresponsabilité collective à l’égard des générations futures, tant en matière écologique qu’en matière de dette publique et sociale en est une claire illustration. Nous avons largement tendance à vivre sur le mode « après nous le déluge », alors qu’un des manières d’honorer notre dette serait d’avoir le souci de la vie de ceux qui nous suivent…

La dette du second serviteur à l’égard du premier est infiniment plus petite (le rapport est de un pour six cent mille !).  Ce qui est reproché au premier serviteur n’est pas d’avoir souhaité être remboursé, mais de n’avoir pas eu le souci de la vie et de la liberté de son débiteur. De n’avoir pas compris que c’est en favorisant l’épanouissement de cette vie qu’il pouvait escompter, le plus simplement et le plus sûrement voir son « capital » fructifier.

Jugement

Jésus nous invite donc à commencer par prendre la mesure de cette disproportion entre ce que nous devons à Dieu – à travers tout ce que nous ne nous sommes pas donné à nous-mêmes, mais dont nous vivons – et ce que d’autres nous doivent. Il est à noter que dans la parabole, il n’est pas question de « faute » ou de « péché ».  Pardonner, c’est en réalité faire le pari de la vie, donner davantage que ce qui nous a été « emprunté » afin de permettre à la vie de grandir, de se déployer, de se donner.

Il serait bon que nous ouvrions les yeux là-dessus, que nous ne restions pas comme « l’engeance de rebelles » à qui Ézéchiel a mission d’annoncer où les conduit leur refus de s’amender en pratiquant la justice et le droit. Mais, dit le Seigneur, « ils ont des yeux pour voir et ne voient pas, des oreilles pour entendre et n’entendent pas ». D’où cette mise en scène particulièrement spectaculaire. Dieu s’efforce de faire prendre conscience à son peuple des conséquences de ses actes… C’est encore une manière de le servir, de vouloir lui donner la vie.  Néanmoins, la suite montrera que l’endurcissement ne faiblira pas et conduira à la catastrophe. La non reconnaissance du don finit par ruiner le don lui-même. Et Dieu ne peut aller contre : tel est le jugement final de la parabole.

D.E.

Avec Haendel en prime: http://www.dailymotion.com/video/xdi2s8_cara-sposa-nathalie-stutzmann-haend_music

 

Repost 0
Published by Desiderius Erasme
commenter cet article
11 août 2010 3 11 /08 /août /2010 08:40

 

La présence de Dieu dans la catastrophe

Ézéchiel  9, 1-7 ; 10, 18-22 ; Matthieu 18, 15-20

C’est peu dire que la lecture du prophète Ézéchiel nous déconcerte. Son livre déploie des images apocalyptiques que nous avons peine à décrypter. En quoi cela nous concerne-t-il ? Sans doute faut-il se rappeler ou apprendre qu’Ézéchiel était un prêtre contemporain de la chute de Jérusalem, qui a vécu avec les déportés de Babylonie. C’est donc dans un contexte de catastrophe politique et spirituelle qu’il écrit, en ayant été lui-même saisi par les événements au point de faire une expérience paradoxale de la présence de Dieu. Au cœur de l’effondrement, de la déréliction, c’est la conscience de la gloire de Dieu qui s’impose à lui. Avec un génie littéraire formidable, Ézéchiel tente de transmettre à son lecteur, à son auditeur, cette conscience d’une puissance qui non seulement dépasse les événements, mais les conduits, là où le regard de l’homme ne voit, comme Macbeth, que « du bruit et de la fureur », une « histoire racontée par un idiot ».

Nous sommes choqués par l’image des anges exterminateurs, par lesquels Dieu détruit massivement les « coupables ». Mais ce massacre peut-être lu comme l’aboutissement logique, comme la conséquence des « abominations » commises. Il est en réalité le fruit de l’injustice et de la perversion. Or, au milieu de cette catastrophe, un homme est appelé pour « marquer d’une croix au front ceux qui gémissent et pleurent » sur ces situations dramatiques, ceux qui ne s’y résolvent pas. Ceux-là seront sauvés, et vivront. Ainsi Ézéchiel proclame-t-il tout autant, sinon plus, le salut que le châtiment.

Il n’est pas dit que ceux qui sont marqués de la croix sont récompensés par ce qu’ils ont réussi à vaincre par eux-mêmes le mal. Il n’y a pas d’obligation de résultat. Simplement, ils ne l’ont pas accepté, ils n’ont pas considéré qu’il allait de soi… Ils ont souhaité autre chose pour les hommes, leurs frères… Dieu répondra à leur attente.

L’autre partie du texte d’Ézéchiel rapporte que la gloire de Dieu quitte le Temple. Ce n’est pas rien pour un prêtre que de l’écrire. Mais c’est le signe que Dieu n’est ni enfermé ni vaincu, dans cette situation effroyable. Il va falloir le chercher ailleurs, autrement. La suite du texte nous apprendra que c’est aux exilés qu’il va se manifester, se faire connaître.

Deux ou trois…

En définitive, la parole portée par Ézéchiel invite à l’espérance. Dans une époque aussi bouleversée et troublée que la nôtre, elle a du sens et peut nous aider à ne pas fléchir, à demeurer fidèle à ce que nous avons reçu.

Nous pouvons alors nous appuyer sur cette parole de Jésus : « Si deux d’entre vous se mettent d’accord pour demander quelque chose, ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux. Quand  deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. » Deux ou trois, et non plus dix pour constituer, selon la loi, une assemblée de prière. La rencontre de l’autre dans la foi suffit pour faire l’expérience de la présence de Dieu en son fils…

D.E.

Repost 0
Published by Desiderius Erasme
commenter cet article
10 août 2010 2 10 /08 /août /2010 08:14

Qui prendra le risque de sortir des logiques de puissance et d’argent ?

2 Corinthiens 9, 6-10 ; Jean, 12, 24-26

Si les textes d’hier nous entretenaient du désir, ceux d’aujourd’hui nous parlent de fécondité. Contrairement aux apparences dans lesquelles nous vivons aujourd’hui, le sens de la vie, ce n’est pas de la consommer pour soi-même, mais de la donner. Toute la nature est orientée dans cette direction, et nous en avons d’ailleurs conscience lorsque nous nous inquiétons de l’extinction de telle ou telle espèce animale ou végétale.

C’est bien à cette disposition naturelle que Jésus fait allusion, lorsqu’il utilise la parabole du grain tombé en terre. Le blé a vocation à se multiplier. Paul, lorsqu’il tente de mobiliser les Corinthiens pour la collecte en faveur de la communauté de Jérusalem, utilise une comparaison semblable : « Celui qui sème peu récolte peu, celui qui sème largement récolte largement ».

L’apôtre souligne pour sa part que Dieu est la source même du don : c’est lui « qui fournit la semence au semeur, et le grain pour la nourriture ». Par conséquent, on ne donne que ce que Dieu donne, et c’est lui qui assure la fécondité du don. Si donner est un acte de générosité, c’est aussi, nous fait sentir l’apôtre, un acte de foi. C’est parce que nous croyons en l’amour de Dieu pour nous que nous pouvons donner sans crainte de manquer. C’est en ce sens que Paul peut citer l’écriture qui affirme que « l’homme qui donne aux pauvres à pleine main demeure juste pour toujours ». Cette justice n’est sans doute pas tant le mérite d’avoir accompli la loi, que le fait d’avoir eu pour cela confiance en Dieu. Cet homme est juste, comme Abraham, non pas d’abord par ce qu’il fait, mais parce qu’il met sa foi en Dieu.

Et il faut certes mettre sa foi en Dieu, si nous entendons bien ce que dit Jésus lorsqu’il développe la parabole du grain tombé en terre. Le don qu’il évoque n’est pas un don partiel. Il ne s’agit plus de se défaire d’une partie de ses biens, mais de mourir, de perdre sa vie en donnant. C’est toute sa vie, que le Christ invite à donner. Comment pourrions-nous y consentir si nous ne mettons pas toute notre foi en Dieu ? Il s’agit de suivre le Christ lorsqu’il comprend où va le conduire son engagement.

Si le propos de Paul pouvait faire songer à la parole de Jésus, à propos de la pécheresse qui lui parfumait les pieds, lors du repas chez Simon : « Ses péchés si nombreux ont été pardonnés parce qu’elle montre beaucoup d’amour », ceux de Jésus renvoient à l’épreuve d’Abraham, mis en demeure de sacrifier son fils unique – c'est-à-dire sa propre vie qu’il transmet. Abraham a mis toute sa foi en Dieu, sans savoir comment celui-ci agirait, sans peut-être même comprendre ce que Dieu voulait. Il a avancé dans l’inconnu et Dieu n’a pas déçu sa foi.

Nous sommes à notre tour dans cette même situation : risquerons-nous notre vie sur la foi de la parole de Dieu ?

Ce n’est pas théorique. Le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui a besoin plus que jamais que des hommes et des femmes rompent avec des logiques de puissance, d’argent, de force, de consommation égoïste, mais s’engager sur cette voie, c’est sans doute prendre un grand risque, celui de perdre beaucoup selon les logiques qui prévalent autour de nous. Tout ou presque nous retient, pourtant nous ne vivrons pas durablement ensemble si nous ne retrouvons pas le chemin de la fraternité. Nous ne restaurerons pas la confiance mutuelle, si nous ne réduisons pas les inégalités, si nous n’opposons pas à la violence la logique du don. Qui avancera dans cette direction-là ?

D.E.

Repost 0
Published by Desiderius Erasme
commenter cet article
9 août 2010 1 09 /08 /août /2010 08:17

Dieu cherche un cœur à cœur

Osée 2, 16b. 17b. 21-22 ; Matthieu 25, 1-13

Quelle relation pouvons-nous avoir avec Dieu ? Où le chercher ? Dieu nous semble parfois, sinon souvent, si lointain, si étranger, tellement hors d’atteinte. Il n’est pas étonnant que nous tournions notre attention vers ce qui nous semble plus palpable… ou vers des constructions intellectuelles, philosophiques ou théologiques subtiles mais désincarnées.

Les lectures de ce jours, où nous fêtons Édith Stein – sœur Thérèse Bénédicte de la Croix – juive carmélite morte à Auschwitz, nous disent pourtant tout autre chose en nous parlant d’intimité. La lecture du livre d’Osée donne la parole au Seigneur, qui fait le projet de parler « cœur à cœur » à son peuple. C’est le langage de la passion amoureuse qui est employé, car il s’agit de raviver l’émotion initiale, celle de la rencontre qui a suscité le désir. Par trois fois, Dieu dit : « Tu seras ma fiancée. »

Osée nous révèle ainsi que nous sommes l’objet d’un intense désir de la part de Dieu. Nous avons l’habitude de reconnaître la « paternité » de Dieu, dont nous admettons ainsi la bienveillance, mais cette bienveillance peut être distante, lointaine. Ici, il est question d’un lien bien plus intime, qui fait vibrer tout l’être, et qui a vocation à donner la vie…

La parabole des jeunes filles invitées à la noce est une sorte de petit conte oriental où le désir a lui aussi toute sa place, car la flamme de la lampe, c’est bien celle du désir. Pour ces jeunes filles, il s’agit d’être à la fois désirantes et désirables. Au départ, il semble n’y avoir que de la curiosité. Il s’agit d’aller  voir qui est l’époux. Mais certaines ont plus d’ambition, puisqu’elles songent à entretenir une flamme qui traversera l’épreuve de l’attente, le passage de la nuit.

Apocalypse

Il est à noter qu’il n’est pas grave de s’assoupir dans la nuit, puisqu’il y a, manifestement de la part de l’époux, un avertissement, un appel au réveil… Ce qui sera dirimant, ce n’est pas l’assoupissement, la fatigue, mais le manque de désir… Sans le désir, aucune rencontre n’est possible.

La parabole complète ainsi l’image d’Osée : si Dieu fait connaître par le prophète qu’il est un Dieu qui recherche une union intime avec l’homme, qu’il est un Dieu de désir, l’évangile nous dit qu’il souhaite être désiré. Comme s’il en avait besoin pour exister…

Puissions-nous connaître cette intimité avec Dieu, la désirer avec autant d’intensité que nous pouvons désirer celle d’un homme ou d’une femme.  L’expérimenter ne se décrète pas, c’est un pur don. Cependant, rien ne nous interdit de « sortir à la rencontre de l’époux », et de laisser se creuser en nous le désir de cette rencontre. Peut-être la révélation – l’apocalypse – de ce désir nous sera-t-elle alors donnée.

D.E.

Repost 0
Published by Desiderius Erasme
commenter cet article
7 août 2010 6 07 /08 /août /2010 09:32

La leçon d’Habacuc

Habacuc 1, 12-17; 2, 1-4 ; Matthieu 17, 14-20

Pierre et André, Jacques et Jean étaient des pêcheurs du lac de Galilée, si l’on en croit le début des évangiles synoptiques. On aurait pu s’attendre à ce que Jésus choisisse des éleveurs, comme l’étaient Abraham, Isaac et Jacob… D’autant qu’il utilisera ensuite l’image du bon pasteur… Mais aux quatre premiers disciples, qui lancent le filet, l’épervier, il dira : « Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes ».

Cette image n’a qu’une correspondance dans la Bible, le passage du prophète Habacuc que nous lisons aujourd’hui. Dieu, nous dit le prophète, a choisi les Chaldéens pour être le bras de son jugement, et ceux-ci, jetant leurs lignes, lançant leur filet, font une pêche abondante…

Habacuc se lamente, car ce jugement s’exerce dans la violence et la barbarie. Il ne se satisfait pas de cette situation et attend de Dieu autre chose. Dieu lui répond que cette attente ne sera pas déçue : « Le juste vivra par sa foi ». Mais encore faut-il croire, et observer la justice…

C’est précisément sur ce point que jaillit le reproche que Jésus adresse à la foule qu’il retrouve après la « transfiguration » : « Génération incroyante et dévoyée, dit-il. Combien de temps devrai-je vous supporter ? » Jésus semble une nouvelle fois excédé. Il guérira l’enfant épileptique qu’on lui présente, mais reprochera a ses disciples d’avoir manqué de foi.

Pour tous, sans distinction

En quoi faut-il croire, sinon au fait que Dieu accomplit son œuvre, en dépit des apparences. La transposition de l’image du pécheur, du livre du prophète Habacuc aux évangiles, témoigne que le jugement de Dieu va s’accomplir mais non plus sur un mode vindicatif, qu’illustrent les Chaldéens, mais d’une manière qui repose sur la foi et la mise en œuvre de la justice. Le rassemblement des hommes, pris au filet des apôtres, n’est pas pour la destruction mais pour la vie.

Pourquoi avoir choisi l’image du pêcheur plutôt que celle du pasteur ? C’est que, comme le dit d’ailleurs Jésus, le berger connaît ses brebis et les distingue. Le pêcheur lance ses filets et attrape indistinctement les poissons qu’il ne connaît pas. Ce qui est ainsi annoncé, c’est un « jugement » – entendons ainsi l’accomplissement de la volonté créatrice et libératrice de Dieu – qui ne fait pas de distinctions entre les hommes, pour s’offrir et s’étendre à tous. Et ce jugement est à la disposition de ceux qui l’attendent…

D.E.

Repost 0
Published by Desiderius Erasme
commenter cet article
6 août 2010 5 06 /08 /août /2010 07:59

Faire le deuil de la mythologie

2 Pierre 1, 16-19 ; Luc 9, 28b-36

« Pour vous faire connaître la puissance et la venue de notre Seigneur Jésus-Christ, nous n’avons pas eu recours à des récits mythologiques… » Ainsi s’exprime l’auteur de la seconde lettre de l’apôtre Pierre. C’est une manière de trancher radicalement avec toute une manière de parler de Dieu ou des dieux. Jésus, pour ce témoin, est d’abord une personne vue, rencontrée, côtoyée. C’est par là qu’il faut commencer.

Mais ce que nous dit aussi cette lettre c’est que la gloire de Dieu est venue sur lui.

Comment comprendre cela ? A quoi pourrions-nous reconnaître cette gloire ? Ce n’est pas si évident, si nous consentons nous-mêmes à sortir de la mythologie. Pourtant, c’est sans doute la première chose à faire, si nous voulons à notre tour connaître ce Jésus. Ce Dieu non mythologique est, affirme le texte, « Père ». Et dans cette gloire non mythologique, se fait entendre une voie qui dit : « Celui-ci est mon fils bien aimé, en lui j’ai mis tout mon amour. »

« Nous l’avons entendu nous-mêmes, quand nous étions avec lui. » Celui qui écrit la lettre est un homme réel, aussi réel que chacun de ses lecteurs, et il témoigne. Au lecteur de recevoir – ou non – son témoignage.

Ce qui est frappant, c’est qu’il n’est donné aucune explication, aucune interprétation de cette scène, proprement sidérante, incompréhensible, dont nous sommes, comme lecteur, prié de croire qu’elle n’est pas du ressort de la mythologie. L’auteur de la lettre de Pierre ne donne qu’une seule indication : « Ainsi se confirme pour nous la parole des prophètes ; vous avez raison de fixer votre attention sur elle. »

La seule manière, pour nous lecteurs, qui ne sommes pas participants à la scène rapportée, de nous situer face à cet événement « non mythologique » mais en fait indéchiffrable – il faut bien l’admettre –, c’est de s’en tenir à ce que nous avons à notre disposition : « la parole des prophètes ». Ce n’est pas en glosant sur ce qui nous échappe, mais en fixant notre attention sur l’Écriture, les textes de la foi d’Israël, que nous pourrons, à notre tour, entrer dans une expérience, non mythologique, qui confirmera ce que nous aurons reçu de cette parole – qui est, c’est sa nature prophétique, parole de Dieu. C’est la seule manière possible de connaître le Fils et le Père…

Dépouillement mental

Le récit que Luc fait de la « transfiguration » de Jésus, dit assez bien comment les témoins sont pris à contre-pied : ils sont accablés de sommeil, Pierre « ne sait pas ce qu’il dit », ils sont pris d’effroi lorsqu’une nuée – la présence de Dieu – les recouvre, et lorsqu’elle se dissipe, Jésus n’est autre que celui qu’il était auparavant…

Comment imaginerions-nous comprendre sans être nous-mêmes pris dans ce « décalage », ce « déplacement » ? Cela commence par le fait de ne pas savoir et de le reconnaître. Cela commence par le fait de ne pas chercher à « apprivoiser » cet épisode par le moyen de la mythologie. Ce n’est pas rassurant, c’est un dépouillement mental. Cela s’appelle la foi… La foi nue

D.E.

Repost 0
Published by Desiderius Erasme
commenter cet article
4 août 2010 3 04 /08 /août /2010 09:09

La foi d’une païenne

Jérémie 31, 1-7 ; Matthieu, 21-28

Matthieu dit qu’elle est cananéenne, Marc qu’elle est syro-phénicienne. Toujours est-il qu’une femme, païenne, demande à Jésus de délivrer sa fille d’un démon. La scène est connue. Jésus va d’abord l’ignorer, puis, alors que ses disciples lui demandent de faire quelque chose pour être débarrassés de l’importune, l’éconduire rudement, et enfin céder à son insistance.

Inutile de chercher à arrondir les angles, pour faire de Jésus un « petit saint » qu’il n’est pas. D’abord, puisqu’il prétend n’avoir été envoyé que pour les « brebis perdues d’Israël », qu’allait-il faire en terre païenne, fort loin de Jérusalem, au-delà de la Galilée, dans l’actuel Liban ?

La scène est précédée par une rude altercation avec des pharisiens et des scribes de Jérusalem, et l’incompréhension des disciples, qui leur vaut une solide admonestation. Il semble que Jésus est excédé et qu’il part « prendre l’air ». Marc dit d’ailleurs qu’il voulait avoir la paix et faisait en sorte qu’on ne sache pas où le trouver. On a le sentiment qu’il dit « basta ! » Nous ne sommes pas loin du moment où il va demander à ses disciples ce qu’on dit de lui, et ceux qu’eux-mêmes croient, pas loin de la première annonce de la Passion.

C’est un temps de basculement, et l’on peut concevoir qu’il passe par un moment de suspension, sinon d’hésitation. Ce qui est intéressant, dès lors, c’est que la demande de la Cananéenne apparaît comme une forme de « relance ». C’est par elle que passe l’appel du Père qui élargit la mission initiale.

Le salut est étendu à tous. Cependant, comme le signifie la Cananéenne, il passe par Israël. Le salut des païens ne se rajoute pas à côté de celui d’Israël, il en est le prolongement. Il s’exprime dans la reconnaissance de Jésus comme « fils de David » – définition messianique étonnante dans la bouche d’une païenne –, et dans la reconnaissance des juifs comme les « maîtres », alors que Jésus n’avait parlé d’eux que comme des « enfants ». Enfants du Père, certes, mais maîtres. Et le mot employé est le mot grec qui signifie Seigneur (que l’on retrouve dans Kyrie eleison), celui qui dit que Jésus est « Seigneur »…

Vases d’argile

D’où vient cette « seigneurie », sinon du fait que les fils d’Israël sont fils du Père, porteurs du salut pour tous ? C’est bien parce que cette femme reconnaît cela que Jésus ne peut rien lui objecter : « Qu’il soit fait pour toi comme tu le veux. »

N’oublions donc pas d’où nous vient le salut. Le prophète Jérémie nous rappelle que l’amour de Dieu pour son peuple ne se dément jamais, qu’il est éternel, qu’Israël est en permanence relevé de sa ruine. Lisons cela comme une vérité toujours présente. Le salut vient toujours du « fils de David », et Israël nous enseigne toujours à ce sujet. Reconnaître la permanence de l’amour de Dieu pour son peuple ne signifie pas cependant qu’Israël soit sans reproche, mais l’Église ne l’est pas davantage. Paul le dit : nous portons un trésor dans des vases d’argiles… Et ce trésor, c’est que Dieu justifie les pécheurs, Israël d’abord et nous ensuite et avec.

D.E.

Repost 0
Published by Desiderius Erasme
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de Desiderius Erasme
  • Le blog de Desiderius Erasme
  • : Lire la Bible sans mourir idiot, intégriste ou ayatollah de la laïcité. Avec de l'humour, de l'esprit, de la curiosité, et sans préjugés...
  • Contact

Profil

  • Desiderius Erasme
  • La liberté de l'Evangile est la plus belle chose que l'on puisse partager. Elle est à la fois critique et aimante, source de joie et soutien dans l'épreuve. Elle invite à toujours plus d'humanité...
  • La liberté de l'Evangile est la plus belle chose que l'on puisse partager. Elle est à la fois critique et aimante, source de joie et soutien dans l'épreuve. Elle invite à toujours plus d'humanité...

Liens